Archive credit photo @Paul Spencer 2021

Archive : Call To Arms & Angels, ou la B.O d’un film vécu

Archive ! Six années se sont écoulées depuis The False Foundation, le dernier album studio du collectif Londonien. En désormais 28 années d’existence, jamais période ne fut si longue, sans qu’une de leur nouvelle création ne nous soit donnée à entendre. C’est pourquoi, à l’annonce de l’arrivée à venir d’un nouvel album, Call To Arms & Angels, il y a presque un an, la lumière tendait à percer au bout du tunnel.

Il faut dire que, 2019 avait été une année prolifique pour le groupe, avec une énorme tournée européenne, dont 21 dates en France. Nantes et Paris avaient eu la chance en mai de les accueillir pour un concert dantesque de trois heures, célébrant les 25 années d’existence de la formation créée par Darrius Keeler et Danny Griffiths. Puis, de septembre à décembre, Archive parcourait l’Europe d’Athènes à Madrid. Votre serviteur du moment était (entre autres), à ces deux dates.

Nouveau Monde…..

Et puis… Et puis… Trois mois après la fin de la tournée, nous étions alors en mars 2020, vous vous rappelez sûrement… Le Monde s’en rappelle et en porte encore les stigmates aujourd’hui et probablement pour longtemps encore. Ce Monde tel que nous le connaissions s’est brutalement arrêté, comme si le chronomètre du Temps Universel s’était mis sur pause, tandis que nous errions, hagards et hébétés, dans nos intérieurs. Entendez intérieurs comme vous le voulez…

Dès lors, la vie de tout un chacun s’est vue modifiée, transformée, chamboulée, pour les plus chanceux, voire détruite, anéantie, terminée, pour ceux qui l’ont malheureusement perdue.

C’est ce glissement du Monde vers une nouvelle réalité, emprunte de peurs, de désespoirs, de colère, d’étouffement, cette soif et ce besoin inextinguible de recouvrer la sensation de vivre, qui ont donné matière à Archive pour confectionner non pas un album, mais un double album-un triple en vinyle- dans un premier exercice du style. Fidèles à leur projet de refléter dans leur musique ce qu’ils perçoivent du monde qui les entoure, la bande s’est attelée à un processus créatif qui les a conduits à produire un album qui pourrait tout simplement être la bande originale du film dans lequel nous avons tous vécu durant la pandémie.

… Nouvel albumdense et riche.

A Call To Arms & Angels sort ce vendredi, et, je ne vais pas vous étourdir d’un faux suspense : c’est une pépite, une bombe, rien de moins !

Archive - Call to Arms & Engels
Archive – Call to Arms & Angels-pochette.

Petit flashback ; remontons un peu le temps, par exemple au 9 mars dernier, lorsque je reçus la proposition de PIAS pour interviewer Archive à Paris, 6 jours plus tard. Un peu court, lorsque l’on a un emploi du temps chargé, mais Archive, ça ne se refuse tout simplement pas ! Quitte à poser un congé pour se rendre à Paris. Quitte à préparer son interview la veille au soir, pour avoir le temps de s’imprégner de l’album.

Dix sept pistes constituent Call To Arms & Angels, dont 5 dépassent les 8 minutes. Une première écoute, à défaut d’être définitive, est primordiale, puisque l’oreille est vierge par définition. Confortablement installé, je cliquai sur le lien, et n’ai plus bougé pendant les quelques 1h45 que dure l’album. Groggy, hagard, et sonné, je lançai l’écoute une seconde fois, pour être sûr d’avoir bien entendu, ce que je croyais avoir entendu…

Call to Arms & Angels est dense, très dense, et recouvre une palette d’émotions qui nous emmène du spleen, de la plus profonde tristesse contemplative ou intime (Surrounded by Ghosts), à l’envie d’hurler (Fear There and Everywhere), de tout casser (Ennemy), et d’espérer (Freedom). La première impression qui se dégage est cette sensation qu’une histoire nous est contée. D’où la seconde impression, laquelle s’est, pour ma part, rapidement muée en conviction, que l’album doit s’écouter dans l’ordre, et en intégralité, pour laisser l’ensemble de ses saveurs se développer. L’on retrouve tout ce qui fait la richesse de Archive : la singularité des sons, l’éclectisme des genres, la recherche d’une puissance intérieure, la faculté à placer le noir dans la lumière et l’horreur dans un écrin de beauté, et cette capacité qui est la leur à transmettre l’émotion.

