Sandveiss, le stoner de la Belle-Province. Entretien avec Luc Bourgeois

Il faut s’imaginer des îles à deux cents kilomètres du continent, des paysages de côtes de roches rouges rongées par l’érosion, des cordons dunaires régulièrement submergés par la houle, et la mer autour prise par les glaces pendant six à huit mois de l’année. C’est lors d’un séjour aux Îles-de-la-Madeleine, archipel isolé au cœur du golfe du Saint-Laurent, qu’une amie me fait découvrir le groupe dans le quel joue son frère Luc : Sandveiss.

Luc Bourgeois, originaire des îles, joue de nombreux instruments, comme de la cornemuse, de la flute… ce qui lui a valu d’intégrer un groupe folk madelinot très connu, Suroît (vent des côtes de la Manche/ou bonnet ciré de marin), un peu l’équivalent de notre Tri Ann de l’autre côté de l’Atlantique. Les racines de Luc plongent aussi dans le métal, et, dans les années 2000, il part fonder Sandveiss tout en gardant des contacts étroits avec les musiciens du groupe. Il participera en 2017 à la réalisation de l’album des quarante ans de carrière du groupe, « La r’visite« 

Marqué par Black Sabbath qu’il cite comme étant presque une religion chez lui, ou encore Pentagram, les compositions lorgnent vers le south-rock et le stoner. La voix de Luc est un véritable atout, bien qu’il ait hérité du poste par défaut, il faut avouer que sa tessiture et son grain collent parfaitement à ce rock abrasif et pourtant mélodique. En 2013, ils sortent leur premier album, « Scream queen« . En 2016, un E. P. « Save us all » en attendant le second album en 2018. C’est que 2017 fût une année difficile pour Sandveiss. Explications avec Luc.

Bonjour Luc, ravi de pouvoir présenter Sandveiss au public français. Tout d’abord, peux-tu me raconter comment est né le groupe?

-L’idée de monter le groupe remonte au milieu des années 2000, où j’accumulais les idées de riffs et chansons dans le but un jour de les travailler en groupe. Après avoir essayé sans succès avec différents musiciens, le premier line-up officiel de Sandveiss est né en 2012 et était constitué de Dzemal Trtak à la batterie, Daniel Girard à la basse, François Couture au chant, et moi même à la guitare/backing vocal. Nous avons sorti un EP de 4 chansons au printemps 2012. Durant le printemps 2013 nous avons commencé l’enregistrement de notre 1er album. Malheureusement, au début des sessions, François décida de quitter le groupe. Après discussion, nous avons conclu que j’allais essayer le poste de chanteur/guitariste, à condition d’intégrer un 2eme guitariste dans le groupe. J’appréhendais un peu de jouer toutes les parties de guitare tout en chantant en live, donc l’ajout d’un 2eme guitariste me semblait une sécurité. Le choix logique pour nous était de demander à notre ami guitariste Shawn Rice. Nous avions déjà prévu qu’il allait faire un solo sur l’album en tant qu’invité. Donc à partir de ce moment là, Shawn intégra le groupe et le Line-up resta stable jusqu’à l’hiver 2017, moment où Daniel Girard et Dzemal Trtak décidèrent de quitter le groupe. Depuis, nous avons un nouveau bassiste en la personne de Maxime Moisan (aussi bassiste du groupe de Québec, Les Trimpes). Et au moment d’écrire ces lignes, nous sommes toujours à la recherche d’un nouveau batteur. 2017 fut pour nous une années de bouleversements et d’incertitudes, mais aussi en bout de ligne de renouveau positif.

Du coup, j’ai l’impression qu’il y a une base solide qui s’est constituée autour de Shawn et toi. Est-ce indiscret de te demander pourquoi ces « turbulences » dans la formation  ?

-Pour parler des « turbulences » et bien ce n’est pas un secret, garder un groupe uni n’est pas toujours facile. Je pense que du côté de Daniel et Dzemal, le cœur n’y était plus. Nous avions des points de vue différents sur certains sujets concernant le groupe. Une chose menant à une autre, ils ont décidé de partir. C’est triste, mais en même temps avec le recul je pense que ça devait arriver comme cela.
Pour ce qui en est de ma relation avec Shawn, nous avons vraiment beaucoup en commun. Tant au niveau des goûts musicaux, de la direction du band, que dans notre façon de voir la vie en général. Nous avons une très bonne complicité et c’est certainement pour ces raisons que nous travaillons toujours ensemble. Au moment où il est entré dans le groupe, lui et moi avons immédiatement formé une équipe.

En 2015 tu disais que vous aviez déjà du matériel pour un autre album. Avez-vous quelques sons enregistrés en dehors de « Save us all » qui date d’avril 2016?

-Nous avons effectivement le gros du matériel pour le prochain album. Mais à l’époque nous avions décidé de prendre 2 des chansons que nous avions prévu de garder pour l’album (« Save us All »  et « The Unspoken Speech« ) nous les avons enregistrées et sortie un vinyle 7 » pour le record store day de 2016.  Pour être honnête nous ne sommes pas super rapide pour ce qui en est de l’écriture, et on s’est retrouvé à devoir écrire d’autres chansons pour l’album. Aussi je prends une bonne part de responsabilité pour le retard. Le fait que j’ai été très occupé à tourner constamment avec mon autre groupe n’a vraiment pas aidé les choses pour Sandveiss. Mais présentement nous sommes très enthousiaste et prévoyons le prochain album pour 2018. (Vite! N.d.I.)

Je sens bien les influences (sabbath, pentagram…) et il y a une grande unité de style dans les compositions, comment se passe l’écriture? Le choix des thèmes?

