L.S. Dunes.©Mark-Beemer

L S Dunes, Past Lives : le retour des super-potes

Une chronique à quatre mains (oui, sur un clavier, on utilise généralement les deux!) écrite par le collaborateur occasionnel de Weirdsound, Ludwig et votre serviteur qui partagent l’amour des musiques avec plein de guitares et de hurlements en d’dans!

Super pandémie et super amis

Un super-groupe est né ! Oui, bon, encore un me direz-vous. D’accord, mais si le casting est à la hauteur, comme c’est souvent le cas, la musique ne l’est ici pas moins. Fiers de quinze ans d’amitié, le chanteur Anthony Green (Saosin, Circa Survive, Audience of One et tant d’autres), Frank Lero (guitare, My Chemical Romance), Travis Stever (guitare, Coheed and Cambria), accompagnés de la section rythmique de Thursday (encore un groupe sous-estimé), Tim Payne (basse) et  Tucker Rule (batterie), réalisent qu’ils étaient très proches depuis de nombreuses années mais n’avaient jamais joué tous ensemble. Ils décident de rassembler leurs talents pour tromper l’ennui et le manque d’activité due à la pandémie début 2021.

Enregistrant chacun de son côté sa partie instrumentale, puis envoyant les différents éléments chez Tucker qui pose ses parties batterie, c’est finalement Green qui pose la dernière pierre à l’édifice avec ses textes torturés et sa voix qui sait se faire aussi bien lyrique qu’agressive. C’est Fantasy Records qui se charge de sortir la galette. Serait-ce le retour d’un groupe qui ferait du bon emo / post-hardcore ? Emo is not dead ! Les membres, qui se sont toujours côtoyés et ont parfois partagé la scène avec leurs groupes respectifs, ne savaient pas, durant le pic du covid, s’ils allaient avoir la possibilité de rejouer et de remonter sur scène un jour. L’album est sorti finalement le 11 novembre et une tournée européenne est annoncée pour 2023 (passage au Trabendo le 2 février).

Énergie et mélodies au programme

On reconnaît immédiatement à l’écoute de Past Lives le timbre particulier d’Anthony Green, sa voix claire haut perchée, ses screams puissants, et une grande variété dans ses textures. Les guitares sont un vrai régal, solides, enrobées de vrais beaux leads comme Stever sait en tricoter. Elles résonnent d’une énergie punk tapissée de nuances prog/pop—le final de Like Forever est une bonne illustration de ce savant mélange—plus que bienvenues. La basse vrombissante (Grey veins, Permanent Rebellion, Past Lives) est plus que présente, solide, mélodique, la batterie cogne fort, un vrai régal pour les oreilles.

La section rythmique de Thursday montre ici sa solidité et sa complicité—20 ans d’expérience commune entrecoupé de breaks, mais quand même!—comme par exemple sur le rythme délicieusement bancal de l’intro de Grifter et ses variations de tempo. Les musiciens—qui refusent l’appellation de « supergroupe» et préfèrent celle de super potes soit dit en passant— ont bien composé les morceaux à distance tout en se consultant régulièrement et échangeant leurs idées— « tiens, un beat de batterie, vois ce que tu peux en faire… ». Le résultat pourrait parfois faire penser à un croisement entre un Mars Volta plus radiophonique et un My Chemical Romance qui aurait digéré son Green Day.

Une belle symbiose

Si aucun des titres de Past Lives ne se ressemble vraiment, la diversité des compositions n’empêche pas l’homogénéité du style. Au contraire. Il semblerait que chacun des musiciens ait puisé au plus profond des ses émotions et de son inspiration pour apporter le meilleur aux morceaux, sans a priori de genre ou de style. Et ça fonctionne. Les deux tricoteurs derrière leurs six cordes offrent une complémentarité surprenante pour un groupe ayant composé et enregistré à distance ! L’amateur pourra même surprendre au détour d’un Blender des tendances heavy metal avec une mélodie harmonisée digne d’un titre de Maiden…