C’est fort de ces écoutes, que je m’apprêtais à rencontrer Archive, dans le salon d’un hôtel parisien du neuvième arrondissement. Un jour pluvieux. Un jour poussiéreux également, puisque quittant mon domicile, je constatai comme tous les automobilistes ce jour, que ma voiture était recouverte de cette poussière de sable venue du Sahara… En me rendant en train à Paris, je savais que j’allais rencontrer Archive. En revanche, je ne savais pas quels membres. Ce serait donc la surprise. En 2019, c’est Danny Griffiths et Pollard Berrier que j’avais eu le plaisir d’interviewer, avant le concert donné au Stereolux de Nantes.

A l’heure dite (bon d’accord, 20 minutes de retard, ce sont des artistes !), Ce sont trois des membres du collectif qui arrivent de leur pause déjeuner pour l’interview : Darrius Keeler (en dandy ultra chic), Pollard Berrier (et son désormais célèbre chapeau), et Dave Pen (tout de noir vêtu). L’affaire s’annonçe décidément très bien. Nous saluant, je profite de ce que Darrius s’éclipse deux minutes pour engager la conversation avant que nous ne rentrions tous dans le vif du sujet. (Je leur su gré d’avoir, comme moi, fait l’impasse sur le dessert pour éviter d’être sur la digestion pendant notre rencontre !) A présent installés autour de la table, l’interview à proprement parler pouvait commencer. A l’image de l’album, elle fut dense, et les réponses généreuses. Je vous propose d’en lire la retranscription quasi intégrale. Voici une immersion avec Archive, leur monde, leur création… Bonne lecture à vous.  

Archive credit photo @Paul Spencer 2021
Archive credit photo @Paul Spencer 2021

La pandémie, accélérateur de créativité

Weirdsound : Il y a 3 ans, j’ai eu le plaisir de rencontrer Danny et Pollard à Nantes pour une interview, juste avant le super concert de trois heures. 2019 a été une année faste et active pour Archive. Surtout du 13 septembre à Athènes, jusqu’au 7 décembre à Madrid. Trois mois plus tard, notre Monde s’est écroulé. Quand c’est arrivé, j’ai beaucoup pensé à vous, car je vous avais beaucoup suivi sur ce Tour. Je n’ai alors pas pu m’empêcher de penser : Heureusement que le groupe est né en 1994 et pas en 1995… Sans quoi, l’anniversaire des 25 ans tombait à l’eau !

Darrius : Oui clairement, ça aurait réellement craint !

Dave : Oui, tout tragique qu’ait été la situation, nous avons été vraiment très chanceux avec le timing ! Après cette énorme tournée, nous avions réellement besoin d’une pause de toute façon. Puis, plus la situation s’aggravait et durait, plus nous nous disions mer… ! Cela fait trois ans maintenant. C’est la plus longue période où nous soyons restés sans donner un seul concert.

Pollard : Je ne l’ai encore jamais raconté mais… Lorsque nous étions à Madrid, je suis passé près d’une dame qui avait un jeu de tarot. Je ne crois pas à ces bêtises, mais je lui ai demandé malgré tout une carte, qu’elle a retournée. Il s’agissait de la Tour, ce qui signifie la destruction, que tout va changer. Trois mois plus tard, arrive cette pandémie. Cette carte, c’était juste une blague et il a fallu que ce soit la Tour. J’ai pensé Wooooohhh… Maintenant, j’espère que c’est terminé, et que nous allons pouvoir jouer les concerts que nous avons annoncés aujourd’hui. Je pense que nous allons pouvoir reprendre nos vies.

Weirdsound : Comment avez-vous vécu ce moment où tout s’est arrêté, individuellement et en tant qu’artistes ?

Darrius : Eh bien je pense comme tout un chacun… Tout le monde l’a probablement vécu de la même manière, en se demandant « Mais qu’est ce qui se passe bor… ? ». C’était tellement surréel… Ce premier confinement semblait tout droit sorti d’un film de science-fiction, ou d’un épisode de Black Mirror. Puis, cela a commencé à être difficile mentalement pour tout le monde. Être confiné est très néfaste pour la santé mentale. D’une certaine manière, faire cet album a été une excellente chose, car ce fut une très bonne distraction. Tenter de créer cet album dans les pires conditions possibles…

Weirdsound : En septembre 2020, vous avez eu envie de commencer à créer ce nouvel album. Que représentait ce moment précis pour vous ? L’envie de témoigner de la période que nous vivions était-elle le principal moteur de votre motivation ?

