Shame La route du Rock Mars 2022 Charlie Steen photo benoit@weirdsound.net

Route du Rock hiver: Shame, English Teacher….

En Une: Shame Charlie Steen et un Crowd Surf attendu; Route du Rock Mars 2022 photo benoit@weirdsound.net

La Route du Rock-collection hiver -propose toujours, comme la session estivale, une belle programmation. Cette deuxième semaine de Mars 2022 n’échappe pas à la règle. Ne pouvant assister, malheureusement, qu’à la journée du Samedi 12, nous avons tout de même été gâtés! Au menu de cette riche soirée, les anglais règnent en maîtres. Jugez plutôt: English Teacher, Anika, Sinead O’ Brien, Shame et Folly Group pour clôturer une soirée de…..folie. Number 6 se charge du compte rendu de Sinead O’ Brien et Folly Group.

English Teacher: nos chouchous de Leeds brillent!

Nous avons déjà évoqué English Teacher dans notre chronique « 12 Pépites britanniques pour 2022« . Après l’interview du groupe-bientôt en ligne sur notre site-place au concert. Le quatuor de Leeds, comme Yard Act, ouvre, en effet, la soirée de clôture de la Route du Rock. Après plusieurs singles en version digitale, en 2018 et 2019, un excellent 2 titres voit le jour à l’automne dernier. Un premier E.P de 5 titres, Polyawkward, paraît le 22 Avril prochain, toujours sur le label Nice Swan Records.

English Teacher va d’ailleurs ouvrir son set avec le morceau titre de l’E.P. La voix chaude de Lily Fontaine séduit immédiatement le public. Pendant 40 minutes, le groupe va nous offrir son rock expérimental post punk . Une étiquette hasardeuse que les membres du groupe-comme moi- n’aiment pas forcément!. Avant d’en jouer les 4 autres titres, English Teacher interprète The World’s Biggest Paving Slab, paru en version digitale début 2020. Un titre plein de fraîcheur et d’humour dédié à Colne, au coeur du district de Pendle dans le Lancashire. C’est là que se trouve, paraît-il, la plus grande dalle du monde. Colne est la ville natale de Lily mais aussi celle de Wallace Hartley. Nous y reviendrons dans l’ITV!

English Teacher en visite musicale-hommage- à Colne!

Ont suivi A55, Mental Maths, Yorkshire Tapas et l’excellent Good Grief-tous sur le prochain E.P. Le concert va s’achever sur R&B. Ce titre, plein d’énergie, est-avec Wallace, l’un des deux bijoux musicaux parus à l’automne. Beaucoup découvraient English Teacher. Les réactions furent plus que positives. Je retrouvais le groupe, une heure plus tard, heureux de cette prestation en terre bretonne Rock. Ok, je n’avais pas eu Wallace, le violon de Luca, leur coloc n’étant pas remplacé pour le moment!

Anika: le changement et l’espoir, message musical.

Annika Henderson aka Anika, ex journaliste anglaise, a sorti son 2ème album, Change, l’été dernier, 11 ans après son album éponyme. Celui-ci, enregistré avec Beak a été suivi d’autres collaborations, de Tricky à I Like Trains et AUA dernièrement. Entre temps, on la retrouve, entourée de 3 musiciens mexicains, sur un autre projet musical, Exploded View. Le groupe sort 2 albums, en 2018 et 2020. Le festival Levitation France, à Angers, en Septembre dernier, nous a permis de la découvrir en live, avant cette édition de la Route du Rock.

Anika est, aujourd’hui, devenu un quatuor exclusivement féminin. Annika est entourée, à gauche de la scène, par Zooey Agro (clavier) au fond Ellis Frawley (batterie) et à droite par Sally Whitton (basse). Anika est venue présenter et défendre les textes de son album Change. Un album correspondant à « un vomissement d’émotions, d’angoisses, de prise de pouvoir et de pensées du genre : comment cela peut-il continuer ? »…..Un album sous double influence expliquait-elle l’an dernier. D’une part la lecture de Silent Spring de Rachel Carson (1962): le printemps silencieux évoque déjà alors la diminution inquiétante du nombre d’oiseaux. D’autre part, La banalité du mal, concept développé par Hannah Arendt en 1963.

Anika joue son album de 9 titres…exactement dans le même ordre. Manque d’originalité ou volonté de cohérence. Quelques titres émergent davantage. Change-évidemment-avec son côté Hope Sandoval, mais aussi Rights au parfum Patti Smith. Wait-for something-démarre de façon très cool-Annika seule à la guitare. J’aime bien aussi Never Coming Back, écrit après la lecture de Rachel Carson. Bilan mitigé pour moi; Les titres s’enchaînent sans véritable émotion. Des fonds électroniques souvent austères, parfois un peu plus sautillants et pêchus.