Au sein de ces onze morceaux, tous d’excellente facture, on extrait aisément des petites perles, véritables tubes ou hymnes, tel ce Permanent Rebellion—le label ne s’y est pas trompé en le sortant en single— ou le puissant 2022. Le premier, derrière une structure et une suite d’accords toute classique, emporte l’auditeur dans un maelstrom sonore où le chant de Green sert de moteur, superposant lignes claires et parties hurlées, sur un lit de guitares à la mélodie simple et ultra-efficace. Le second, entrée péchue et revitalisante dans l’album, pose dès le début les fondations de Past Lives en offrant une palette d’émotions qu’introduit le chant a capella de Green. À l’autre bout de l’album comme du spectre stylistique, la ballade aux accents 50’/60’s Sleep Cult clôture l’album en douceur.

Du chaos émerge la beauté

Les thèmes chers à Green, parlent de peur, de dépendance, de non-conformisme, et de lendemains sombres dans ce monde post-covid. Ces thématiques noires—comme sa tentative de suicide ratée—trouvent paradoxalement un écrin lumineux et plein de d’énergie dans l’habillage instrumental qui les soutient. Des titres comme Grifter ou Bombsquad évoquent également l’atmosphère politique nauséabonde qui règne aux USA, ou la sidération face à l’invasion du Capitol le 6 janvier. Le titre d’ouverture, 2022, figurait d’abord dans la discographie solo de Green, interprété dans une version ballade acoustique mélancolique et dépressive. Le morceau a été enlevé depuis des sites de streaming du chanteur et ne figure plus dans le tracklisting de Boom. Done.. Peut-être preuve qu’il était plus que satisfait de la version du groupe. Ou volonté de la maison de disque…

 Quoiqu’il en soit, le résultat est un titre à l’inverse de l’original, puissant, basculant donc d’une version intimiste à une interprétation gonflée de rage, mélangeant passages calmes et mélancoliques avec des fulgurances screamo, véritables expressions de  pulsions de vie. On décèle en effet tous les éléments qui ont fait du genre emo un must pour les ados du tournant du siècle : une expression exacerbée de sentiments et d’émotions fortes, mais aussi une réelle réflexion sur la société et ses biais. Contrairement à ce que pensent ceux qui méconnaissent le genre, il ne s’agit pas de futiles plaintes auto-centrées de vieux ados (ou jeunes adultes) mal dans leur peau, mais bien souvent, et comme ici, d’un cheminement quasi spirituel sur la place de l’individu dans nos sociétés chaotiques contemporaines.

Si on survit à 2022…

Cet album est une sorte d’ode au présent, une catharsis libératrice après la frustration occasionnée par le manque d’opportunité de jouer durant les derniers mois. Véritable remède à la déprime au travers d’une musique puissante. Si l’on y trouve également un côté sombre, ou tout du moins plus mélancolique, en témoigne le morceau de fin d’album Sleep Cult, on y sent une belle énergie, comme dans les singles Permanent Rebellion, 2022 ou même Bombsquad. Une superbe surprise de 2022. Ce qui avait commencé comme une jam par live stream interposé s’est mué en véritable groupe. S’il leur manque une patte claire, jeunesse du groupe oblige, la musique, intemporelle, n’en est pas moins forte, consistante et bougrement rafraîchissante.

Car on y trouve bien le meilleur des trois mondes, My Chemical Romance, Thursday et Coheed : les mélodies pop/classic-rock du premier, la puissance rythmique du second et les accents prog du troisième magnifiquement servis par la voix et le talent de mélodiste de Green. Rien de neuf musicalement? Non, certes, mais il y a une telle rage de vivre et joie de jouer, l’absence totale de préméditation et une telle puissance dans leur musique, qu’on passe absolument tous les clichés musicaux à L S Dunes (L et S seraient les initiales de Low Stress… non, ce n’est pas une hallucination, les trois initiales forment bien : LSD !). Une façon de finir l’année musicale en beauté.

Liens :

https://lsdunes.com/

https://www.facebook.com/lsduns

https://www.instagram.com/lsdunes/

https://lsdunes.bandcamp.com/album/past-lives

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