Warm Graves crédit photo Felix Adler

Warm Graves: Ease, expérimental sombre et introspectif

En Une: Jonas Wehner -Warm Graves- crédit photo Felix Adler

Warm Graves sort son deuxième album, Ease, plus de 7 ans après le premier, Ships Will Come. Warm Graves fait partie des nouvelles signatures du label londonien Fuzz Club Records. Le label vient de rééditer d’ailleurs, en Décembre, le premier opus de Warm Graves. Ce deuxième album tant attendu nous montre une évolution du projet musical conduit par Jonas Wehner.

Warm Graves: un premier album brillant mais resté dans l’ombre

Warm Graves, un premier album au parfum de Wu Lyf

J’avoue ne plus savoir comment j’avais, en 2015, découvert Warm Graves-peut-être via Gonzaï? En tout cas, séduction immédiate pour Ships Will Come, sorti à l’automne 2014 et que j’acquiers alors en vinyle blanc. C’est le label allemand , This Charming Man Records, qui le produit. Il faut préciser que Warm Graves est basé à Leipzig, comme AUA récemment chroniqué. Le projet musical Warm Graves démarre en 2012. C’est l’oeuvre du compositeur de musique électronique Jonas Wehner. Il est alors rejoint par l’Américain Jared Wyatt et l’Italien Zar Monta Cola.

L’album ne peut laisser indifférent dès le premier titre, Ravachol, qui reflète bien l’album. Il est d’ailleurs enchaîné avec Penumbra pour bien créer une continuité dans l’atmosphère. Ravachol et Penumbra sont à la fois planants et presque anxiogènes avec orgue et choeurs. Des choeurs assurés par 17 amis de Jonas Wehner et omniprésents. Atmosphères éthérées addictives pour un album qui peut ressembler parfois à la B.O d’un film. Mais vous restez le maître des images.

J’avais également été séduit par le traitement des voix qui -associées à l’orgue- me rappelaient Wu Lyf. Encore une occasion d’évoquer Wu Lyf et l’unique album-chef d’oeuvre- Go Tell To The Mountain, paru en 2011. Ellery Roberts, le chanteur mancunien, forme ensuite L.U.H. Pour les curieux passionnés, vous pourrez peut-être encore récupérer-comme moi- l’édition vinyle de l’album de Wu Lyf, réédité pour ses 10 ans lors du RSD 2021.

EASE, un nouveau projet musical.

Neon premier long titre proposé en Novembre par Warm Graves

Jonas Wehner a donc mis 7 ans pour accoucher du nouvel album de Warm Graves. Le groupe a tout de même aussi voyagé pendant les 2/3 premières années. Tournées notamment avec Moon Duo, The Soft Moon ou Efterkang et quelques festivals, entre Reykjavik, Eindhoven, Brighton et Roskilde. Aujourd’hui, Jonas Wehner revient sur un nouveau label, avec un nouveau groupe et un nouveau projet musical.

Jonas Wehner compare les 7 années de gestation de l’album au temps de renouvellement des cellules du corps humain. « A mon sens, explique t-il, Ease revient constamment à l’idée de transformation. Précisément, on passe ici de la lutte à la sérénité, des chœurs aux murmures, de la précipitation à la patience. Ces sept années n’ont pas été un long fleuve tranquille. La vie a pris pas mal de virages, j’avais beaucoup de choses à apprendre. Tout est là, rassemblé sur ces 9 morceaux. »

Finis les longues plages planantes et les choeurs des atmosphères éthérées. Ease propose un puzzle de compositions électroniques flirtant à la fois avec le Dark Ambient Drone, le Krautrock et la Cold wave la plus sombre. Plus de titres enchaînés et de transitions en douceur comme dans le 1er opus. Le nouvel album connaît des ruptures plus rugueuses. Cela peut traduire les bouleversements personnels et sociaux de cette période de composition. La voix de Wehner occupe une place plus centrale, en lien aussi avec une introspection plus grande. « I’ve lit my own fate« -J’ai allumé mon propre destin- chante Jonas Wehner dans le titre Sun Escape.