Darrius : Absolument !

Pollard : C’était le bon moment tout simplement, et ce pour chacun d’entre nous. Ce même principe qui régit nos envies d’écriture…

Dave : Mais comme à chaque fois avec nous, en tant qu’artistes et auteurs, nous reflétons ce qui nous entoure, ce qui se passe. Le Monde est ce qui nous inspire, et même dans les endroits et les choses les plus sombres, on peut trouver de l’inspiration. Il le faut, pour canaliser la difficulté et l’horreur. C’est notre vaisseau, notre thérapie pour faire ressortir tout cela. C’est la raison pour laquelle cet album est un ensemble d’émotions, de la douleur à la solitude, l’isolement, la détestation, la colère, la peur… En quelques sortes, par ces émotions, nous avons canalisé dans ces chansons ce que tout le monde traversait.  

Darrius : Je pense réellement que cela nous a aidés, pour trouver un concept autour de l’album. Car, je me souviens, lorsque nous avions commencé à écrire avant la pandémie, ça ne fonctionnait pas vraiment ; nous jetions alors des idées ici et là. Dès que les choses ont commencé à devenir plus sombre et le Monde à se verrouiller, nous avons soudainement eu beaucoup, beaucoup de matière pour écrire.

Pollard : L’ironie du sort a voulu que pendant ce premier confinement, il fasse un temps magnifique en Angleterre. Ce qui ne donnait que plus d’inspiration encore à Darrius…  Comme quoi, chaque chose comporte toujours deux faces.

Darrius : Nous avons utilisé notre temps à bon escient. Je peux le dire pour chacun d’entre nous. J’insiste : chacun d’entre nous a utilisé son temps judicieusement, vraiment. Nous ne sommes pas restés assis à regarder le temps passer…

Weirdsound : Comment a pu naître cet album dans ces conditions si particulières ? Où était chacun d’entre vous à ce moment ?

Darrius : Eh bien nous étions un peu éparpillés… A Londres, à Southampton, à Sydney en Australie pour Holly, dans le Pays de Galles… Tout cela on le voit dans le documentaire. (NDLR : Super 8 est le documentaire retraçant la création et la naissance de l’album Calls to Arms & Angels, filmé pendant la pandémie au moyen d’une caméra super8 retrouvée dans la maison familiale de Darrius)

Weirdsound : C’était ma prochaine question ! Me donnerais-tu quelques éléments sur Super 8 ?

Darrius : Eh bien… Ce docu est un genre de réflexion visuelle, de ce que, encore une fois, tout le monde traversait. Le fait que le documentaire soit filmé en super 8 lui donne cet étrange aspect de peinture à l’huile, comme une version scénarisée des évènements. Au travers de ce genre de peinture, on a l’impression de regarder dans le passé, c’est vraiment très joli.

Dave : Les gars qui nous ont aidés dans ce projet sont fantastiques. Ils se sont réellement engagés dans quelque chose qu’ils ont voulu spécial eux aussi. Ils n’ont pas juste fait le job pour un groupe. Ce sont des gens que nous connaissions, qui se sont vraiment immergés dans le projet. Ils ont donné beaucoup d’eux-mêmes, dans ce qu’ils ont filmé et la façon dont ils l’ont filmé. C’est un très bel aperçu de ce que nous avons traversé.

Bande annonce du documentaire Super 8

Un minimalisme impossible, pour un collectif au son dense

Weirdsound : Pollard, il y a trois ans, tu m’as dit : « Après 25 ans, nous sommes juste au début d’autre chose« . Tu ne pouvais pas avoir plus raison sur ce point. (Darrius rit)

Pollard : C’est toujours ainsi que nous le ressentons !

Weirdsound : En même temps, tu disais aspirer à quelque chose de beaucoup plus minimaliste, avec éventuellement des silences. Sur ce point, Call to arms & angels est beaucoup de choses, mais je crains qu’il ne soit absolument pas minimaliste !

