king gizzard and the lizard wizard

King Gizzard and The Wizard lizard : K. G., un album complètement à l’Est

L’année dernière, nous nous étions rattrapés juste à temps pour vous parler du très bon Infest The Rat’s Nest dans lequel King Gizzard And the Wizard Lizard s’essayait à un thrash metal old school fort réussi. Le groupe australien, toujours étonnement prolifique, revient avec encore deux albums en cette fin d’année : tout d’abord un live enregistré en 2016 à San Francisco, et ce disque sobrement intitulé K. G. La marque de fabrique du groupe est toujours présente dans ce nouvel opus. Des titres qui s’étirent, qui se moquent éperdument de la longueur, que l’on peut apprécier et écouter pendant des heures tout en se laissant inlassablement surprendre. A une échelle plus large, cette particularité est aussi valable pour leurs albums. K. G. revient sur les expériences entamées avec Flying Microtonal Banana.

Les micro-intervalles, l’essence du psychédélisme

La musique microtonale, appelée micro-intervalles en Europe, est définie par l’usage d’intervalles entre deux notes plus petits que les tons et demi-tons qui définissent habituellement la musique occidentale. On trouve cet usage plus particulièrement dans les musiques orientales, du Maghreb au Japon. L’utilisation d’instruments de ces contrées dans les musiques psychédéliques des années 70 a remis au goût du jour ces mélodies que les occidentaux ont longtemps associés à la lascivité et la sensualité d’un monde oriental fantasmé. Ce n’est donc guère étonnant que ce mode refasse surface dans la musique des pays du nord au cours du XIXe siècle qui vit la mode de l’orientalisme contaminer à peu près tous les arts. Au début du XXe, la Blue Note du blues et l’apparition du jazz sont les prémices d’une réappropriation par la musique populaire d’une forme de micro tonalité et d’évolution des modes musicaux. La vague spirituelle inspirée des religions d’extrême orient du psychédélisme, l’usage des d’instruments permettant les micro-intervalles comme le sitar (Beatles et Rolling Stones, ou encore Donovan) réintroduisent leur usage dans la musique pop.

le confinement surprend les King Gizzard en pleine création de leur nouvel album. Ils décident de continuer l’expérience de leur production de 2017 et d’approfondir l’usage de ces intervalles. Ils utilisent une nouvelle fois des flûtes, mais aussi des sitars, des guitares douze cordes, et certainement les instruments construits pour leur premier album explorant l’univers microtonal—améliorés en ajoutant des demi frets sur le manche. D’ailleurs, ce K.G. est sous titré Explorations into Microtonal Tuning, Volume 2. Et ce, certainement pour faire taire les imbéciles qui leur reprocheraient de ne pas se renouveler. Avec seize albums au compteur, tous différents, et bien sur très bons quoique inégaux, il est difficile de leur faire un tel reproche !

Un projet participatif

KGATLW ne serait pas ce groupe hors du commun si ses albums n’étaient pas également des œuvres ludiques, engagées et participatives. Engagées car nombres de lyrics sont des observations, sinon des dénonciations des dérives de l’humanité. Il suffit juste de retourner un an en arrière et de se rappeler le Planet B de Infest The… Sur K. G. (est-ce là le maximum que le groupe puisse faire pour se rapprocher d’un titre éponyme?), il faut se pencher sur Minimum Brain Size qui épingle les égoïstes, les harceleurs, les bas du front de toute sorte, ou Straws In The Wind dénonçant le sensationnalisme médiatique (pas très original, certes, mais tellement d’actualité). Ou encore Ontology, qui s’interroge sur rien moins que le sens de la vie (pour avoir une réponse, revoir le film éponyme—deuxième citation du terme dans une seule chronique !—des Monthy Pythons. On retrouve sur Honey les préoccupations du groupe quant à l’avenir de la planète et plus particulièrement des humains.

Participatif ? Oui, car le 20 octobre 2020, le groupe publie le single Automation. Dans le même temps, il invite les fans, et les autres, à participer à un immense projet DIY et leur propose de remixer le titre et de remonter le clip ! Rien de moins ! Et donc, bien sur ludique. Les zozos ne sont d’ailleurs pas les derniers à déconner, il suffit pour cela de regarder leurs clips complètement azimutés et faits avec deux euros six sous.

La fibre de l’explorateur

Il aurait été trop aisé pour les Australiens de répéter l’expérience de FMB. K.G aurait pu être un album du creux de la vague où ils auraient juste répété l’expérience de leur album de 2017. Mais comme ils l’indiquent avec justesse, c’est le volume deux d’explorations en territoire microtonal. Ce coup-ci, certaines erreurs, comme la longueur du Rattlesnake, sont corrigées, certaines formes peu approfondies ont été affinées. Chaque titre porte son identité propre et débroussaille un peu plus le style. On se balade des Balkans à Manchester avec Intrasport, on se plonge dans le psychédélisme des années 60 avec Straws in The Wind ou Honey dont l’intro aurait pu être enregistrée par des Beatles sous influence indienne à la fin des sixties. Enfin, pour clore le tout, The Hungry Wolf Of fate nous offre une apogée gavée de fuzz, de wah-wah et de révérb’ où les influences microtonales sont noyées dans une composition plus rock, plus violente et plus sombre que les autres. K.G.L.W., l’instru léger et acoustique qui ouvre l’album avec ses flutes arabisantes est un véritable contre-point à ce dernier titre, clôturant ce moment dépaysant que nous offre le groupe. Car c’est aussi à un voyage sonore que nous sommes conviés. Sur la route, aucune ornière, tout est amené en douceur par les transitions savamment négociées entre chaque titre.

Le tubesque Straws In The Wind (il passe même sur Inter, c’est dire! Tremble Benjamin Biolay!)

Si KGWL arrive à sortir plusieurs albums par an (seize en dix ans !), ils ne laissent guère le temps à leur public de reprendre leur souffle de manière à apprécier pleinement chaque opus. Pourtant, les prolifiques musiciens ne se lassent pas, ne se répètent pas et arrivent à produire à chaque fois des disques de très grande qualité. K. G. est la parfaite démonstration de la pugnacité des musiciens à ne pas laisser un travail inachevé et à assimiler leurs précédentes expériences : là où elles manquaient peut-être d’imagination musicale (?), ce seizième album incorpore aux compositions des éléments de jazz, de metal, des rythmes inhabituels (Minimum Brain Size), des textures plus électroniques (Intrasport), peut-être une influence du side-project du guitariste Joe Walker, Bullant, un peu plus tourné vers la musique électronique et house. Le départ du batteur/manager Eric Moore n’aura pas entamé la créativité, l’autodérision et l’enthousiasme communicatif du groupe. K. G. est un parfait pansement à coller sur cette f…ing année 2020.

Liens :

https://kinggizzardandthelizardwizard.com/main

https://www.facebook.com/kinggizzardandthelizardwizard

Cadeau de noël :

This song was written pre-covid, but feels even more potent now. Look out your window; the world is on fire.

Ce titre a été écrit avant la pandémie mais prend une dimension encore plus forte aujourd’hui. Regardez par votre fenêtre, le monde brule.

facebook du groupe
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