Eclairage sur un album en clair obscur

Séquences claustrophobes et conflit intérieur

Si l’album Ease contient des chansons introspectives et universelles, beaucoup sont ancrées dans un lieu et une époque particuliers. Ainsi le titre Atoria-le seul instrumental-ouvrant l’album en mode crescendo. L’hôtel Astoria resta pendant longtemps à l’abandon dans le centre de Leipzig. Il perdait même son identité, le « S » tombant de la façade. Jonas Wehner souhaite ainsi évoquer ce qui est éphémère et s’efface-y compris jusqu’à une rénovation symbole-aussi- de disparition. Black Wine est le 1er titre envoûtant de l’album. Rythme motorik avec orgue et voix sombre de Jonas Wehner dès le début.

Neon fut le premier single proposé en Novembre. Un très long titre (9’24 ») sur «  la façon dont on gère les attentes et les pressions de la vie moderne, et finalement, de s’y dissoudre » explique Wehner. Puis il ajoute: « Il s’agit également de l’acceptation de la déception, de l’instabilité comme seul moyen de reprendre des forces. Elle se termine par une pensée très paisible sur le fait que nous sommes tous égaux dans cette lutte pour l’équilibre. »  Sun Escape démarre sur des sonorités plus industrielles et Kraut. Le titre s’accompagne d’une belle vidéo signée de la réalisatrice berlinoise Daniela Aranguren Rodriguez qui explique: « Sun Escape ressemble à cet épisode manquant de La Quatrième Dimension qui se déroule en 2021. Il dépeint de manière abstraite un conflit intérieur avec des visages pâles qui s’éloignent les uns des autres, passant d’un espace vide à un monde extérieur obsédant. »

Cara est un de mes titres préférés. Belles nappes de synthé pour ouvrir cette chanson « la plus personnelle de l’album » confie Wehner. «  Une leçon que j’ai apprise encore et encore avec le temps, qui concerne les personnes toxiques, celles qui se rapprochent de nous quand tout va bien, mais qui sont les premières à sentir quand on est fragile et en profitent pour nous briser. Il faut en être conscient. »

Un final en contrastes mais tout aussi passionnant

Synth pop sombre et minimaliste

Les 4 derniers titres nous proposent un final plus contrasté sur le plan musical. Deliria nous surprend car c’est un titre dépouillé et presque acoustique. Il laisse la part belle à la voix de Jonas Wehner pour 5 minutes de douceur. Nightfall/Daylight poursuit la trame cool, avec sa synth pop austère et minimaliste. Le titre s’apparente à une berceuse décrite par Wehner comme la B.O. qui accompagnerait une personne « à moitié perdue, somnambulant dans la ville. C’est le son qui pourrait caractériser l’agitation qu’on éprouve en traversant un lieu qu’on connaît mais dans lequel on ne se retrouve pas. »

Ease est le morceau titre renouant avec la veine musicale dominante de l’album. Sans tomber dans la facilité (aha ah, jeu de mot attendu), c’est encore un bon titre. Faite de ruptures et d’une voix proche de la litanie, la chanson se révèle addictive. Sound Sleeper est un très beau titre aux rythmes motorik sombres. Il clôture ce double album vinyle et est inspiré par une lecture : « Je suis tombé sur un article dans lequel un jeune garçon parle pour la première fois d’une expérience traumatisante de son passé et j’ai construit les paroles de Sound Sleeper autour des images terrifiantes qu’il décrit, en les mettant en boucle comme un mantra obsédant qui ne s’arrête pas et ne vous laisse pas vous échapper. La répétition est la clé ici – tout n’est que vibration avec celui-ci, vision en tunnel et éléments culminants, ça ne s’arrêtera pas – c’est sans fin ». 

Warm Graves sera en concert au Supersonic à Paris le 1er Avril.

Warm Graves pochette de Ease
Warm Graves pochette de l’album Ease

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