SeRvo

Servo, Alien envoûtant du rock psyché français

Servo est un trio rouennais qui a sorti un très bel album de dark rock psyché, Alien, sur le label Fuzz en juin. Même si j’avais acheté aussitôt le vinyle, je n’avais pas pris le temps de le chroniquer. Occasion de me rattraper en cette fin d’année d’autant que la chronique s’enrichit de l’interview du groupe. A noter aussi que l’album Alien fait partie de mon top 10 des albums 2020. Vous le retrouverez , dans quelques jours sur notre site, ainsi que ceux de mes amis collègues.

Servo, un nouveau trio depuis 2014

Arthur Pierre (guitare, chant et parolier) et Louis Hebert (basse) se connaissent depuis l’enfance. Ils ont commencé à jouer de la musique ensemble dès le Lycée, à Rouen. Leur batteur, Hugo Vandewiele, était d’abord aussi celui du groupe d’Hugo Magontier, White Glow. Quand Hugo Vandewiele décide de partir à Paris poursuivre ses études, c’est Hugo Magontier qui va prendre sa place au sein de Servo. « C’était pour moi une occasion de rejouer un peu de batterie » avoue le tout juste jeune trentenaire aujourd’hui.

Servo, à ne pas confondre avec son homonyme montpelliérain, repartait sur une nouvelle base. Après un 1er E.P dès 2014, Servo allait gravir les échelons de la scène rock psyché, lui faisant traverser la Manche l’an dernier pour signer avec le label londonien Fuzz Club Records.

Radio sur le premier EP No Bread For Sinners de SeRvo en 2014

Servo, entre influences Post Punk et Rock Psyché

Hugo Magontier me confirme que le nom de leur groupe, Servo, a bien été inspiré par le titre de Brian Jonestown Massacre en 1997. Un groupe que les membres de Servo ont « pas mal écouté ». Hugo revient même sur ce concert « inattendu » dans la petite salle de la cave de l’Emporium Galorium à Rouen en mai 2006. En dehors de BJM, les « influences communes principales » du trio vont des Black Angels à A Place To Bury Strangers, autres groupes que nous avons aussi vus, notamment ensemble au Festival Levitation d’Angers en 2017 Le groupe évoque aussi Joy Division et Dead Skeletons.

En écoutant Servo, j’avais tout de suite pensé aux italiens de Sonic Jesus, aussi sur le label Fuzz depuis leurs débuts en 2012. Arthur, qui assure les chants lead a une voix me rappelant souvent celle de Tiziano Veronese. Servo aime beaucoup aujourd’hui Sonic Jesus (et était, comme moi, à leur concert parisien de 2018) mais ne connaissait pourtant pas les italiens en 2014.

Suicide un des très beaux titres de l’album The Lair Of Gods en 2016

Les débuts discographiques de Servo et une première identité musicale.

Le 1er EP , No Bread For Sinners, date de 2014. Hugo raconte : « Arthur a commencé à m’envoyer des démos qu’il enregistrait tout seul dans sa chambre avec une pédale de Loop. J’ai trouvé ça cool et j’ai proposé d’enregistrer l’E.P parce que j’avais déjà un peu de matos et j’avais l’habitude ». Les prises de sons s’enchainent alors, ponctuées parfois d’anecdotes. « On peut entendre les cloches (de l’église voisine) si l’on tend bien l’oreille….c’est peut-être cela (avec la pochette!, ndlr) qui donne le côté gothique« , même si le trio parle plutôt de » Cold Psych » à l’époque.

J’aborde tout de suite la question des chœurs, souvent très réussis, qui font partie, pour moi, dès le début, de l’identité musicale de Servo. Ecoutez, par exemple, Radio ou The Light. Hugo confirme. « J’ai toujours beaucoup aimé les chœurs et les harmonies vocales, c’était donc assez naturel d’en mettre aussi dans SeRvo. Certaines lignes étaient aussi déjà là sur les démos d’Arthur, donc on s’est bien retrouvé là dessus« .

