J. C. Satàn prend la bonne voie

J.C. Satan au Temps Machine, Joué-les-Tours, 20 mai 2018

Retranscrire un interview est un exercice dévastateur pour l’égo. Il faut le dire, surtout quand on a tendance, comme moi, à bafouiller et à ne pas terminer ses phrases. C’est vrai qu’avant, je les terminais, mais maintenant… J’ai rencontré les cinq membres du groupe J.C. Satàn et leur sonorisateur entre les balances et le concert qu’ils ont donné pour la clôture du week-end consacré aux fanzines Juste une impression au Temps Machine le 20 mai. Après l’installation du merchandising dans l’entrée de la salle, on se dirige vers les loges. Le soleil tape sur les grandes baies vitrées, et transforme la petite pièce en étuve. Paula (chant), Arthur (chant/Guitare), Gaspard (basse), Dorian (Clavier), Romain (batterie) et Pascal (sonorisateur) s’assoient autour d’une petite table basse dans des canapés qui ont apparemment vu passer pas mal de monde. La conversation s’engage. L’ambiance est sympa, détendue, si bien que souvent tout le monde parle en même temps. Difficile après coup de démêler les interventions des uns et des autres. Aussi, lorsque vous lirez JC Satàn : c’est que le brouhaha était tel que je n’ai pas réussi à savoir qui s’exprimait… Promis, la prochaine fois…

Chapitre un : les concerts et les nouveaux morceaux

Weirdsound : Je vous avais vu il y a quelques mois au Mars, à Angoulème (chronique ici), vous aviez eu des problèmes techniques avec des coupures de jus…

Arthur : Oui, je me rappelle, on avait bien joué, finalement, à repartir tout le temps ! C’est la première fois qu’on jouait les morceaux du dernier album en plus !

WSD : Alors justement, lors de vos tournées, au fur et à mesure des concerts, est-ce que vos morceaux évoluent, changent ?

Arthur : Pas tellement, il y a moins de morceaux où on fait des trucs comme des gros solo, comme on faisait un peu avant. Mais bon, je pense qu’on joue les nouveaux morceaux un peu mieux à force, on commence à être plus à l’aise.

Romain : Bon, y a quand même Crystal Snake (sur Hell Death Samba) qui change tous les soirs.

Arthur : Ouais, y a des moments où on peut s’amuser dessus, on se fait des petites surprises des fois quand même (rires). Mais c’est plus pour rire, plus des blagues que des évolutions de morceaux « officielles ». Mais il y a beaucoup de morceaux qui sont des « vrais » morceaux pop qu’on enchaine du début à la fin.

Il y a un truc qui changent quand même : déjà il y a Gaspard qui nous a rejoint. La basse, moi ça me donne des idées, (se tournant vers Gaspard) il y a des fois, sur Dragons, par exemple, tu ne fais pas exactement le refrain comme avant et je trouve ça trop bien !

WSD : Toi Gaspard, si je ne me trompe pas, t’étais dans Cockpit…

Gaspard : J’y suis toujours…

WSD : Ah yes, ok, mais vous tournez ensemble ?

JC Satan, plus ou moins tous ensemble : Bah on voulait, mais notre tourneuse non. (rires)

Romain : Bon, c’est un peu plus compliqué que ça, mais le principe c’est ça. Même si on voulait Cockpit en première partie, on ne pourrait pas. On ne peut pas imposer un groupe en première partie comme ça sur nos dates

Interlude 1

Arthur : c’est quoi le blog déjà (note au « rédac chef » : oui, Fatherubu, tu as raison, le nom est imprononçable. Mais en retour, il est aussi incompréhensible. C’est ça qu’est bon !) ?

WSD : Ouairdsanned.

JC Satan : Ah bah oui, wouèrdesouned ! Ok !

Chapitre 2 : Les critiques du dernier album, le tube international et les groupes français aux USA.

WSD : Pour revenir à nos moutons, comment ressentez vous l’accueil autour de Centaur Desire, je n’arrête pas de lire des critiques dithyrambiques.

JC Satan (difficile de démêler qui a dit quoi puisqu’on a tous parlé en même temps, moi y compris) : on en parlait hier ! J’ai croisé plein de monde qui disait pareil. On trouve que c’est cool mais… c’est un peu comme pour le précédent, bien qu’on nous dise qu’on a beaucoup plus de presse. C’est vrai que les chroniques sont super.

Je suis content, parce que des efforts comme ça qui ne payent pas, ça aurait été vraiment les boules !

