Yard Act photo Phoebe Fox

Yard Act : The Overload, pop-rock post punk corrosif

En Une Yard Act crédit photo Phoebe Fox

Yard Act, certains les ont découverts au Printemps 2021, avec leur E.P Dark Days. Le quatuor, originaire de Leeds-comme nos chouchous d’English Teacher– sort son premier album, The Overload, ce 21 Janvier. Un album très attendu après le Buzz certain provoqué au R-U depuis un an et, aujourd’hui, grâce à un bon relais médiatique. L’album paraît simultanément sur le label créé par le groupe mais est aussi relayé par Islands et Universal. Autant le dire tout de suite, l’album tient ses promesses!

Yard Act : un regard précocement critique sur leur environnement

Dès leur premier E.P, Dark Days qui suit 2 singles, Yard Act donne la tonalité sociétale et politique de leur musique. Des personnages sont créés pour chaque chanson et permettent d’avoir un regard critique sur le monde ; Yard Act y revendique déjà son anticapitalisme et apparaît comme un mélange d’influences. Sleaford Mods, Idles, Gang Of Four et même Madness pour la chanson titre. Bien sûr, comme pour beaucoup de groupes anglais, l’ombre de Mark E Smith et de The Fall n’est jamais loin.

Il ne faut pas oublier non plus Artic Monkeys, un des groupes phares que James Smith, le chanteur, a vus dans son adolescence. « La façon dont Alex Turner a écrit des paroles autour de l’observation sociale m’a définitivement aidé à gagner en confiance« , explique t-il récemment au NME. « Entrer dans cette quantité de détails sur des objets spécifiques, pour les rendre poignants et profonds, c’était vraiment cool. Avant, la musique que j’écoutais ne faisait pas ça. Je ne suis jamais entré dans la poésie de The Libertines – qui m’a toujours semblé trop fleurie – et avec The Strokes , on pouvait supposer que tout se passait dans un bar à New York« .

Il est d’ailleurs étonnant que Lily Fontaine, la chanteuse d’English Teacher ait fait le même genre d’observation. Elle avoue être « une grande fan du lyrisme d’Alex Turner« . On retrouve ces propos dans une ITV dans le magazine Nothernlife, en Août 2020.

Sur le premier single de 2020

Yard Act : des copains, des idées et une alchimie qui va décoiffer

Bien sûr, au départ, il y a deux copains de pub, James Smith et Ryan Needham, bassiste, son aîné de 10 ans. Ils deviennent colocataires et se rendent compte très vite qu’habiter ensemble va rendre les choses plus faciles. Cadence de travail effrénée avec un vieil ordinateur portable, une boîte à rythmes et la basse. James Smith va aussi avouer que la pandémie et l’isolement vont favoriser un son « né de l’économie » ; Ils vont stocker bon nombre de démos qui ne demanderont ensuite qu’à évoluer ! Ils élaborent un système de programmes, de boucles, de superpositions, et le travail porte ses fruits : « Ryan est un homme d’instinct et moi j’intellectualise tout, dit Smith en riant. C’est le partenariat artistique le plus intense que j’ai vécu. Quand on trouve une routine qui marche, ça se fait tout seul.»

Le duo fondateur a été rejoint par Jay Russel (batterie) et Sam Shjipstone (guitare). A cause de la pandémie, difficile de sortir hors de Leeds. Leurs 3 premiers concerts leur assurent pourtant une base solide de fans enthousiastes. Loin de se laisser abattre par le retard de leurs projets, Yard Act crée son label, Zen FC. La machine est en route. Ils sortent 3 singles puis leur E.P au Printemps. Les 4 titres sont tous intéressants, dans leur diversité. 4 personnages pour 4 titres…parfois délirants. Ainsi Peanuts qui évoque une femme assassinant son mari « imaginaire ». L’été 2021 va leur permettre de rencontrer un peu plus de monde, comme à Reading !

Satire féroce de Graeme, le boomer …un groove addictif et un parfum de Talking Heads

Yard Act entre Pop et Post Punk, un premier album conceptuel

Le groupe le confesse aujourd’hui, la Pop l’influence et l’affranchissement du Post Punk est une quasi nécessité. L’étiquette Post Punk est d’ailleurs galvaudée aujourd’hui !

« C’est un gros cliché mais la pop nous influence depuis le début, et aussi le fait de trouver une manière d’en faire qui nous ressemble. Plus les gens ont été réactifs à notre chant parlé, plus on s’est senti encouragé. Ça se sent à mesure que les singles sortent. C’est par le renforcement positif qu’on explore et qu’on pousse les parties les plus fortes dans leurs ultimes retranchements. Nos ultimes retranchements, c’est justement quand je parle et que je ne m’arrête plus jusqu’à la dernière seconde du morceau  » explique James Smith.

