Liminanas - Festival Levitation France 24 09 2021 (6)

Festival Levitation France 2021 : jour 1 … Le retour à la vraie vie !

Weirdsound avait coché comme bon nombre de fans de musique Indie, le rendez-vous proposé par les équipes du Festival Levitation France à Angers sur le week-end du 24 au 25 septembre 2021. « Revivre » fut la thématique principale de ces 2 très belles soirées de concerts, un festival qui se déroulait de nouveau, aux abords de la Scène de Musique Actuelle du Chabada à Angers, après 3 années au Théâtre le Quai au bord de Loire.

2 scènes en face à face, un effort certain pour les bars et une restauration locale… il ne manquait plus qu’une programmation de qualité. Et bien entendu, le Chabada a mis la barre haut pour satisfaire les festivaliers venant d’un peu partout en France. Le petit frère du festival éponyme créé par les Black Angels à Austin en mars 2008 est désormais inscrit sur le podium Français des meilleurs festivals Indie et dénicheurs de groupes talentueux.

Festival Levitation France 24 09 2021 (1)
Festival Levitation 2021

Le sourire aux lèvres, et nectar dans les oreilles au Levitation France

Quel bonheur de retrouver une ambiance de festival, des gens heureux, … après une petite validation du pass sanitaire, on nous confirme que la configuration extérieure du Chabada nous permet de ne pas être dans l’obligation d’utiliser un masque. L’objet de cet article n’est pas de débattre sur un virus qui a déjà trop monopolisé les débats depuis un an et demi, toujours est-il… Quel bonheur de se sentir à nouveau libre ! En d’autres mots, ce fut un peu « le monde d’avant ». Les festivaliers présents lors du premier concert faisaient déjà ressortir cette osmose, cette joie et cette impression de liberté, bière à la main, sourire aux lèvres et nectar dans les oreilles.

Passé sous La Houle

Horaire de travail oblige, Martin (mon collègue festivalier du weekend) et moi-même n’avons pu qu’entendre sur notre trajet pédestre hôtel-festival, les notes très dark, noise et électroniques aux inspirations 90’s de La Houle. Un peu de regret, les écoutes préalables (et post-Levitation France) me donnent envie de creuser l’écoute de ce jeune groupe.

Voici le dernier clip, pour se donner une idée de la très belle qualité créatrice des Français :

La Houle – Toi (Ce moi)

Nova Materia, sombre et grésillant

Nous démarrons donc les hostilités avec le duo chilien d’origine et parisien d’adoption de Nova Materia. Belle réussite pour ce groupe signé sous Kill The DJ (je suis un fan absolu de ce label, crée notamment par Chloé Thévenin alias DJ Chloé et Ivan Smagghe). On ressent tout de suite l’expérience de la scène, la volonté de l’expérimentation musicale avec des instruments issus de matériaux bruts (bois, métal, …) :

  • Une penderie composée de différents morceaux d’acier alignés tels des totems asiatiques sert, entre autres, de percussion à Caroline Chaspoul
  • La maltraitance infligée aux cordes de la guitare électrique de la moitié féminine du groupe qui tient sa guitare à plat comme Ben Harper, mais tambourine dessus plutôt comme Lars Ulrich

Quelques titres seulement, et une vision nous percute en uppercut… Nova Materia sont les dignes successeurs de The Kills. La gestuelle, le parler, le son tranchant… un peu plus disco et plus organique, mais l’idée est bien présente.

C’est donc 45 minutes de live bien trempé pour débuter ce festival… avec le plaisir de retrouver Eduardo Henriquez quelques heures plus tard en collègue des Limiñanas (c’est la voix du titre Que Calor ! du dernier album des Limiñanas).

Melenas, le rock grunge, noise et pop espagnol

J’avais quitté Melenas, groupe 100% pamplonaise (et donc 100% féminin), pendant les concerts introductifs au Parc El Forum lors du Primavera Sound 2019 avec un léger goût d’inachevé : Qualitatif de prime abord, puis perte d’engouement au fur et à mesure des morceaux.

Mais… il n’y a que les c*** qui ne changent pas d’avis. L’ambiance Velvetienne des 4 espagnoles a fait mouche assez vite sur la scène Basse du Festival Levitation, et s’est, cette fois-ci, maintenue, je trouve, de bout en bout. Oihana, Maria, Leire & Lauri nous ont distribué un rock-indie de qualité, un réel bonheur d’être présentes et donc une joie supra-communicative.