Arthur : Maintenant c’est vrai que c’est l’album où on a passé le plus de temps, où on s’est le plus impliqué, investi techniquement, en travaillant le son, ce qu’on ne faisait pas trop avant. Je suis content, parce que des efforts comme ça qui ne payent pas, ça aurait été vraiment les boules ! Il faut dire que c’est une bonne voie qu’on prend.

WSD : (changeant de sujet parce que Mr. Moonlight, il est comme ça, il passe du coq à l’âne, même si ça fait mal) et vous allez tourner avec Jessica 93 ?

Paula : On a déjà fait pas mal de dates avec eux en France au printemps et, oui, on va faire une tournée européenne ensemble en novembre prochain: Allemagne, Autriche, Slovénie, Angleterre…

WSD : Vous avez déjà tourné pas mal à l’étranger, non ?

Dorian : Le groupe a carrément commencé comme ça, on tournait plus en Europe qu’en France, d’ailleurs.

WSD : Vous étiez passés à Tours, il y a quelques temps, à Aucard, au Temps Machine…

Paula : Oui, on a joué plusieurs fois à Tours. On avait joué avec un groupe de Stoner qui faisait des reprises de Queens Of The Stone Age qui était vraiment bien (Fumuj peut-être bien, non?…)!

WSD : j’ai vu sur Youtube un post avec Ty Segall qui reprenait Crystal Snake, il me semble (À vous de juger avec le son de la video, c’est assez inaudible).

Pascal : Non, en fait, c’était pendant la tournée qu’on a fait en Europe, des fois il arrivait sur scène en faisant le con.

Arthur : En fait, c’était comme nous avec Manipulator (un titre de Ty Segall, NDLI), nous des fois on se foutait de leur gueule, sur scène comme ça on faisait (Arthur prend une petite voix nasillarde) : « manipulation », comme ça en français. Ça les faisait marrer. Et puis à un moment, à Berlin, ils avaient essayé vite fait de checker le morceau, et à un moment ils ont joué Crystal Snake (je me disais bien aussi), on a halluciné.

Paula : Il y a un groupe qui a vraiment enregistré une reprise de Cristal Snake, mais il y a longtemps.

Dorian : Crystal Snake, c’est un peu notre tube mondial.

WSD : ça fait plaisir de voir qu’il y a des gens qui écoutent JC Satan aux USA, c’est pas toujours évident d’avoir un peu d’audience là-bas.

Gaspard : Ouais, ils adorent Cheveux quand même. Quand j’y étais, ils étaient là : « sheuveu ». (rires) Et t’es là « Quoi ? Ah Cheveux ! »

Arthur : Les gens du garage, les indé, ils connaissent le milieu, ils connaissent Born Bad en général.

Pascal : Et puis quand même, la scène française elle a une bonne réputation je pense aux USA. Il y a quand même des groupes qui ont tourné là bas pas mal.

Paula : Après, aller là bas, aujourd’hui, pour les groupes de notre milieu, c’est impossible. Il faut un visa, que tu trouves l’avion, après quand t’y es tu peux pas demander à être logé, t’es pas payé.

Romain : Oui, eux quand ils viennent, ils sont accueillis comme des rois, puis nous quand on veux aller là bas, c’est pas évident d’y rentrer. Il y a des groupes qui se sont déjà fait refouler.

Pascal : Oui, ils voient sur internet que t’as des dates de tournée, même si t’es pas payé et pas déclaré, pour eux c’est du travail, et il savent très bien que t’es pas payé, mais du coup, ils te refusent l’entrée.

Arthur : À la douane, un membre de je ne sais plus quel groupe, il avait un badge et le mec, pendant qu’ils contrôlaient, il est allé voir le nom du groupe sur internet…

WSD : Ah ouais, c’est vicieux.

Romain : Oui, tout ça pour dire que pour eux c’est plus facile.

Interlude 2

WSD (sautant encore du coq à l’âne. Aïe) : Bon, moi je suis musicien et un peu fan de matos, et j’ai vu que vous jouiez tous les deux (Arthur et Gaspard) sur Duesenberg, vous avez un endorsment ?

Arthur : Un petit, 33%. J’en ai acheté une première il y a une dizaine d’années, et ça tue. Aujourd’hui, j’en ai plusieurs, dont une un peu modifiée. Allie (ex bassiste) en avait une aussi.

JCSatan_Temps_Machine©
Arthur et sa Duesenberg blanche mise en évidence grâce à cette photo ratée prise par AntoineGB pour weirdsound.

Chapitre 3 : la scène bordelaise, c’est pas de la bouillie!

WSD : Sur la scène bordelaise, vous avez l’occasion de croiser Loïk Maille, Jaromil Sabor ?

Gaspard : C’est un de mes meilleurs potes ! Je joue avec lui dans Arhur Pym and The Gordons (NDLI : à la guitare).