The Overload le titre éponyme ouvrant l’album de Yard Act

L’influence Post Punk du groupe est évidente mais James Smith pense que Mark E Smith et son groupe The Fall ont clôturé la période post punk. Après, beaucoup sont étiquetés-souvent facilement- post punk, y compris avec ou sans spoken word. « Je crois que l’on a ressenti que cette fibre post-punk commençait à s’épuiser » raconte James Smith. « Le titre Land Of The Blindqui ouvre la 2ème face du vinyle– a été une chanson charnière. Elle nous permet de nous éloigner de ce que les gens pensaient que nous étions« .

L’album The Overload est plutôt conceptuel. James Smith nous éclaire: « On avait environ six titres qui se démarquaient quand on a commencé à réfléchir à un album, et c’est à partir de là que j’ai vu émerger le fil rouge de l’argent et du capitalisme, sous la forme d’une satire. En gros il est question d’un homme fin de vingtaine début de trentaine qui a toujours essayé de se battre contre le système, de défendre les choses auxquelles il croit et qui a un sens moral très affirmé. Mais c’est écrasant autant que ça rend heureux, sacrifier les opinions au profit d’une vie confortable, et toujours porter le fardeau de la décision. »

The Overload, une bonne dose d’ humour sarcastique…teintée d’espoir

Take The Money and Run mais traite bien ton mari…et ta mère !

Le titre de l’album, The Overload-la surcharge en français- semble, ô combien, adaptée à notre époque. Surcharge de travail et de tensions pour de nombreuses personnes en ces temps de pandémie qui perdurent. L’album est bien sûr, caustique, mais on ne sombre pas dans la dépression. L’humour corrosif s’achève même sur des notes d’espoir!

La bonne humeur caractéristique de leurs premières observations est toujours bien présente, elle trace la ligne d’un voyage viscéral et satirique à travers le capitalisme et la cupidité. Sur les 11 titres de l’album, un personnage anonyme – bricolage de personnages que Smith a rencontrés, imaginés ou qu’il a lui même été – se retrouve dans des situations rocambolesques : pétrin financier, emploi de bureau, activité illégale désespérée, enquête de police, état d’ébriété avancé…..

Rupture délibérée avec l’étiquette post punk

Malgré un certain regard cynique, le monde n’est pas sans espoir. On retrouve le personnage anonyme dans les 3 derniers titres avec une certaine nostalgie touchante. Le très beau Tall Poppies raconte, pendant 6 minutes, l’histoire d’un héros d’une petite ville qui a osé rêver. Pour Another évoque les soirées passées à boire du Vendredi soir. 100% Endurance clôture l’album de façon superbe. Graeme, le personnage de Fixer Upper y fait même une incursion. Moment d’introspection et de lucidité…. « C’est vrai, j’ai livré plus de guerres que j’ai fait de dîners chauds »… Au delà de la mort, d’un départ la vie continue….

« Quand on a placé cette chanson tout à la fin du disque, j’ai eu la sensation qu’elle le parachevait pour de bon, en sonnant différemment du reste, confie Smith. Un peu comme si le masque tombait, ce qui est très important à la fin d’un disque où je suis franchement sarcastique, – je suis plutôt bon à ça. Pour nous, c’est un peu comme une porte vers de nouveaux territoires à explorer. »

Epilogue: The Overload, reflet et symbole

Rich le successeur naturel de pay Day pour James Smith

Musicalement, l’album conjugue une recette minimaliste qui fait mouche. Au service d’un réel talent d’écriture, de belles lignes de basse, une batterie et guitare efficaces. The Overload peut apparaître aussi comme le reflet d’un Royaume-Uni malade. (ok, pas le seul État!). Il dénonce, avec humour, de façon corrosive en évitant de juger facilement, même si le capitalisme et le conservatisme sont bien attaqués. L’album prend le temps de la réflexion socio-politique .

« Je crois que ce disque parle de ce que nous faisons tous : nous sommes tellement tous pris dans le quotidien que nous ne faisons pas vraiment de pause pour réfléchir aux constructions qui nous définissent, explique Smith. Mais il y a aussi qu’au-delà de ça, c’est pas mal excitant, parce qu’il y a encore tellement de choses qu’on ne saisit pas : comment se crée la mentalité de troupeau, comment se propage l’information, comment on adhère et on fait confiance sans se poser de questions. Il y a des gens qui s’en posent plus que d’autres, mais les idées du genre “Je suis de gauche donc j’ai raison” ne mènent à rien. Les guéguerres idéologiques qu’on nous sert, je trouve tout ça tellement rasoir. C’est pas mon truc. »

Concert donné à York en Octobre où vous retrouverez les 4 titres de l’E.P Dark Days mais aussi le superbe Dead Horse

En concert à Lille le 2 Février et le 12 à Paris (Boule Noire)

https://aeronef.fr/agenda/yard-act-02-fev-2022/

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