Le 1er L.P, The Lair Of Gods, sort en 2016. On y trouve des morceaux superbes, Suicide, Tree, The Way entre autres…J’aime beaucoup aussi les changements de rythme, donnant à l’album son côté à la fois doux et violent. Une identité là aussi ? Hugo reconnait que sur TLOG « on avait pas mal tendance à faire des changements de rythme. On peut dire sûrement que cela fait partie de l’identité de l’album. On le fait un peu moins maintenant! ».

Tree sur l’album The Lair Of Gods

Servo et l’album Alien rejoignent le label Fuzz.

En 2019, Servo signe avec Fuzz. Comment se passe la signature avec le label londonien, mythique pour tous les fans de Rock Psych. Fuzz a d’ailleurs enregistré d’autres belles signatures cette année, comme celle de Flying Moon In Space, dont je viens de chroniquer le 1er album ou Night Beats. C’est Hugo qui me répond là encore. « Une amie qui est partie vivre à Londres et connait Casper (Casper Dee, le boss fondateur de Fuzz, ndlr) nous a fait jouer là bas. Elle l’avait invité à venir voir le concert« . « On a fini par passer la soirée avec lui et on s’est bien entendu » pousuit Hugo. « On avait commencé à enregistrer le 2ème album et quand on a terminé le mix, on lui a envoyé« .

C’était au Windmill de Brixton, lieu où bon nombre de groupes de la nouvelle génération musicale londonienne jouent . On peut citer Squid, Shame, Black Midi notamment ! Une compil enregistrée live au Windmill , à vocation « charitable » vient d’ailleurs de sortir (références bandcamp en bas de cet article !). On y retrouve 13 groupes et artistes parmi lesquels, outre ceux précités, Lias Saoudi, Tiña, Scud FM.

Le titre Alien fut choisi car, dans toute langue, « facile à retenir et percutant…mais aussi pour son côté intriguant« . « Je trouve que ce titre va bien avec la pochette de l’album-ajoute Hugo-sur laquelle il y a cette silhouette qui semble être en lévitation sur un rocher au milieu de la forêt« .

Yajña un de mes titres préférés sur l’album Alien

Des compositions privilégiant le chant comme instrument

Sur l’album Alien, on est frappé par le côté très sobre des titres. I et II ouvrent respectivement par exemple, les 2 faces du vinyle. C’est Arthur qui répond. « Effectivement, le côté sobre joue grandement dans le choix des titres ; que ce soit simple à retenir…parfois c’est un mot qui apparait dans les paroles ; Pour l’album Alien, I et II sont choisis purement par esthétisme« .

Si les lyrics sont souvent peu faciles à décrypter, il ne faut pas y chercher trop de choses et surtout pas de messages. C’est Arthur, l’auteur des lyrics qui s’en explique. « On ne ressent pas le besoin de revendiquer ou de défendre quelque chose dans nos paroles ; On aime bien utiliser le chant comme instrument, en faire quelque chose de mélodique, répétitif, marquant. Souvent le chant reste en yaourt pendant très longtemps, parfois même jusqu’à l’enregistrement du morceau. Du coup, pour les paroles, ça peut prendre un côté mythique ou alors raconter des histoires à dormir debout« . (Rires).

J’évoquais notamment le titre , avec son aspect rituel avant un déchainement final de guitare fuzz et aussi de beaux motifs de basse. Arthur m’éclaire à nouveau: « la répétition des phrases ou des mots peut donner un aspect récitatif, un peu comme des mantras et on en vient vite au côté rituel. Dans Râ, la phrase répétée dans l’intro c’est Râ is back to burn the world….le reste n’a pas trop d’importance!« 

Le superbe Râ en live en 2019

Alien, des compositions pas toujours récentes mais un ensemble plus maîtrisé au parfum Kraut.

Sur le processus de composition, Hugo explique que c’est Arthur qui »amène souvent une ébauche de morceau avec des riffs de guitare. Ensuite, on essaye de le jouer, de chacun trouver sa partie puis trouver la structure ensemble« . Arthur confirme et poursuit: « l’idée de base, ce peut-être un riff de guitare ou juste un loop de synthé ou guitare tournant en reverse. Pour ce qui est de trouver des structures ensemble, cela peut prendre pas mal de temps ou, au contraire, être assez rapide et intuitif« . Certains morceaux sont parfois jugés trop « chiants à jouer« . Ils sont alors repris en « changeant l’accordage, les lignes de chant ou le refrain » ou jetés à la poubelle!