Les 4 musiciennes, leur dynamisme et leur look « frangé » nous délivrent quelques titres bien grungy, notamment un magnifique 29 grados, langoureux, noise et frémissant… auquel s’ajoute un Ya No Me Importa pour faire bouger les popotins des festivaliers non encore convaincus…

Melanas – Ya no me importa

Sonic Boom, l’une des têtes d’affiche du week-end

Pas le temps de se reposer, Sonic Boom démarre déjà sur la scène opposée (il faut savoir que le festivalier n’a aucun répit, la musique et les lives s’enchainent à vitesse grand V pour notre plus grand plaisir). Levitation France a eu la capacité de faire signer Peter Kember pour les 2 soirées du festival. En solo tout d’abord, le vendredi 24 septembre 2021, puis le lendemain en tant que partenaire de Zombie Zombie (mais mon collègue rédacteur Ziggy se fera un plaisir de vous en reparler pour le live report du 25 septembre).

Sonic Boom - Festival Levitation France 24 09 2021 (2)
Peter Kember à la tombée de la nuit – Sonic Boom – Levitation France

Le leader de Sonic Boom, resituons pour les étourdis du dernier rang ou pour agrémenter votre culture musicale indie, est le co-fondateur du légendaire groupe Spacemen 3… un monstre du rock psychédélique des années 80 mais également de ses cousins pas très éloignés E.A.R (Experimental Audio Research) et Spectrum (découvert, pour ma part, lors du magnifique concert au Temps Machine à Joué les Tours, 3 semaines après son ouverture en 2011).

Peter Kember se présente seul sur scène, l’atmosphère est envoûtante, très axée sur la voix du créateur de Sonic Boom. En parallèle, le clavier et les machines de Peter nous entrainent dans un voyage initiatique et introspectif. Posées et smooth, les montées sont puissantes, vibrantes… on retrouve complètement l’aura de Spacemen 3.

Sonic Boom - Festival Levitation France 24 09 2021 (1)
Peter Kember – Sonic Boom – Levitation France 2021

Le seul bémol (que je préfère vous partager), c’est la difficulté pour beaucoup (dont moi, dans un premier temps) à rentrer dans une bulle permettant de profiter pleinement du live. Ce type de concert mérite plutôt une salle de spectacle silencieuse, à l’ambiance quasi-religieuse, pour créer une symbiose entre l’artiste et le public. L’effet festival vient « dégréver » cette possibilité.

Soyons toutefois clairs… un concert de grande qualité, et le retour de Peter Kember le lendemain avec Zombie Zombie fut sûrement mon top concert du festival sans presque aucun doute !

Mars Red Sky, brut de décoffrage

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Mars Red Sky à l’oeuvre – Levitation France 2021

On abandonne la voluptuosité de Sonic Boom pour rejoindre le rock brut des Bordelais de Mars Red Sky. Les stoners nous ont mis très rapidement dans cette ambiance de martèlement, notamment initiée par la batterie de Mathieu Gazeau mais également des sonorités lourdes du reste du trio via Julien Pras et Jimmy Kinast respectivement guitariste et bassiste.

C’est d’ailleurs peut-être ce dernier instrument qui donne tout sa profondeur au groupe (attention, je ne dénature pas le travail des 2 autres membres, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit). Celle-ci est toutefois très pesante, très imposante, nous emmène dans un « revival » de groupes légendaires tel que Black Sabbath ou les canadiens de Black Moutain moins légendaires mais tout aussi percutants à mon goût.

C’est donc très black vous l’avez compris, ça décrasse les oreilles, et on (re)comprend très vite la notoriété forte de Mars Red Sky dans le paysage rock français. Les cheveux gigotent aux premiers rangs… de haut en bas puis du bas vers le haut…

Petit coup de cœur pour les 2 morceaux joués avec la guest Helen Ferguson de Queen of the Meadow, qui a parfaitement accompagné une nouvelle fois Mars Red Sky, notamment sur leur titre phare Strong Reflection :

Mars Red Sky et Queen of the Meadow nous ravissent avec Strong Reflection

Dame Area – Electrisant & Hallucinant

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Sylvia Konstance surdynamique – Dame Area – Levitation France 2021

L’un des très gros chocs de la soirée… c’est un peu comme les championnats du monde de claque (le titre est détenu d’ailleurs par Vasily Kamotsky pour votre information, il est agriculteur, il est russe et il met de belles tatanes au niveau des molaires) … Dame Area, c’est pareil : Tu ne t’y attends pas du tout… et schplaff… tu vacilles avec 50 minutes sur courant alternatif, à électriser les oreilles, sans pause, sans filtre.

