Angoulême : Born Bad Records pète les plombs au Mars Attack !

Bon, pour ceux qui croient que le rock garage, c’est un endroit pour faire réparer sa bagnole en écoutant Johnny, vous pouvez passer votre chemin. Pour les autres, bienvenu dans l’univers musical franchement underground, déjanté et très beaucoup (mais pas que) garage de Born Bad Records. Label français lancé il y a dix ans par J. B. Guillot. Il a aujourd’hui à son catalogue des noms aussi divers que Pierre Vassiliu, Les Olivensteins (rappelez-vous, « Fier de ne rien faire, de ne savoir rien faire », hymne punk français de la fin des années 70, début 80) ou encore Frustration (énorme groupe cold-wave/post-punk à découvrir pour ceux qui…), Cobra ou La Femme et bien sûr, le Villejuif Underground! Le Villejuif Underground : aftershow / Fuzz yon/La Roche/Yon 12/10/2017

Mais en ce samedi 27 janvier, c’est Magnetix qui ouvre le bal. C’est un peu les Sonics passés à la moulinette Ty Segall, un truc comme ça, mais en pire (compliment élogieux. Si, si!).

Sur scène arrive un guitariste, croisement improbable entre un Captain Sensible en noir et blanc et Charles Bronson, suivi d’une batteuse monolithique qui œuvre derrière une batterie minimaliste. Et là, c’est un déluge de feedback, de réverb, de fuzz… et un show chaud qui ouvre la soirée. Chauffé par une heure de D. J., le public est immédiatement sur la même longueur d’onde et accueille chaleureusement le duo.

Les oreilles saignent mais c’est bon! Pendant 45mn, Looch Vibrato va massacrer sa guitare et triturer ses pédales. Aggy Sonora droite derrière ses fûts, assurer l’assise rythmique binaire et énergique avec une constance et une abnégation sans faille. Les riffs sur deux notes, les textes en français ou en anglais (à la fois, vu le gloubiboulga sonore qui sort des enceintes, bien malin celui qui pourrait dire de quelle langue il s’agit) et des rythmes martelés sur un tom basse, une grosse caisse et une caisse claire nous entrainent dans une transe électrique. Lorsqu’on émerge et qu’on voit Looch allongé par terre, la guitare étalé à côté, en train de tripatouiller ses pédales pour sortir les sons les plus distordus possible, paroxysme halluciné du set, on se demande comment ils ont pu faire autant de bruit à deux. Dommage que la sonorisation ait été un peu légère et n’ait pas pu mettre en valeur le son déjanté du couple de musicien.

Le Mars Attack se rallume. Après une pause et une ruée sur le bar, Forever Pavot s’installe sur scène. Fatherubu vous avait déjà parlé de cet artiste iconoclaste qu’est Emile Sornin (la chronique est ici : https://weirdsound.net/2017/12/06/petites-annonces-musique-forever-pavot/). Et comme promis, nous vous en reparlons. Compositeur, arrangeur et multi-instrumentiste, il signe déjà deux albums chez Born Bad en plus de « Le bon coin forever« . C’est peut-être cette proximité avec ces ambiances très cinématographiques ainsi que des sonorités qui peuvent rappeler Serge Gainsbourg, qui lui ont valu de collaborer au dernier opus de Charlotte Gainsbourg, « Rest« . Car, comme le souligne la bio sur le site Born Bad, pour définir Forever Pavot, il faut aller chercher du côté de Francis Lai et Ennio Morricone. Véritable artiste touche à tout, il réalise également des clips, pour d’autres groupes, mais aussi pour ses propres compositions :

En live, la formule s’avère efficace. Si Forever Pavot est le projet d’un seul homme, sur scène, la cohésion du groupe n’en laisse rien paraitre. La basse délicieusement melodynelsonienne, claquante, bien en avant, la guitare entre fuzz et wah-wah, et la flute traversière—oui, oui, pas commun dans le rock, mais ça fonctionne à plein sur cette musique très 70’s— épaulent à merveille les sons de Farfisa, Moog et autre claviers disposés devant la silhouette zappatesque (que de néologismes musicaux dans cette chronique) d’Emile Sornin assis derrière ses machines, et dont la présence scénique indéniable, évoque tour à tour un Stevie Wonder blanc et chevelu, ou une marionnette des Muppets.

