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Coheed And Cambria : du Rock, du Prog, mais bien plus que ça

Régulièrement, des rédacteurs invités posent leurs valises dans nos colonnes pour nous parler de sujets, de groupes, d’albums qui les touchent. Parfois certains restent et élisent domicile, parfois ce n’est que le temps d’un ou deux articles. Aujourd’hui, nous accueillons Ludwig qui a carte blanche pour nous faire découvrir un groupe peu connu en France, Coheed And Cambria. Enjoy.

Coheed And Cambria (logo)

Le post-hardcore d’abord

Originaire de Nyack (Etat de New York), le groupe s’est véritablement lancé en 2001, sous la houlette de Claudio Sanchez, guitare et chant, Travis Stever, guitare, Mickael Todd, basse, et Josh Eppard, batterie. Ils frappent fort avec leur premier album, The Second Stage Turbine Blade, dont les titres montrent déjà une belle maturité dans les compositions. On est à la frontière entre le punk-rock, le post-hardcore, l’emo, le prog, le classic rock aussi. Les titres sonnent naturellement, ça coule parfaitement, la voix haut perchée de Claudio, envoûtante, transpire l’énergie. Les leads de guitare embellissent des compos abouties ; ne manque qu’une production à la hauteur des ambitions du groupe. De l’ambition, mes amis, Coheed and Cambria en a : leur album est tiré d’une série de science-fiction, The Armory Wars (depuis, adaptée en comics) qui est issue du cerveau fécond du chanteur. Coheed et Cambria sont donc les prénoms d’un couple de héros, et c’est leur vie que l’on suit à travers ce voyage. The Second Stage Turbine Blade est donc le second volet des aventures des deux époux Killgannon.

Le premier album marche bien. Moins de deux ans plus tard, nouveau titre à rallonge, In Keeping Secrets Of Silent Earth: 3 (2003), raconte naturellement le troisième volet des aventures spatiales de Coheed et Cambria Killgannon. Les singles passent en clips sur MTV, les tournées se succèdent avec de grands noms. On compare le groupe à AFI, Rush, Taking Back Sunday, mais leur musique reste unique. Ça joue, les riffs parfois simples sont enrobés de leads de guitare qui tissent une histoire qui se déroule dans nos oreilles ébahies. La voix de Sanchez, haut perchée, narre cette histoire, et dans son grain, on sent l’urgence, les tripes, une aventure qui se raconte à chaque vers. Le son en velours n’est jamais forcé, les soli sont bien menés, les compos plus ambitieuses encore, avec une mention spéciale au morceau-titre qui est un brûlot qu’on scande à gorge déployée. On ferme les yeux dans la trilogie du Velorium Camper, et on voit apparaître le Keywork, la force qui unit les 78 planètes de la cosmogonie de l’univers du groupe.

Le succès vient en riffant

En 2005, après un DVD live à domicile, au Starland Ballroom (Sayreville, New Jersey) (The last Supper, 2004), où le groupe montre toute l’étendue de l’énergie qu’il déploie en public, vient le troisième album, encore plus progressif. Les racines post-hardcore s’effacent et laissent place à plus de relents progressifs dans les compos dont certaines dépassent allègrement les 5 minutes. Le nom est à rallonge, bien entendu, Good Apollo I’m burning star IV, volume one: From Fear Through The Eyes Of Madness. Le morceau Welcome Home aux relents Zeppelinesques—on y entend Kashmir dans ce riff lancinant et les soli épiques à souhait—fait de cette fresque une vraie claque d’entrée de jeu. Clippée pour MTV, il propulse le groupe à un niveau encore plus élevé. Compositions à tiroirs sans être des patchworks, musique profonde sans être ennuyeuse, chaque pièce est ici la confirmation que le quartet de l’état de New York sait où il va. Les époux Killgannon voyagent encore plus dans la science-fiction imaginée par Sanchez. Si vous devez commencer par un album pour découvrir ce monde, c’est celui-ci. On termine ce volet par une quadrilogie, The Willing Well, une demi-heure de voyage, fluide, épique, conclue en beauté cette offrande du groupe qui s’est vendue à plus d’un million d’exemplaires.

