Big Scenic Nowhere

Big Scenic Nowhere, The Long Morrow : les lendemains qui chantent

Une bien belle brochette de musiciens

Big Scenic Nowhere est une sorte de « super-groupe » édifié autour de Bob Balch (Fu Manchu) et Gary Alce (Yawning Man) aux alentours de 2018/2019. À cette époque, la formation tient plus du collectif de potes que d’un groupe stable. Pourtant, The Long Morrow est déjà le deuxième album après Vision Beyond Horizon en 2020 et un E. P., Lavender Blues la même année. Au départ du projet, il y a Balch et Alce qui se connaissent depuis plus de vingt ans et se sont croisés de nombreuses fois sur la route, ont collaboré à des projets comme sur le site de Balch playthisriff.com qui se retrouvent pour jammer. Puis, au bout de cinq heures de musique, ils se rendent compte que l’alchimie prend et commencent à réfléchir à inviter d’autres musiciens. Ça sera Tony Reed (Mos generator) qui viendra pousser la chansonnette pour devenir au fil du temps le chanteur officiel du groupe et accessoirement jouer de la guitare, un peu de melotron ou de la basse. Les baguettes sont tenues sur les deux albums par Bill Stinton (Yawning Man). Un autre membre fluctuant au début, mais qui décidément devient un habitué, on peut aujourd’hui compter également Per Wiberg (Spiritual Beggars, ex-Opeth) aux claviers.

Comme les précédentes productions, ce long lendemain est issu d’heures de jam dont les meilleures parties ont été extraites et retravaillées. Balch s’est penché sur les parties guitares, a rassemblé et restructuré des titres qui pouvaient durer jusqu’à trente minutes, puis envoyé le tout à Reeves Gabrels (The Cure, Bowie-Tin Machine) pour quelques guitares et synthés supplémentaires, puis à Tony Reed qui a mixé et masterisé le tout. L’implication du leader de Mos Generator a été complète et intense. Lui et Balch ont échangé non-stop pour arriver au résultat final. Le chanteur guitariste emblématique du desert rock, originaire de Dallas, n’hésitait pas à conduire plus de dix heures pour venir jouer avec ses potes !

Une virée onirique en plein space-age

La musique du groupe a un peu évolué au fur et à mesure des heures passées à jouer ensemble. Vison Beyond Horizon semble encore chercher son identité. On y trouve des titres courts, efficaces, des morceaux pêchus, rapides tendance punk crossover (The Paranoid) ou aux relents stoner (When I Was Gone) qui viennent se mélanger à quelque chose de plus posé et psyché-prog, tel ce En Las Sombras. Ça part un peu dans tous les sens, quand bien même une identité parait émerger de ce mix de styles finalement pas si éloignés les uns des autres. L’E.P. Lavender Blues qui sort entre les deux albums pose les prémices de ce que sera The Long Morrow : des titres aux atmosphères aériennes, ponctués de fulgurants riffs stoner/desert Rock (Tony Reed et Bob Balch quand même, bon sang ne sauraient mentir). Le morceau qui donne son titre au disque dure plus de treize minutes et emmène l’auditeur dans des paysages oniriques. Les illustrations pour les trois pochettes de Max Löffler, très 60’s/70’s Sci-fi, viennent renforcer cette impression de dépaysement et nous transportent carrément en plein space-age.

Lavender Blues fait office de pont entre les deux albums et voit Tony Reed s’imposer comme chanteur, co-compositeur, producteur. Les titres sont plus calmes et font la part belle aux envolées solistes et aux expérimentations sonores qui ne sont pas sans rappeler Hawkwind.

The Long Morrow, une virée sonore psychédélique intense sous influence

Sur The Long Morrow, les influences Doom/Stoner se font plus lointaines, noyées dans des univers sonores qui penchent plus vers le rock 70’s. L’album commence par des arpèges sur-réverbérés suivi d’un riff et d’une mélodie qui renvoient encore une fois au space-rock d’Hawkwind. Ce Defector of Future days nous fait immédiatement comprendre que l’alchimie déjà présente sur les précédentes productions est plus que jamais d’actualité et concourt à forger une identité musicale qui ne demande qu’à s’affirmer. Les mélodies, bien qu’évidentes et superbement amenées, font penser à du Mastodon dans ce qu’il y a de plus prog, voir du Voivod.