Le duo catalan nous emmène dans une transe synthé-punk inarrêtable, c’est tantôt froid et strident, tantôt tribal et compulsif. La concentration du métronome Victor Crux aux rouflaquettes dignes de Joël Gion et la virevoltante voix de Sylvia Konstance qui éjecte une aura assez similaire à Rebeka Warrior créent un tableau à l’environnement abrasif mais addictif. On alterne entre platine, synthé, mais surtout percussion (Victor comme Sylvia)

Dame Area – La notte é Oscura

Difficile d’en dire plus… Cela se vit… Et cela se vit de manière hallucinante…

Je vous partage une vidéo de concert… très underground. Cela vous donnera une idée de la déflagration que cela peut engendrer sur un public plus conséquent.

Live de Dame Area à Barcelone

The Limiñanas, tout en maîtrise !

Dès leurs entrées sur scène, on distingue Eduardo Henriquez de Nova Materia, qu’on avait laissé 4/5 heures avant sous les dernières lueurs de soleil traversant le site de Levitation France, mais surtout les leaders charismatiques des Limiñanas : le duo créateur composé de Marie et sa prestance à la batterie ainsi que de Lionel et sa, d’ores et déjà, légendaire barbe (dont la ressemblance avec celle de Warren Ellis, coéquipier historique de Nick Cave, est troublante).

Le démarrage est immersif, avec Saul, titre introductif de leur très récent dernier album De Pelicula. Cet album, co-écrit avec Monsieur Laurent Garnier, est l’un des albums les plus attendus de cette rentrée non-littéraire. Pour information, les Limiñanas n’en sont pas à leur coup d’essai en termes de collaboration avec des grands noms de la musique. Shadow People leur magnifique album sorti en 2018, mettait d’ailleurs en exergue les apports de Peter Hook (Bassiste de Joy Division, et leader de New Order), Anton Newcombe (Leader des Brian Jonestown Massacre), Emmanuelle Seigner et Bertrand Belin.

Que Calor – le tube de l’été indien à Levitation

L’album De Pelicula sera toutefois le fil rouge de ce live, avec bon nombre de titres rejoués par les virulents catalano-perpignanais. Notamment avec Je rentrais par le bois… BB, un titre dévastateur, le mur de son entre en action, nous pulvérise, les épileptiques doivent s’abstenir devant les lumières stroboscopiques accompagnant la fin du titre : on n’en sort pas indemne et ce n’est que le 2ème titre.

Que Calor ! apporte une certaine chaleur estivale dansante, dissimulée par une approche très noise. Le titre diffusé depuis fin mai 2021 est l’un des plus belles réussites de ce nouvel album.

Clip The Limiñanas – Que Calor

Pêle-mêle, les Limiñanas nous ont donc joué leurs nouveautés, très rythmées, Steeplechase et Au début, c’était le début,2ème partenariat avec l’iconique Bertrand Belin après Dimanche (créé en 2018 et également joué ce soir. Son texte est déjà devenu un classique « j’ai une amie Vicky, son vrai nom est Suzie, on l’appelle Sue, je l’appelle Vie, … Vie »). Ce titre avait été remixé a posteriori par Laurent Garnier… vous suivez toujours ?

1h20 de concert, les 7 artistes ne redescendent pas le tempo, aucun blabla inutile, le frisson me gagne assez rapidement, le public présent est emporté, danse frénétiquement. Il chantonne The Gift et crie à tue-tête Funeral Baby.

The Liminanas – Funeral Baby (il y a longtemps…)

Petit frisson complémentaire pour ma part sur la reprise Mother Sky de Can et sa pointe de psychédélisme.

Un concert passé à une vitesse supersonique… mais quel plaisir !

Bienvenue dans la Jungle !

La barre avait été mise haute par les prestations fantastiques de Dame Area puis des Limininas mais c’était sans compter sur la désinhibition des Belges de La Jungle.

Vous prenez un soupçon de Death Above 1979, une pincée de Pneu et/ou de la Colonie de Vacances, vous saupoudrez de Dan Deacon… et vous obtenez La Jungle. On retrouve par ailleurs l’aspect très Noise / Kraut de Dame Area avec un côté encore plus barré et très très intense.

La Jungle - Festival Levitation France 24 09 2021 (2)
Matthieu Flasse – La Jungle – Levitation France

Le petit plus, le côté duo batterie/Guitare qui fait le taf et de la meilleure des manières.

La Jungle – Concert Sauvage à Liège

C’est la belle surprise de cette fin de soirée, le public adhère en 3 minutes sous les beats accrocheurs et irrévérencieux du groupe clôturant. Les sourires sont sur tous les visages, on ferme un peu les yeux pour éviter les stroboscopes agressifs, mais surtout on danse de manière frénétique.

3 concerts de haute volée et une soirée bien dense, mais il est tard… je file retrouver Morphée avant d’attaquer la 2e journée (qui sera tout aussi belle). Merci Levitation France, vous faites honneur à ces 1 an et demi de (quasi) disette musicale festivalière.

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