Never Coming Back, l’un des 9 titres de l’album Change

Annika dit aimer l’électro et les Dance Floor. C’est précisément sur la fin du set que l’on peut aussi apprécier ce dont elle est capable. 2 Titres dont la reprise de No One’s There de son 1er album. Titre énergique avec une belle basse et un clavier puissant. On revit. « Change est un traité d’optimisme. Nous pouvons changer. Naysayer et Never Coming Back sont à la fois un appel aux armes et un avertissement » prévenait-elle l’an dernier.

Sinead OBrien: le set magnétique de la poétesse rock

Sinead O'Brien Route du Rock Mars 2022 Photo benoit@weirdsound.net
Sinead O’Brien Route du Rock Mars 2022 Photo benoit@weirdsound.net

La poétesse et chanteuse irlandaise, désormais basée à Londres, assure sa seconde date en Bretagne, après un récent passage aux Trans Musicales. Remarquée de ce côté-ci du channel, après un single édité chez Speedy Wunderground, Sinead O’Brien a également deux EP a son actif, sortis en 2019 et 2020 chez Chess Club Records (label de Coach Party, précédemment évoqué, et de L’Objectif, prenez date).

Elle nous propose une fusion entre langue poétique et arrangements rock, cette partie musicale étant assurée par Julian Hanson, à la guitare, et Oscar Robertson, à la batterie.

La prestation est précise, calibrée, sans setlist ni cafouillages aucuns. Sinead O’Brien occupe la droite de la scène, vêtue ce soir en noir, de pied en cap, dans une robe longue aux improbables épaulettes bouffantes. Sachez qu’elle a été, notamment, créatrice de vêtement pour Vivienne Westwood, après des études de design de mode. Un look presque gothique, contrebalancé par un sobre maquillage et des cheveux bruns, raides et longs qui me renvoient déjà à l’image brute de PJ Harvey, à ses débuts.

Sinead O’Brien Mars 2022 photo benoit@weirdsound.net

Sinead parle, déclame, chante. Elle incarne une personnalité artistique et une identité musicale, évidemment plus proche de celle-ci que de Kate Tempest, à qui certains ont associé son style. Parfois, elle toise la caméra, au grand bonheur du technicien, tout sourire d’avoir affaire à une bonne cliente. Parfois, elle s’approche du public, dont les premiers rangs sont captifs. La grande prêtresse est à l’œuvre, magnétique.

Sinead interprète une dizaine de titres, parmi lesquels je reconnais Girlkind, premier single de son album Time Bend And Break The Bower, à paraître de nouveau chez Chess Club Records, en juin prochain, puis Most Modern Painting, single du précédent EP et, plus tard, Taking on Time, le single de 2019, produit par Dan Carey. C’est rythmé, intense, même pour ceux qui, comme moi, se heurtent à leurs limites dans la langue de Shakespeare. Sans conteste, j’adhère.

L’artiste affiche une maturité évidente et cultive exigence et sens du détail. Au sujet de son album à paraître, Sinead déclare « J’ai pensé à me déshabiller, à tester mes idées, ma voix. Je me suis creusé la tête à travers les thèmes de l’identité, de la curiosité, du processus créatif. J’ai expérimenté la forme du langage, en utilisant le ton et le débit pour atteindre le centre immédiat de ce que je dis ».

Cela se ressent en concert. Espérons que sa route musicale soit la plus longue possible. Elle qui aime Patti Smith, me renvoie encore et toujours à l’originalité et à la personnalité de PJ Harvey. C’est une nouvelle Grande qu’il nous a été donné de contempler ce soir. Vivement l’album !!!

SHAME: le rodage live d’un nouvel album

Shame Route du Rock Mars 2022 photo benoit weirdsound
Shame Route du Rock Mars 2022 photo benoit weirdsound

Les Londoniens de Shame sont, sans doute, pour beaucoup, la tête d’affiche de cette soirée. C’est la 4ème fois que je vois le groupe, que j’avais aussi interviewé. Shame connaît bien aussi la route du Rock depuis son premier passage en Février 2017! Bon, une fois de plus, le groupe ne va pas décevoir ses fans. Il va faire mieux qu’assurer et nous réserve une belle surprise en jouant une bonne partie de son prochain album. De gauche à droite, Sean Coyle (guitare), Josh Finerty (basse), Charlie Steen (chant), Eddie Green (guitare). Au fond, comme souvent, le batteur Charles Forbes.