Pollard : Oui, nous essayons toujours à notre façon, mais devine quoi ? Les choses ne fonctionnent et ne vont pas toujours comme prévu ! (Rires) Nous pensions également faire plus de live… Les choses avancent comme elles l’entendent, et tu ne peux tout simplement pas aller contre. Si ça marche, alors très bien, tu poursuis…

Weirdsound : En réalité, ça me convient parfaitement, car l’idée d’un album minimaliste me faisait très peur…

Darrius : Pour être honnête, l’album minimaliste que nous avons fait était Versions (NDLR : Versions, sorti en 2020 pendant le confinement). Versions reprend nos titres de façon très dépouillée. C’était absolument minimaliste, et ça a fonctionné. Mais il est vrai que nous ne sommes tout simplement pas un groupe minimaliste.

Pollard : Minimaliste semble compliqué quoi qu’il en soit. Ne serait-ce que pour la partie Live, bien distincte et qui va droit au but. Cela fait partie du son Archive ; brut, réel, et émotionnel. Cela dit, qui sait ? Peut-être un jour ferons-nous un album minimaliste ?  (Il rit)

Weirdsound : C’est la première fois que vous réalisez un double album. Qu’est-ce qui vous y a conduits ?

Darrius : Nous étions arrivés à un point où nous avions en démos tellement de chansons. Plus nous avions de chansons, plus il se passait de choses, plus nous avions matière à écrire et créer. Parmi toutes ces chansons, il y en avait de nombreuses que nous voulions absolument garder. Nous nous sommes dit « Mer… ! Comment faire ? » Puis nous nous sommes mis d’accord sur le fait que ce serait un double album.

Pollard : Six ans s’étaient écoulés depuis notre dernier album, c’était un peu : on vous en donne deux pour le prix d’un.

Darrius : L’entièreté de l’album raconte l’histoire. C’est ainsi que cela devait être, ainsi que nous l’avons tous voulu. Si nous avions laissé des chansons de côté, l’histoire n’aurait tout simplement pas été complète. Nous avons énormément travaillé sur la tracklist, sur l’ordre des chansons. Cela a été très compliqué, mais ça a fonctionné. Faire un double album est une chose très complexe, pour maintenir l’intérêt et le dynamisme. Nous y sommes parvenus.

Dave : Il y aurait beaucoup d’histoires à en raconter… Avec cinq voix cette fois. Cinq voix avec leur propre canal, afin de canaliser les émotions.

Pollard : Nous avons toutes les couleurs de la palette…

Archive credit photo @Paul Spencer 2021
Archive credit photo @Paul Spencer 2021

Un voyage à l’intérieur de soi, au sein du Vaisseau Archive

Weirdsound : Bien que musicalement très différent de Axiom, un album que j’adore, je lui trouve un point commun avec ce dernier. A chaque écoute, c’est un voyage à l’intérieur de soi. Pour réaliser ce voyage pleinement, il faut écouter l’album dans son intégralité, de A à Z. Il délivre alors toute sa substantifique moëlle. C’est ainsi que vous l’avez conçu ?

Darrius : C’est exactement cela. Nous avons essayé, au travers de cet album, de raconter l’histoire, et nos ressentis. Ces dernières années ont touché et affecté les gens. C’est comme un film en soi. Une bande originale visuelle… Je suis ravi que tu aies apprécié.

Dave : Ce que nous faisons fonctionne, parce que nous ne sommes pas un groupe à singles. Naturellement, nous en sortons aussi, simplement parce que c’est ainsi que fonctionne l’industrie de la musique, et que nous faisons notre promotion. Nous devons le faire. Mais comme tu l’as dit, de A à Z, c’est de cette façon que l’album devrait être écouté.

Weirdsound : Il y a de tout dans cet album, tout ce qu’Archive sait faire, et qui fait que cet album ne pouvait être fait que par Archive ; des moments calmes, planants, du rock, des guitares, des explosions de son, des sons electro bruts, des moments qui prennent les tripes… On sent que Call to Arms &Angels a un parfum, un goût vraiment spécial pour vous. Ce n’est pas simplement un nouvel album.

Darrius : Merci ! Ces deux-trois dernières années ont été vraiment dingues (F… crazy en VO). Le monde dans lequel nous vivons est dingue. C’est pour cela que cet album est spécial, parce que l’époque est spéciale. Nous ne faisons que réfléchir ce que nous observons, c’est aussi simple que cela. Nous l’avons voulu ainsi, nous avons voulu que cet album soit réellement spécial. On ne voulait pas se contenter d’expérimenter en allant dans ce que nous connaissions déjà.