2006, Claudio Sanchez s’offre une pause, ou presque, en sortant son album solo, The Prize Fighter Inferno qui raconte l’histoire de Jesse, un personnage de… Coheed and Cambria. Projet qui remonte à avant la création du groupe. Il s’agit de chansons electro/acoustiques, dispensables selon moi, mais qui font partie de l’univers. Pas l’album le plus réussi, on sent les compos bâclées, la production est minimaliste, plutôt quelque chose à conseiller aux inconditionnels du frontman.

Changement de line-up en vue. Le batteur Josh Eppard quitte le navire et c’est Chris Pennie, ancien batteur des fous furieux de Dillinger Escape Plan qui rejoint le navire. Cependant, c’est Taylor Hawkins (Foo Fighters, mais est-il nécessaire de le présenter ?) qui tient les baguettes pour l’enregistrement de Good Appollo I’m Burning Star IV, volume two: No World For Tomorrow, conclusion du diptyque commencé il y a deux ans. Le son est encore plus puissant qu’auparavant, les compositions encore plus travaillées, même si l’évolution du groupe marque un peu le pas. On constate que la recette fonctionne bien, les soli des deux guitaristes mettent toujours des paillettes dans les yeux, mais le groupe limite sérieusement la prise de risque. Ce quatrième album, conclusion de l’aventure commencée longtemps auparavant, semble peser sur le groupe. C’est la coda, la fin de l’histoire de ce couple qui représente les parents de Claudio Sanchez. Les titres marchent bien, digne continuité de ce que les musiciens savent faire. Ça riffe, ça joue, les paroles, toujours aussi personnelles, sont aussi une invitation au voyage dans les astres. On termine par cinq chansons inégales, mais qui achèvent avec panache ces quatre heures de musique. Les singles Feathers et No World For Tomorrow sont des pépites qui passent bien sur MTV et amènent le combo à quelque chose d’unique, une série de quatre concerts, en 2007, avec chaque nuit, l’intégralité d’un album joué du début à la fin. Quatre nuits immortalisées par Neverender et son sublime coffretImages léchées, groupe au sommet de son art, présence de musiciens supplémentaires, choristes, percussionniste, claviériste, la performance, quatre soirs de suite est un régal, l’énergie est dantesque, le son parfait. Claudio, caché derrière sa montagne de cheveux et sa Gibson Explorer, chante comme si sa vie en dépendait, Stever assure avec brio les leads, Todd est impérial et Pennie ne force pas le talent pour complexifier les patterns des morceaux. C’est un voyage à savourer sans aucune modération. À voir et à écouter pour se laisser porter au milieu des astres et combattre le tri-mage Wilhelm Ryan.

Après ce gros effort, après presque dix ans à mettre cet univers en musique, que faire? Continuer, bien entendu! Le groupe signe avec Roadrunner, et tourne intensivement avant d’entrer en studio en 2010.

Fin du premier cycle, pour mieux repartir

Claudio Sanchez co-écrit un livre qui accompagne le disque, 350 pages quand même, dont l’histoire se situe avant The Second Stage Turbine Blade. Les morceaux de ce cinquième album, Year of the Black Rainbow, sont plus rock, les influences post-harcore ont disparu, mais la mayonnaise prend. Les mélodies sont toujours imparables, la touche progressive imprègne l’album ainsi qu’une certaine nostalgie. On y entend du Queen, Rush, Foo Fighters, Yes, le groupe s’est lâché, les compos prennent l’air, l’ensemble est plus éthéré parfois, mais efficace en diable. C’est une totale réussite qui là encore bénéficie à la fois du talent des compositeurs, mais aussi d’une production aux petits oignons (co-produit par Atticus Ross quand même!). C’est véritablement la fin de la série de cinq albums qui narrent les aventures des époux Killgannon. 