DSCF3301-2Photo Weirdsound.net

Par rapport aux albums, le son est plus rock, les influences psychédéliques se font plus présentes, les morceaux prennent de l’ampleur, s’allongent et nous embarquent dans cet univers sur-réaliste où « La soupe à la grolle« , pas si dégueu, côtoie des mangues qui pleurent de joie (« The most expensive chocolate eggs« ). Privé de bande de playback, Emile invite un public ravi à remplacer les enregistrements de corbeaux qui préludent à sa fameuse soupe. Une communion se créé entre l’audience et les musiciens, et, au fur et à mesure que l’on s’avance dans le set, les têtes se balancent, les corps chavirent, ondulent, les yeux se ferment.

Le concert se clôture avec un « Cancre »  virtuose sur lequel  les plages de synthé seul, les breaks, reprises et la basse syncopée qui attaque de plus en plus fort ne sont pas loin de nous emmener sur Mars.

La sortie est difficile. Je me fraie un chemin jusqu’à Emile pour le féliciter (et lui acheter in extremis ses deux derniers vinyls au passage) et vais boire un sirop de houblon bien mérité.

Les J. C. Satan nés à Bordeaux de la rencontre entre Arthur (guitare, équipé en Duesenberg monsieur, s’il vous plait) et Paula (chant) qui, après des enregistrements à deux en home studio, sont rejoints par Romain à la batterie (Romain aime arriver en retard sur scène!), Dorian aux machines, géant barbu qui se balance derrière ses claviers, et Alice à la basse. Elle quitte le groupe dans le courant de l’année 2017, après sept années de bons et loyaux services, remplacée par Gaspard (lui aussi en Duesenberg).

Décrit comme un « vortex sonique » par les Inrocks, la musique du groupe est, ne leur en déplaise, un délicieux mélange de garage, de punk, de rock, mais surtout de garage rock… Si le groupe trouve cette définition trop réductrice, c’est que l’on décèle chez eux des influences plus larges, comme Black Sabbath ou Queens of the Stone Age. Mais, côtoyer Billy Childish ou Mudhoney dans un style musical n’a rien de déshonorant. Et J. C. Satan délivre une énergie et un rock brutal, stroboscopique, aux fulgurances brèves mais jouissives. Le groupe résume parfaitement cette identité dans la série de petits gifs animés qui émaillent la page d’accueil de leur site :

http://www.jcsatan.com/

Ils inaugurent lors de ce concert, les morceaux de leur album à sortir le 2 mars, « Centaur Desire« . Aussi, la première moitié du set est-elle composée uniquement de nouveaux morceaux. Le style J. C. Satan est bien là, mais les tempo semblent s’être un peu assagis. Car, lorsque viennent les anciennes compositions, le rythme s’accélère et le pogo s’intensifie.

Alors que les classiques comme « Dragons » s’enchainent, les plombs lâchent une première fois. Une vengeance divine contre les J.C. Satan? Des amplis montés à 11, comme dans Spinal Tape? Une tension à son comble dans le public qui déclenche une surcharge électrique? Toujours est-il que trois fois de suite, les musiciens se retrouveront dans le noir, coupés dans leur élan. Vraiment dommage pour un show excellent de bout en bout. Et, malheureusement, la tension et l’attention du public redescendent quelque peu. « Waiting for you« , ballade quasi pop dans le répertoire du groupe, termine ce concert chaotique, et c’est légèrement énervé (attention, euphémisme!) que les cinq musiciens quittent la scène.

Il faut saluer le professionnalisme du groupe qui reprend à chaque fois le morceau interrompu pour l’amener toujours plus loin. Dommage que le public n’ait pas manifesté plus de soutien devant les problèmes techniques qu’ils ont rencontrés. Mais, quoiqu’il en soit, J. C. Satan reste un des meilleurs groupe français du genre aujourd’hui. L’écurie Born Bad a décidément de très bons canassons!

« Centaur Desire » J. C. Satan, sortie le 2 mars

https://jcsatan.bandcamp.com/

Forever Pavot, trois albums chez Born Bad records

https://www.facebook.com/ForeverPavot/

Magnetix, trois albums, deux 7″ chez Born Bad Records

http://www.magnetix.fr/MAGNETIX.html

http://www.bornbadrecords.net/

 

 

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