Murder Klipp est peut-être le titre le moins marquant de l’album en dépit d’un refrain très accrocheur et d’une structure plus fouillée. Ce qui ne lui enlève pas ses qualités. Constitué en deux parties presque distinctes, on y retrouve, cette fois-ci, avec la reprise au milieu du titre, un je-ne-sais-quoi de Pink Floyd. Bob Balsh a un poster d’Umma Gumma accroché au mur de son studio. Ce n’est pas pour rien. Le solo qui se déploie ensuite a effectivement quelque chose de gilmourien.

Du fait que ce matériel musical soit extrait de jams, on trouve logiquement des continuités. Ainsi, après Lavender Blues, BSN nous propose la suite de ce bœuf avec Lavender Bleu. Plus aérien, moins sale et sans doute mieux produite et retravaillée, cette seconde partie nous fait encore plus plonger dans les racines psychédéliques des musiciens. Le phaser habille doucement ces arpèges obsédants autour desquels vient s’enrouler progressivement la voix entre Aphrodite Child’s et Ozzy Osbourne période Black Sabbath dans ce qu’il a de meilleur (Changes?)—avouons que ce n’est pas le plus grand vocaliste du rock même si on l’apprécie—de Reed qui semble flotter au-dessus du thème. Le beat lent et envoutant est à peine cassé par un break très Black Mountain. Le titre le plus hypnotique de l’album certainement.

Le très court LeDu clippé ci-dessus commence presque comme un titre de U2 période The Unforgottable Fire. À peine trois minutes efficaces, il prépare le terrain pour la pièce maitresse qui donne son titre à l’album. The Long Morrow pourrait presque être un morceau de Floyd, du moins sur les premières minutes, avec un clavier type Fender Rhodes, des nappes d’orgue et des guitares aériennes gavées de phaser et de réverb. Construit comme les autres sur la base d’un jam, il n’est jamais répétitif ni trop long. Les soli s’enchainent et font monter la sauce en douceur dans une ambiance encore une fois très gilmourienne. La musique prend sont temps et se déploie pour nous amener petit à petit sur une variation qui arrive après plus de quatre minutes. Rien à jeter dans ce voyage psychédélique où les guitaristes échangent soli après soli et où les parties s’enchainent avec fluidité. On a du mal à croire qu’il ait été composé à partir d’un jam tellement l’écriture parait naturelle. C’est peut-être là le secret d’ailleurs. Jugez plutôt :

Big Scenic Nowhere, un side project ou un vrai groupe ?

De l’aveu même des musiciens, ils ont déjà des heures de musique en boite et semblent nous dire qu’un autre album verra peut-être le jour en 2022 ou 2023. La magie qui a réuni ces quatre grandes figures du stoner/desert rock à l’air de bien prendre et pourrait continuer. Ils tournent déjà et l’album a reçu nombre de critiques élogieuses méritées. Il faut dire qu’on ne se lasse guère de ces titres hypnotisants qui mélangent avec bonheur un rock progressif psychédélique avec ce qu’il y a de meilleur dans le rock sablonneux et poussiéreux du sud ouest des USA. C’est donc un très bon L.P. pour commencer l’année en douceur et en toute sérénité, sentiments et sensations dont nous avons bien besoin en ce moment.

Titres :

1 Defector (of Future Days) Gary Arce: Guitar  |  Bob Balch: Bass  |  Tony Reed: Guitar, Vocals, Synthesizer  |  Bill Stinson: Drums

2 Murder Klipp Gary Arce: Guitar  |  Bob Balch: Guitar  |  Tony Reed: Bass, Vocals, Acoustic Guitar, Mellotron  |  Bill Stinson: Drums

3 Lavender Bleu Gary Arce: Guitar  |  Bob Balch: Guitar  |  Tony Reed: Bass, Vocals, Mellotron  |  Bill Stinson: Drums

4 LeDü Gary Arce: Guitar  |  Bob Balch: Guitar  |  Tony Reed: Bass, Vocals  |  Bill Stinson: Drums

5 The Long Morrow Gary Arce: Guitar  |  Bob Balch: Guitar  |  Reeves Gabrels: Guitar  |  Tony Reed: Bass, Vocals, Electric Piano, Synthesizer, Acoustic Guitar  |  Bill Stinson: Drums  |  Per Wiberg: Synthesizer

Credits :

Recorded at Gatos Trail, HeavyHead Recording Co. and Irish Mist studios
Produced by Bob Balch and Tony Reed

Sorti chez Heavy Psych Sounds ce 14 janvier

Facebook/ Bandcamp

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