Hippotraktor

Hippotraktor, Meridian, un album minéral et tellurique

Hippotraktor. Dans le plat pays qui est le leur, officie un autre groupe qui navigue dans les mêmes eaux troubles du metal, Psychonaut. Pourquoi je vous parle d’eux plutôt que des musiciens qui font le titre? Mais c’est que ces derniers qui délivraient auparavant un prog metal instrumental ont été rejoint par Stefan de Graef chanteur guitariste des voyageurs de l’âme. Originaires de Mechelen également, le quintet chevalin a sorti son premier album, Meridian, chez Pelagic (normal, c’est un très bon album) le mois dernier. Et il tourne en boucle (alternativement en fait avec le dernier Mastodon et Deafheaven) sur mes enceintes.

De l’évocation des éléments naturels dans le metal

Le nom évoque un ensembles massif, lourd, un bloc tracté par une multitude de chevaux de trait qui peinent dans une terre boueuse, tous plus robuste les uns que les autres. C’est aussi ce qui vient à l’esprit lorsque sonnent les premiers accords de Manifest The Mountain, le titre d’ouverture. Le morceau est une sorte de monumental monolithe rythmique qui se glisse dans les interstices du prog et du post. Du reste, l’ensemble de l’album oscille entre ces deux genres-je déteste le terme « djent » pour décrire ce style, aussi est-ce la seule fois que vous le verrez écrit sous ma « plume ». On est pas loin de Gojira ou de Mastodon et peut-être encore plus de Pull Down The Sun (dont le sublime et malheureusement pas chroniqué ici Of Valleys And Mountains sort en vinyl pour l’Europe chez Pelagic). Si j’évoque ces termes de pierres, de terre, invoque des images minérales et animales, c’est que la musique des belges est viscéralement physique et sensuelle. Il y a également bien souvent un aspect primal et tellurique dans ce style. On sent la présence des anciens dieux paiens, une révérence envers les éléments naturels qui sont à l’image du genre : rugueux ou fluide, parfois déchainés, parfois calmes, d’une beauté fascinante et violente. Indomptés et indomptables. Et c’est bien souvent que ces groupes développent un univers qui tourne autour de ces thèmes. Et les titres du groupe Belge ont cette qualité particulière qui emporte l’esprit vers ces contrées imaginaires où les forces primaires sont à l’œuvre et redonnent tout son sens à la spiritualité, à savoir la place que nous occupons dans l’univers.

It tells the story of someone who’s lost in a world too massive to comprehend, and seeks answers in places where none can be found. Meridian was written as an attempt to distillate what I felt but couldn’t put into words.

Chiaran Verheyden, guitare. Site de Pelagic Records

Inspiré par les thèses de Max Muller, lui même disciple de Friedrich Schelling un des penseurs de la Naturphilosophie, le concept qui traverse Meridian repose sur le postulat que les dieux et les religions sont nés d’une observation et d’un questionnement des phénomènes naturels. La musique du groupe transcende parfaitement le propos et lui offre une dimension sensorielle épique et grandiose.

Comme il se doit, l’alternance de chant clair, Sander Rom (guitare/chant) et growler par De Graef (chant/Percus) fonctionne à merveille, et la dextérité des musiciens est ici mise au service de l’efficacité et non de la démonstration comme on pourrait parfois le reprocher à des groupes comme Meshuggah (que j’aime beaucoup par ailleurs). Mais on trouve chez Hippotraktor des plages de respirations lumineuses et légères, des envolées où les guitares et la batterie se font plus calmes, s’effacent quelque peu pour donner au chant de de Graef toute la place qu’il mérite.

Entre violence et beauté

Hippotraktor arrive comme peu d’autres groupes (Dvne, Mastodon ou Pull Down The Sun, peut-être) à alterner des titres compacts, basés sur la rythmique et les syncopes, comme le brutal et monolithique Manifest The Mountain, et compositions délicates ou le côté prog prend toute sa place. Beacons est un de ces cas, avec sa mélodie qui n’est pas sans rappeler le Genesis des débuts. La musique devient alors aérienne, laissant une grande place aux silences et aux nuances et aux cassures rythmiques. Final Animation qui clôt ce premier et très réussi album se déploie sur sept minutes trente et alterne avec brio les moments de calme, longues plages instrumentales presque jazzy, et les déferlements d’énergie et de violence. Tout en contraste, cette pièce maitresse semble vouloir nous faire revisiter les paysages musicaux traversés auparavant, comme un résumé enthousiaste du formidable voyage que nous avons fait ensemble.

Meridian est sans aucun doute un des meilleurs album metal de cette année 2021. Le quintet belge nous prend aux tripes avec leur musique à la fois puissante, groovy et complexe aux riffs syncopés et aux ambiances variées.

Meridian est sorti le 15 octobre chez Pelagic

Liens :

https://fr-fr.facebook.com/hippotraktorband/

https://hippotraktor.bandcamp.com/album/meridian

https://pelagic-records.com/artist/hippotraktor/

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