WSD: Bon, mais euh juste pour revenir dans le fil de l’interview, toi Arthur tu fais des prod, non ?

Arthur : Oui, Dorian et moi, on est sur un truc là, qui pourrait remplir des stades, Siz. C’est très low fi 90’s.

Dorian : C’est un groupe hyper 90’s, ça bouge à fond, ils font partis d’un collectif, Flippin Freaks.

Arthur : Oui, d’ailleurs, ils ont fait un label numérique, qui s’appelle Un E.P. par jour, et tous les jours ils demandaient à un groupe d’enregistrer un E. P. Je leur ai filé des vieux trucs que j’avais enregistrés et dont je ne m’étais pas servis. Tout n’est pas ouf, dans ce qu’ils sortent, mais il y a vraiment des bons trucs et ils ont le mérite d’exister.

Dorian : Les groupes à la mode de Bordeaux, tout le monde y va.

Interlude 3

WSD : Je n’ai pas retrouvé la source, mais j’ai lu que tu écoutais de plus en plus de musique de film, Arthur, non ?

Arthur : Oui, on en parlait un peu ces derniers temps, j’étais à fond. Moi, j’aime bien les orchestrations 60’s à la John Barry (1933-2011, Amicalement votre, le thème de James Bond et plein d’autre choses), j’adore, mais en plus classique, orchestralement, j’aime énormément Basil Poledoris (1945-2008, Conan le barbare, L’aube rouge, la chair et le sang, À la poursuite d’octobre rouge, Starship Troopers pour ne citer les meilleurs et les plus connus…), Bernard Herman (1911-1975, bon, et bah pas mal de Hitchcock, déjà, Le jour où la Terre s’arrêta, les premiers Orson Welles, les nerfs à vif, Obession, Taxi Driver…). Vu que quand j’écris des chansons, c’est assez imagé dans ma tête, ce sont plus des liens entre les morceaux que je fais. Je pense à comment je vais tout mettre en forme. Et je crois que c’est à force d’écouter de la musique de film que j’en suis arrivé à cette façon de faire. Et j’aime bien, c’est une autre façon de s’inspirer et j’écris les morceaux différemment du coup.

Dorian : Ça pousse à plus créer des ambiances…

Arthur : Ouais, t’écris un morceau, ça te donne l’envie d’en écrire un autre. Tu trouves le rythme parce que t’as fait le morceau d’avant. Et là par exemple, ce que j’écoute à fond, c’est l’édition Des chemins de Katmandou (1969, André Cayatte d’après un scénario de René Barjavel avec la musique de Serge Gainsbourg/Jean-Claude Vannier), film de merde mais avec une putain de musique de Serge Gainsbourg et Vannier. C’est vraiment dans l’esprit de La Horse (Pierre Granier deferre, 1969), des morceaux géniaux de Jean-Claude Vannier. C’était jamais sorti !

JC Satan le Temps Machine, 20 mai 2018 ©NAntoineGB pour weirdsound
Paula in the dark, AntoineGb pour weirdsound

Chapitre 4 : le revenu de base selon Paula et les français et le rock

Il y a une vrai question sur l’image qu’on a de nous. Quand tu entends ou tu lis ce que les gens écrivent sur nous, tu hallucines.

WSD : Bien. Tu viens de répondre à trois questions d’un seul coup ! Bon, la question qui devient rituelle et qui masque mon incompétence en terme d’interview, est-ce qu’il y a des questions qu’on ne vous a jamais posées, des thèmes qui n’ont jamais été abordés et dont vous vous dites : “j’aimerais bien répondre à cette question.” (m…de ! Je pensais être le seul à poser cette question nulle. Et bien non. Ce qui rassure, c’est que même les bons interviewer la pose : http://emission-electrophone.fr/interview-jc-satan-ca-va-en-foutre-plein-la-gueule/ )

Paula : Est-ce que tu veux deux ou trois milles €, là, comme ça.

WSD/JC Satàn, réponse collégiale : Pourquoi seulement deux ou trois, et pas plus de zéro ?

Paula : Je ne sais pas, j’essaie d’être réaliste quand même. J’ai pas besoin de plus dans la vie.

Les autres : Avec deux, trois milles € ? Bon, tous les mois alors.

Paula : Voilà.

Arthur : Parfois, c’est vrai qu’il y a des choses dont tu aurais envie de parler. C’est vrai qu’il y a une question sur l’image qu’on a de nous. Quand tu entends ou tu lis ce que les gens écrivent sur nous, tu hallucines. Il y a toujours, à cause du nom, de la musique un peu bourrin, du côté un peu sombre, des a priori. Alors du coup on nagerait dans le stupre, on serait des alcoolos finis. C’est vrai, que parfois on bois du whisky sur scène (ce soir là, c’est pastaga)…

Paula : Tout le temps ! (rires)

Faut dire qu’ils cherchent un peu aussi.

