Jaromil Sabor, voyage au pays de la pop

Jaromil Sabor - Second Science Jaromil Sabor - Second Science

Le pays bordelais a donné d’excellents crus au rock français. Dans les années 80-90, Noir Désir, Kid Pharaon (aka Thierry Duvigneau, The Electric Fresco), ou encore Camera Silence, entre autre, ouvraient la voie. Aujourd’hui, il nous donne les JC Satàn, Cockpit et… Jaromil Sabor. Derrière ce pseudonyme qui pourrait être le nom d’un personnage de bande dessinée, se cache Loïk Maille, véritable stakhanoviste du rock et de la pop. On le retrouve au sein d’Arhtur Pym and the Gordons (avec Gaspard de chez J.C.S. qui joue aussi avec Cockpit), de The Artyfacts et 39th & The Nortons (projet « arthurleenien » sur lequel apparait en featuring « Sitar », Paul Trigoulet, guitariste et co-producteur sur Second Science).

Une galerie pop mutlicolore

Comme pour mieux souligner sa volonté d’entrechoquer les genres, le bordelais emprunte son nom à deux personnages qui représentent deux opposés. Le Jaromil de Kundera, idéaliste naïf de La vie est ailleurs, et la célèbre expression du capitaine Haddock de Tintin : « mille sabords! ». Ce jeux de mot qui aurait pu figurer au fronton d’une boutique de coiffure s’il eut contenu « hair » ou « tif », et ces références littéraires sont finalement deux bonnes entrées pour explorer l’univers iconoclaste du musicien. Sur ce quatrième album solo, les ambiances pop prennent le dessus, délaissant les influences plus folk et rock présentes sur les précédents opus. Ce Second Science est un vrai « blind test » qui titille votre culture pop jusqu’aux tréfonds de votre adolescence boutonneuse passée derrière une frange grasse et une coupe au bol mal dégrossie. Chaque morceau est comme une sorte de citation, un tableau musical qui s’adapte à chaque situation, peinturlurant vos oreilles de couleurs pastel et de tourbillons psychédéliques. Ainsi, se promène t’on dans cet album comme un visiteur au pays de la pop.

Extrait de ce quatrième album, Sun Slaves impose des mélodies suaves et acidulées. 

Au détour des morceaux, on peux entrapercevoir l’ombre des LA’s, de Lou Reed, sur le phrasé de Museum of Time, notamment, des échos de The Verve ou encore l’héritage des Kinks ou des Zombies. On pourrait s’amuser avec le bordelais à décrypter chaque morceau pour chercher la référence ou l’influence majeure qui aura inspiré son écriture. Mais ça serait passer à côté de l’essentiel, le talent de compositeur du musicien. En utilisant de vieilles recettes, il fait surgir des instants magiques et légers qui tournent en boucle dans la tête et qu’on se prend immanquablement à siffloter à un moment ou un autre de la journée encore bien après avoir appuyé sur le bouton stop (à regret).

Des mélodies acidulées et des couches de voix suaves ponctuées par des gimmicks de guitare qui mêlent allègrement les époques

Les ingrédients pop vintage d’une recette contemporaine réussie

Les rengaines faussement naïves cachent en réalité des chansonnettes toujours décalées, mélancoliques ou surréalistes. Trompettes (Astral Army, Sun Slaves…), flute harmonisée ou glockenspiel, les arrangements ne reculent devant aucun tabou et ramènent sur le devant de la scène des instruments largement utilisés dans les années 60 et un peu délaissés depuis. La recette donne une étrange note de désuétude, une modernité vintage, un peu comme une image d’Alexandre Clerisse.

Planche de l'été diabolik dessins d'Alxandre Clerisse, scénario Thierry Smolderen
Étranges œuvres modernovintages, psychédéliques, aux couleurs acidulées, parsemées d’autoréférences, l’univers de Clerisse et Smolderen m’apparait comme un écho graphique à la musique de Jaromil Sabor

Mais derrière ce détachement et ces mélodies sautillantes, les références du musiciens sont autrement plus subtiles. Faut-il voir l’influence de la relation entre Henry David Thoreau et Ralph Waldo Emerson dans ce Plague of Waldo? Car Loïk Maille s’amuse et émaille ces morceaux magiques de jeux de mots, d’anagrammes ou encore compile sous forme de patchwork une série de titres d’Elliott Smith pour former le texte de Oh! Still Time sur Marmelade Sculpture ¹. Bien malin qui saura décrypter l’ensemble des références  ainsi assemblées pour constituer cet album.

Sorti en avril chez Casbah records/Howlin’ Banana, ce Second Science a bénéficié d’une production riche et finement ciselée. On est loin du DIY des premiers enregistrements, ce qui permet à la musique de Jaromil Sabor de prendre toute son ampleur. On se verrait bien cet été allongé à l’arrière d’un combi VW sur les plages du Sud-Ouest, les morceaux de Second Science tournant sur le radio-cassette pendant que les vagues déferlent, portant sur leur dos les silhouettes de surfeurs levés trop tardivement pour profiter du vent de terre matinal. Encore une bonne galette pour visiter le pays de la pop pendant la saison estivale en toute sérénité.

1 http://walkingwiththebeast.blogspot.com/2012/12/interview-jaromil-sabor.html

Liens :

https://casbahrecords.bandcamp.com/album/second-science

http://www.howlinbananarecords.com/?p=1843

https://jaromilsabor.bandcamp.com/

https://39thandthenortons.bandcamp.com/album/the-dreamers

 

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