Dave : Expérimenter, nous l’avons déjà fait dans d’autres disques, tel que The False Foundation par exemple. Là, c’était très sérieux et émouvant au studio. Comme tu le disais, il y a de bons morceaux, pour de belles émotions en live !

Pollard : Lorsque l’on commencera à le jouer en live, ça va amener l’album encore à un autre niveau.

Archive: éclairage sur quelques titres

Weirdsound : J’ai quelques questions à propos des chansons… Pollard, qui est ce Mr Daisy avec qui tu veux danser ?

Pollard : He bien vois-tu, la pandémie n’était même pas encore là à ce moment. Je suppose que tu vois qui est Trump par exemple, il dépeint parfaitement l’image de Mr Daisy. Nous regardions alors des documentaires comme Hypernormalisation de Ian Curtis, et ce qui se passe dans le monde de la politique, les mensonges, tout ce que nous supportons.  Tout ceci est juste sinistre. Regarde Londres, et le problème des oligarques soudainement sur la table… Toutes ces choses dont nous connaissons l’existence… C’était une façon de singulariser la chose, la nommer, et très ironiquement bien sûr, de danser avec. 

Darrius : Le truc, c’est le mensonge et sa normalisation à la façon de Trump. Ça se passe depuis des années. On nous ment énormément, et le mensonge s’est érigé en système. Avec Boris Johnson, notre gouvernement, et tous ces politiques modernes, il y a une acceptation d’un paquet de conneries énormes (Fu… BS en VO). C’est le propos de cette chanson.

Pollard : C’est ainsi depuis l’époque romaine… Mais, j’imagine que nous espérons mieux pour nous et de nous-mêmes, en tant que simples citoyens. Ne pas avoir à supporter ces mensonges, et pourtant, nous le faisons. Danser avec Mr Daisy, c’est l’expression d’en avoir ras le bol de tout ça. C’est là que Fear there and everywhere entre en scène ! (NDLR : Fear there and everywhere est le troisème titre issu de Call to Arms and Angels)

Daytime Coma: morceau de bravoure… cathartique.

Weirdsound : Daytime Coma est le morceau de bravoure de l’album. Il commence dans une douce léthargie, puis le rythme arrive et s’accélère avant de faire une pause. Le morceau se termine dans un final dantesque. Cette construction me rappelle le final de la 9ème de Beethoven. Est-ce ainsi que vous avez voulu ce titre ?

Darrius : Dave explique parfaitement cette chanson. C’est une journée de vie, pendant la pandémie. Ce sont toutes les émotions que vous pouviez ressentir pendant cette période, en une seule journée.

Dave : A la réflexion, je pense qu’il y a parfois ces instants, lorsque tu commences à écrire, où tout vient en coulant. Parfois, tu as une idée, et tu pars de cette idée avec une préconception de ton projet final. Mais là, j’avais juste ceci : j’ai vu un clip avec un immense building. Les fenêtres étaient entrouvertes. Il faisait un temps magnifiques, et les gens étaient coincés à l’intérieur. C’est ce qui a été mon étincelle de départ.

J’ai vécu ce coma diurne. Impossible de se réveiller de ce cauchemar, et pourtant, il y avait tant de belles choses sereines alentours… Les arbres étaient en fleurs, la faune revenait car il n’y avait plus de voitures. On passait par tous les tourments, et alors le soir on allumait la télé… Pour apprendre combien de pauvres gens étaient décédés. Toute cette horreur, et tu es absolument impuissant. Tout ce à quoi tu peux penser, c’est ce qui devant toi ; ta famille. Certaines personnes n’avaient même pas de famille… Daytime Coma est le reflet d’une de ces journée, au travers du crescendo de l’agonie, des cris et du désespoir. Quand nous l’avons enregistré au studio, c’était la dernière chose que je faisais avant de rentrer chez moi, c’était le matin, et j’ai croisé cette colombe sortie de nulle part…

Darrius : Au moment de la démo, nous n’avions qu’une minute, à partir de l’instant où ça démarre à la fin. Je savais qu’il fallait un final, ce genre de final exactement. Je connais très bien Dave, et je savais ce qu’il pouvait faire, ce qu’il pouvait en faire. Nous sommes donc simplement partis de ce beat. Rien de la partie vocale finale n’avait été encore fait. Alors nous sommes entrés dans le studio pour l’enregistrement, nous étions tous présents, ensemble. Ça a été une explosion ! Ce que tu entends, c’est l’énergie de sept personnes, confinées pendant plus d’un an, et qui finalement se retrouvent. C’est le son de ce moment cathartique.  