-Sur le premier album, une bonne partie du matériel provenait d’idées que j’avais accumulé depuis plusieurs années avant de commencer le groupe et que j’avais travaillé avec un ami batteur au tout début du projet. Tandis que certaines autres chansons furent travaillées autrement. « Bottomless Lies » par exemple était une chanson apportée par Dzemal. Daniel a aussi écrit plusieurs textes de « Scream queen » (ainsi que les textes des 2 chansons du ep 7″). Depuis que Shawn fait partie du groupe, il a apporté aussi sa contribution à la composition. Par exemple, les musiques de « Save us all » et « Unspoken speech » ont été écrites à partir de riffs qu’il a improvisé spontanément durant un jam. Ça a créé l’étincelle. Le point de départ de ces 2 chansons, c’était lui. Nos chansons se construisent toujours autours des riffs.  Par la suite viennent les mélodies vocales et en dernier les textes.

« Scream queen » avait un visuel plutôt art nouveau, une tendance assez marquée dans le stoner, (et même plus loin avec Baroness ou ASG) alors que celui de « Save us all » est plus « fin du monde ». Faut-il y voir quelque chose de plus sombre? Une évolution du groupe?

-Nous avons simplement travaillé avec 2 artistes graphistes différents. Alexandre Goulet a fait les artworks de « Scream Queen » et Éric Tanguay a fait ceux de Save us all. Dans les 2 cas, nous avons donné quelques idées de base, mais c’est eux qui ont développé le reste.

Les questions sur le nom et le titre du premier album (Ellen Sandweiss et « Scream queen« ) sont récurrentes lors des interviews, n’as tu pas peur que le groupe s’enferme dans une identité marquée films d’horreurs des années 80?

-Non pas du tout. De toute façon pour ce qui en est du nom du groupe, la référence aux films d’horreur n’est pas claire et évidente. Nous voulions un nom neutre, qui n’évoquait rien de particulier.  Nous avions une affiche du film Evil Dead dans notre local de répète, et un jour Dan, notre bassiste de l’époque, propose « Sandweiss » en référence à l’actrice Ellen Sandweiss.(qui joue donc dans Evil Dead… N.d. I.) On trouvait que le nom sonnait cool, mais on a quand même voulu le modifier. J’ai proposé qu’on l’écrive de la façon dont le nom se prononce en allemand. Donc c’est devenu Sandveiss. Et pour le nom de l’album, bien sûr que c’est un clin d’oeil à l’actrice. Mais les références aux films d’horreur s’arrêtent là. L’album n’est pas du tout un album concept.

Vu de France, le public québécois semble plus ouvert aux musiques rock et métal que le public français. Pourtant, lorsque j’écoute tes interviews, les choses semblent aussi compliquées pour les groupes comme Sandveiss chez vous que chez nous. Existe t’il des réseaux structurés, des clubs, festivals ou scènes pour les groupes comme le votre, et plus généralement la musique métal?

-Faut croire que l’herbe semble toujours être plus verte chez le voisin! De notre côté, nous avons l’impression inverse. Comme quoi il serait beaucoup plus facile de tourner en France et en Europe en général. Il y a certainement une forte culture rock et métal au Québec. Mais ça reste toujours très dur pour les nouveaux groupes locaux de se faire une place et d’attirer les gens dans les salles de spectacles. Il y a quand même un réseau de salles pour le genre, mais ça reste difficile pour les groupes d’ici de faire de grosses tournées viables au Québec. Le territoire est vaste mais beaucoup moins peuplé que la France. Il faut faire beaucoup de route pour jouer d’une ville à l’autre. Il y a certainement quelques festivals qui font une place pour les groupes métal et rock, mais nous devons faire face à la réalité: le genre attire moins de gens depuis quelques années. Mais les vrais fans du genre sont toujours là!!

La proximité des USA et le Canada anglophone ne vous donnent-ils pas la possibilité d’étendre votre audience? Est-ce que vous avez l’opportunité de jouer en dehors du Québec (avec Sandveiss, s’entend)?

-Nous ne sommes jamais allé joué aux États Unis. Hors Québec, nous avons joué en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Aussi nous sommes allés jouer en Suède en septembre 2016 et ce fut une superbe expérience. L’Europe semble être la route à prendre pour un groupe comme nous (chemin inverse pour les groupes français qui louchent vers le sucés aux U.S.A. re- N.d. I.). De nombreux groupes rock et métal nord américains fonctionnent bien mieux en Europe qu’en Amérique. Ce n’est pas un secret.

Est-ce possible de vivre de la musique dans la Belle Province quand on ne fait pas une musique mainstream?

-Non, je ne crois pas. Les musiciens Québécois qui font de la musique plus underground et qui en vivent sont très rares et doivent absolument s’exporter ailleurs. Le marché est beaucoup trop restreint ici.

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Luc Bourgeois et Shawn Rice. Photo Eric Brisson/Musik Universe.mu

Enfin, peux-tu nous parler brièvement de tes autres projets?

-Je joue aussi dans un groupe rock – folk Celtique qui s’appelle Bodh’aktan. J’y occupe le poste de flutiste/cornemuseur/guitariste…Donc pas besoin de préciser que c’est très différent de Sandveiss. Mais on ne peut pas vraiment parler de side-project parce que Bodh’aktan reste le groupe avec lequel je gagne ma vie, donc ça occupe beaucoup de mon temps. D’ailleurs je tourne pas mal en Europe avec eux. On se croisera peut être un de ces 4!

Avec plaisir, Luc! Et à bientôt pour parler du nouvel album de Sandveiss, et très certainement avant pour présenter Bodh’aktan dans une prochaine chronique… et peut-être une interview après un concert sur le vieux continent, qui sait?

Label : http://www.sexysloth.com/

https://sandveiss.bandcamp.com

https://www.facebook.com/Sandveiss/

 

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