Le groupe affronte des déboires de line-up, Pennie jette l’éponge pour divergences musicales, et Todd est arrêté pour avoir tenté de braquer une pharmacie avec une bombe, menaçant de la faire exploser s’il n’obtenait pas de l’Oxycontin (un des opioïdes à l’origine de la crise de ces médicaments aux USA qui a engendré une vague de dépendance sans précédent. NDLR). Josh Eppard fait son retour dans le groupe, et Zach Cooper, excellent bassiste rejoint le vaisseau spatial.

Double trouble

En 2012, le groupe se met au travail et enregistre un double-album, The Afterman: Ascension et Descension. L’histoire, cette fois-ci, car il s’agit de deux concept albums, explore Sirius Armory, la force qui unit les 78 planètes de la constellation de l’univers Coheed et Cambria. Les astres sont maintenus ensemble par une énergie qui provient en fait de l’esprit des morts. Les titres se calment un peu, on passe à du rock prog, voire de la pop parfois, quelques claviers parsèment çà et là les ambiances, et le tout est plutôt difficile d’accès. Les mélodies sont imparables, comme il se doit, le chant suppure d’émotions, les paroles sont complexes, les structures tout autant, les compositions à tiroirs, mais on perd cette spontanéité, cette fraicheur des premiers albums. A écouter et à réécouter pour apprécier pleinement tout ce joyeux foutoir en apparence mais qui s’avère d’une richesse impossible à capter à la première écoute.

Après un tel effort et des tournées avec des groupes prestigieux autant qu’en tête d’affiche, les compères de Sanchez planchent sur le nouvel album sorti en 2015, The Color Before The Sun, premier album qui n’explore pas le monde auparavant développé. Les thèmes abordés sont tournés vers la vie de Claudio, la relation avec ses parents, sa jeunesse, son fils Atlas, à qui il dédie la chanson du même nom. Le bassiste Zach Cooper nous gratifie de lignes aériennes et joliment sophistiquées, notamment sur Here to Mars, et semble parfaitement intégré au groupe désormais. Même sans le cadre de l’aventure construite durant les quinze années passées, Coheed and Cambria reste fidèle à son identité, et on nage dans des mélodies imparables, des compositions complexes, mais plus faciles d’accès que sur le double album précédent. L’ effort de composition ne souffre d’aucun reproche. Rock, définitivement, plus complexe qu’il en a l’air, c’est un album qui s’écoute d’une traite, avec les émotions qui vous imprègnent jusqu’à l’âme. 

2018 : Vaxis act I: The Unheavenly Creatures, avec un titre pareil, on replonge en plein Armory Wars. 1h20 de rock prog pur jus dans la tête, c’est une vraie pluie de riffs, d’arpèges ciselés, de refrains fédérateurs, de ballades aériennes, d’ambiances cosmiques qui reviennent en force. Le chant est habité, comme toujours, les chansons variées alternent les ambiances tantôt sombres (The Gutter) tantôt lumineuses (Toys, Old Flames) qui font de cet album le redémarrage d’une saga qui n’a jamais cessé de bercer le cœur des fans, dont votre serviteur. Il sera suivi d’un successeur cette année, normalement.

The future never ends

Pourquoi Coheed and Cambria est un groupe à ce point à part, génial? Parce que ses morceaux sont constants de qualité. Des mélodies inoubliables, des compos à la fois torturées et prenantes, une histoire incroyable, touffue (comme son chanteur), qui ne vous lâche pas. C’est un voyage permanent, un univers à part, un groupe fidèle à ses fans—la preuve en étant ces éditions limitées d’une qualité hallucinante—qui mouille le maillot en live, et c’est peu de le dire. Si vous cherchez des musiciens doués sans tomber dans la démonstration, des albums ambitieux, des ambiances indéfinissables d’exotisme, des ballades prenantes d’émotion, des chœurs entêtants qui prennent aux tripes, ce groupe mérite plus que vos oreilles.

Petit bonus pour la route, cette collaboration avec Rick Springfield sur une cover d’un de ses titres de 1981 enregistré l’année dernière :

Liens :

Site : http://coheedandcambria.com

Facebook : http://facebook.com/coheedandcambria

Twitter : http://twitter.com/coheed

Instagram : http://instagram.com/coheed

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