Mensonges, guerres…mais au bout… la vie?

Weirdsound : Est-il finalement agréable d’être en vie ? Pour dire que nous n’étions plus libres, presque morts ou sur le point de l’être ?

Dave : Absolument ! Pas de commentaire…  Je ne sais pas pour les autres, mais je pense que nous nous sommes tous demandé si chacun d’entre nous allait réussir à traverser cette crise. Ma femme m’a dit : « Si tous les gens que nous connaissons sont encore là après tout ça, alors on y sera parvenu. » Par chance, c’est le cas. Être en vie après tous ces évènements est une chance. Alors, en regardant les évènements aujourd’hui, tu te demandes combien encore allons-nous devoir en prendre. C’est tellement injuste. (NDLR : Interview réalisée peu de temps après le début de la guerre en Ukraine). Mais oui, avoir traversé cette pandémie, être en mesure de respirer, de regarder ce que nous avons, et être là à pouvoir discuter ensemble, c’est une chance énorme. Nous sommes très, très chanceux.

Weirdsound : Auparavant déjà, vous n’aviez que peu de confiance en l’avenir. Qu’en est-il aujourd’hui, alors qu’à peine sorti la tête de l’eau, la guerre frappe à nouveau ?

Darrius : En anglais, nous disons « Directement de la poêle à frire, dans le feu ». Je ne sais même pas quoi dire, en réalité cela me laisse sans voix… L’Humanité, un terrible jeu d’échecs.

Pollard : Quand allons-nous sortir des ténèbres ? Quand allons-nous arrêter toutes ces bêtises, ces guerres ? Sérieusement ? Des dingues, voilà l’espèce que nous connaissons tous autour de cette planète.

Darrius : Ce qui se passe en Ukraine n’est pas un hasard. Ça dure depuis des années. Les Américains et les Britanniques ont fait la même chose en Irak. Nous sommes tous à blâmer, absolument tous. L’Ouest a fait des choses terribles aussi. Des milliers de personnes sont mortes en Irak… En réalité, tout ne fait que continuer.

Pollard : Combien de sang devra encore être versé ? C’est la foutue question. Néanmoins, j’espère toujours que le futur sera meilleur. Je dois penser ainsi, il le faut.

Weirdsound : Une question sur la prochaine tournée… Peut-on imaginer que vous jouiez Call to Arms & Angels en intégralité ?

Dave : Je pense qu’après 25 ans d’existence, et cette capacité de jouer des sets de trois heures soir après soir, ce ne serait pas intimidant de relever le défi.

Darrius : Il est très probable que nous le fassions. Nous l’avons déjà fait avec Controlling Crowds (album sorti en 2009), expérience très agréable. Il est devenu facile à présent de jouer nos chansons que le public connait parfaitement, et nous le faisons bien. Les fans adorent, mais c’est un peu simple… Ce serait donc un excellent défi pour nous de faire différemment. A cet égard, jouer un album comme celui-ci dans son intégralité représente beaucoup, beaucoup de travail. Oui, je dirais que c’est donc très probable, alors, nous verrons !

Weirdsound : Une dernière question pour la blague… Etes vous heureux d’être de retour à la normalité, à répondre aux probables mêmes sempiternelles questions des différents journalistes ?

Rire général…

Pollard : Oh que oui !

Weirdsound : Merci messieurs

Darrius : Merci à toi

Archive - Interview 15-03-2022

Archive – Interview 15-03-2022 Paris.

Vous l’avez compris, je ne puis que vous recommander l’écoute de Call to Arms & Angels. Si vous connaissez et appréciez Archive, ce sera le petit Jésus en culotte de velours, comme disait un certain T Rolland. Si vous ne connaissez pas Archive, c’est une excellente occasion de découvrir, auquel cas n’hésitez pas à écouter et réécouter pour rentrer dans cet univers et vous familiariser. Archive sera en tournée à l’automne prochain, tournée qui passera par la France du 7 octobre à Dijon, au 25 novembre à Paris où ils s’attaqueront à Bercy !

Voici pour terminer en beauté une petite pépite, la dernière sortie : We are the same

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