Arthur : Oui, mais ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas vraiment comme ça qu’on vit notre passion musicale. Tu aimerais parler de comment on voit le milieu de la musique, ce n’est pas des questions que les gens pensent toujours à poser, parce que j’ai l’impression qu’ils ne nous prennent pas toujours au sérieux, tu vois (mais comme disait mon grand père, homme sage parmi les sages, « on peut faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux »)

Tu vois, où on en arrive maintenant, ce n’est pas non plus gigantesque, mais c’est un parcours intéressant.

On fait ça depuis longtemps, dans le milieu indépendant. Tu vois, où on en arrive maintenant, ce n’est pas non plus gigantesque, mais c’est un parcours intéressant. Mais les gens ne se rendent pas compte qu’il y a des côtés chiants, on ne gagne pas grand chose.

Tu vois, en ce moment on n’est même pas intermittent ! On est à découvert tout le temps. On sait qu’on va redevenir intermittent pendant un an, on peut perdre le statut un certain temps et entre les deux…

Paula : Faut comprendre que nous on touche vraiment rien.

JC Satàn : C’est vrai qu’on a peut-être de la presse, plein d’articles et tout, à Bordeaux ils pensent qu’on ne joue que devant des salles remplies.

Paula : On nous a demandé combien on avait touché pour faire Canal+, ils disent « oui, c’est du genre 10 000€, non ? » mais en fait on n’a même du payer le trajet aller-retour et l’hôtel !

Arthur : Ils considèrent que c’est de la promo, qu’il y a la SACEM qui tombe. Oui, de temps en temps, une fois.

WSD : Heureusement, il y a quelques radio indé qui passent du rock…

Arthur : Oui, il y a la Ferarock (Fédération des Radio Associatives Rock dont Radio Béton est un des membres fondateurs, NDLI) on est classé premier dans la liste des diffusions (mars 2018 des artistes français les plus diffusés sur le réseau Ferarock), heureusement. Mais si tu veux écouter ce genre de musique, faut passer par ces média alternatifs, ça ne sera jamais sur les grandes ondes.

En France, les groupes de rock qui marchent il n’y en a pas qui chantent en anglais.

Dorian : Ce qui est sur, c’est qu’on a de la chance pour le style qu’on fait.

Paula : Moi je ne trouve pas.

JC Satàn : En fait, ce n’est pas ce qu’écoute la majorité des gens. Après t’as des groupes de rock qui marchent quand même…

Paula : Mais on ferait de l’expérimental complètement barrée, on aurait de la chance d’être là ou on en est, mais on fait de la pop, rock.

Arthur : Oui, on fait du rock classique.

Dorian : Oui, mais bon il n’y a aucun groupe dans notre genre qui cartonne.

Paula : Oui, mais il y a quoi comme groupe dans notre genre ? Donne moi un exemple français.

Dorian : J’en sais rien justement.

Paula : (rires) bah voilà, t’en sais rien !

Pascal : Non, mais il n’y en a pas, c’est vrai.

Arthur : Ce qui est vrai, c’est qu’en France, les groupes de rock qui marchent il n’y en a pas qui chantent en anglais.

WSD : Oui, personnellement (les opinions exprimées dans cette interview ne représentent pas l’opinion du site weirdsound et n’engagent que les personnes qui les expriment) je trouve que le rock ça sonne en anglais, le français n’est pas une langue qui sonne pour ça.

Arthur : Totalement d’accord. Le rock en français c’est pour rester en France et réussir en France. En plus la France n’aime pas spécialement découvrir. On a cette impression à notre échelle. Les gens aiment bien être rassuré, avec des programmation de vieux groupes ou de trucs connus. C’est tout le temps les même, quand c’est un peu indépendant, ils hésitent.

Dans les années 90, tout marchait !

Produit par Arthur et Dorian, le groupe Siz, low-fi 90’s…

La conversation continue pendant quelques temps et dérape sur les mérites de Dominique A, le matraquage médiatique autour de Charlotte Gainsbourg et les années 90. Personnellement, j’ai passé un super moment, agréable, et rencontré des musiciens passionnés et accueillants. Merci encore à tous les six, au Temps Machine (Vincent, Marie-Line et toute l’équipe).

Liens :
https://www.jcsatan.com/
http://www.bornbadrecords.net/artists/jc-satan/
https://1epparjourrecords.bandcamp.com/

Pay off bonus pour ceusses qui vont au bout de l’article :