Louis s’explique aussi sur son jeu de basse et sa place : « La guitare/chant arrive généralement au début, puis j’aime bien laisser Hugo trouver une batterie. Il a un jeu assez robotique qui peut surprendre parfois. Ce n’est pas une batterie que l’on placerait instinctivement sur un riff de guitare, sur Râ par exemple. Du coup, quand j’arrive avec ma basse, j’essaie au maximum de faire le lien entre cette batterie carrée et le riff de guitare, entre la partie rythmique et mélodique« .

La plupart des titres d’Alien ont été composés il y a déjà un moment. Hugo rappelle ainsi que Soon (un de mes 3 préférés) et Pyre étaient sortis en single en 2016. Hugo parle plutôt de continuité dans la veine musicale d’Alien. Il reconnaît que « tout peut sembler plus abouti, car notamment, au niveau de l’enregistrement, on a forcément dû gagner un peu en maîtrise« .

Je trouvais aussi que dans Alien, il y avait davantage de tempos robotiques, plus Krautrock. Hugo rappelle que cet aspect était « déjà présent sur le 1er album, comme sur Love # 2 ou la 2ème partie de Ô God…Mais c’est vrai qu’on a de plus en plus tendance à aller dans cette direction, sur des tempos plus rapides« . Louis fait judicieusement le lien avec les concerts. « On aime les Lives dynamiques, donc, instinctivement, nos compositions ont tendance à prendre ce pas effectivement, pour se rapprocher de ce qu’on aime jouer en Live« .

I ouvre brillamment la première face du vinyle de l’album Alien

Le futur de Servo, entre Fuzz, Reverb et …Soza.

Je joue bien sûr un peu sur les mots pour parler un peu de leurs projets. Les guitares Fuzz et la réverb font partie de leur A.D.N. Alors, maintenant qu’ils ont signé avec Fuzz, la Reverberation Society, pour aller jouer à Austin, est-elle la prochaine étape? « On serait ravi d’aller jouer à Austin » conçoit le groupe mais le festival Levitation, à Angers, semble plus envisageable pour le moment. On espère les voir bientôt!

A Rouen, Servo fait partie aussi du collectif Soza avec des groupes connus comme MNNQNS ou We Hate You Please Die (WHYPD) et d’autres moins. La solidarité fait partie de l’esprit de Soza. Hugo me donne ainsi plusieurs exemples. Il a enregistré et mixé l’album de WHPYD avec Adrian, le chanteur de MNNQNS. Plus récemment, Servo est parti « dans une maison de campagne, pour composer et enregistrer de nouveaux morceaux. Là, Adrian et Marc de MNNQNS nous ont rejoints pour nous aider sur l’enregistrement. On organise aussi des concerts avec l’asso« .

Soza est devenu aussi un label qui vient de faire sa première sortie d’album avec le trio Bungalow Depression. Devinez? On y retrouve Hugo Magontier et j’aurais l’occasion de revenir sur cet album. Un style musical différent mais très intéressant où l’on retrouve le goût des harmonies vocales!

A noter aussi que le très bel artwork d’Alien est signé Léo Ramaën, le frère de Félix, bassiste de MNNQNS. Un peu la grande famille de Rouen…

Epilogue: Alien de Servo a intégré mon Top 10 des albums de l’année Covid

L’album Alien de Servo est absolument à découvrir, d’autant que le bon rock psych, dark ou plus lumineux, est une denrée rare en France. Attention, pas de complexes non plus ! Servo a sa place sur les scènes musicales hors France ! L’année Covid a durement touché le groupe pour les concerts, qui auraient pu aussi davantage promouvoir l’album. Servo en a tout de même « profité » pour composer et enregistrer de nouveaux morceaux. A découvrir en Live en 2021 ? A suivre !

https://fuzzclub.com/

https://windmillbrixton.bandcamp.com/album/live-at-windmill-brixton-in-between-the-lockdowns

Ziggy

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour haut de page