Le groupe va d’ailleurs ouvrir son set avec One Cool Jazzy, un nouveau titre plein d’énergie, reflet de l’ADN de Shame. Le groupe l’a joué, pour la première fois en Live, le 18 Février, au Windmill de Brixton. L’enchaînement est rapide avec des titres bien connus, Alphabet et 6/1 de Drunk Tank Pink et Concrete du 1er album. Encore 3 nouveaux titres ou presque. En effet, on a découvert, dès Novembre, le clip video de This Side Of The Sun. Un titre dansant aux riffs tranchants comme des rasoirs. Charlie chante « Je me donne tous les jours à chaque personne que je rencontre/qu’est ce que cela fait de moi, »

Retour au dernier album avec Nigel Hitter et Born in Luton. Charles puis Charlie sont désormais torse nu et on se demande comment Josh, courant souvent à travers la scène avec sa basse, peut garder son pull! Encore 3 nouveaux titres pour nous faire réaliser que nous sommes chanceux de les découvrir. La tournée nord-américaine a été annulée. Tant mieux pour nous, sinon Shame n’aurait pas été là! Adderall est aussi le titre d’un morceau d’un groupe de Nashville, The Southern Shame, en 2013…un hasard? Titre plus cool pour démarrer avec quelques notes de guitares distillées par Eddie, avant de puissants riffs.

Snowday et ses ruptures. Un des meilleurs titres de l’album Drunk Tank Pink

Après Wicked Beers et Lost in the Woods, place au très pêchu Tasteless. On l’attendait et Charlie en profite pour une petite séance de Crowd Surf. La fin du set nous offre, encore, un nouveau titre, Different Person, avant un final éblouissant. 3 titres que j’adore, Snowday, One Rizla et Station Wagon. Comme au Festival Levitation, Station Wagon clôture de façon magnifique et magique le set. Charlie Steen regarde vers le plafond de la Nouvelle Vague-la salle du Festival-comme s’il s’agissait d’un monde lointain….La planète Cluj?….où les derniers mots du titre nous proposent de rejoindre Shame. 18 titres et la boucle s’achève.

Folly Group pour un final de classe et de …folie!

Programmés en clôture du Festival, difficile tâche pour Folly Group de succéder à Shame. Mon voisin de rang n’est pas dupe, il informe un ami par téléphone que Shame, c’était énorme, et que Folly Group – le jeune groupe de l’East London – ce sera bon, mais pas autant…

Enfin… Première bonne surprise, la salle ne s’est pas vidée et Folly Group, arrivés tardivement au Festival, par la voie des rails, s’attellent à la balance.

Tom Doherty, et son physique de première ligne de rugby, teste sa basse. Le son sera lourd !!! Louis Milburn, le guitariste (et seconde voix) s’installe, puis Kai Akinde-Hummel, le percussionniste, rapidement chambré depuis la salle par Charlie Forbes, le batteur de Shame. Ambiance cour de récré et, à cette heure-là, et, pour cette Angleterre-là, c’est tant mieux… Enfin, se met en place Sean Harper, le gracile chanteur-batteur du groupe, originalité donc partagée avec leurs alter-ego de Squid.

Rappelons que Folly Group, qui ont, tout comme Sinead O’Brien, partagé l’affiche des Trans Musicales 2021, comptent un EP à leur actif, édité en juin 2021 et désormais introuvable. Depuis, tout s’est enchaîné. Ils ont enregistré le titre Monday avec le rappeur Brian Nasty, à l’initiative de Joseph Mount, le leader quadra de Metronomy. Puis, ils ont signé, tout comme Black Country New Road, avant eux, chez Ninja Tune, pour un EP, dont la sortie (crise du vinyle oblige) est reportée au mois prochain.

I raise You pour clôturer la soirée en ….folie!

1h50. Tout est en place et nous voici partis pour un show de 10 titres. Le groupe, estampillé post-punk, se résume à bien plus que cette étiquette réductrice. Influences Talking Heads, comme me glisse une tête pensante de la Weirdteam, ou encore Ultravox, comme je l’ai lu pour leur single Sand Fight (?). En tout cas, la formule musicale est efficace : une basse lourde, une guitare tranchante, une batterie complétée par des percussions qui apportent de la légèreté au tout, agrémentée de-ci delà d’échantillonnages, comme pour ce Fewer Closer Friends qui ouvre le set.

Folly Group interprète les six titres de Awake and Hungry, leur premier EP, plus Fashionista, morceau de 2021, figurant sur la compilation Slow Dance, et trois des cinq titres de leur prochain EP « Human and Kind », à l’exception notable du titre éponyme dont nous ne saurons rien de plus.

Ardent, jouissif, le set monte crescendo, avec son lot de pogos dans la salle, jusqu’aux deux titres finals, Sand Fight, morceau le plus radiodiffusé du premier EP, et enfin I Raise You (The Price Of Your Head), single répétitif et catchy de leur disque à paraître. Soit un régal d’ «aftershame », qui poussera le public à demander, en vain, un rappel à la petite troupe.

Epilogue: Merci!

Merci à Folly Group d’avoir offert un final en apothéose à cette belle Route du Rock – Collection Hiver 2022. Que l’édition estivale commence sous les mêmes auspices et nous oublierons encore pour quelques heures, pour quelques jours, tous nos tracas planétaires !!!

Bravo et Merci aussi à tous ceux qui font de la Route du Rock une réussite musicale à dimension humaine!

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