The Sword : le futur c’est maintenant!

Austin, Texas, l’État qui a vu naitre  Stevie Ray Vaughan, Panthera, Black Angels et… ZZTop. Formé en 2003 par John D. Cornise, The Sword n’a connu qu’un changement dans son line-up lorsque le batteur de la formation originale, Trivett Wingo, quitte le groupe en 2010. Il est remplacé par Santiago « Jimmy » Vela III qui accompagne désormais Kyle Shutt (guitare), Brian Richie (base/clavier) et le chanteur guitariste, J.D. Cornise.

Si la formation n’a pas trop évolué durant ces quinze ans, il en va autrement de la musique du quartet. Le premier album, Age of winter (2006), sonnait résolument stoner. Le style lorgnait vers Black Sabbath ou Kyuss, le chant sonnait quelque peu Fu-manchesque (encore un fameux néologisme musical!), et le groupe préparait ainsi le terrain à Red Fang (Portland, Oregon. On retournera par là plus tard dans la chronique)  qui se formerait deux ans après The Sword. Toutefois, dès ses premiers opus, la musique des texans a déjà des accents de southern rock.

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J.D. Cornise (guitare/chant), Santiago Vela III (batterie), Brian Richie (basse/clavier) et Kyle Shutt (guitare) ont bien aiguisé leur style depuis leurs débuts

Extrait du premier L.P., Freya est très représentatif des compositions de Cornise à cette époque. Les riffs s’enchainent, les structures ne sont pas forcément classiques couplet/refrain/couplet. Le groupe gardera cette particularité.

Le second opus du groupe, Gods of the earth, contrairement au précédent entièrement composé par le chanteur, est un travail collectif. Si en ce qui concerne les lyrics, toujours écrits par Cornise, les inspirations lorgnent vers l’héroic fantasy (il est fan de George R. R. Martin, de mythologie nordique et de H. P. Lovecraft), la musique évolue vers un heavy metal épique, et l’influence du chant d’Ozzy Osbourne sur les vocalises du chanteur se fait encore plus marquée. En 2009, ils ouvrent pour Metallica sur la tournée Death Magnetic.

L’imagerie qui accompagne l’album et le style vestimentaire du groupe ont, à cette époque en tout cas, un petit côté Spinal Tap VS 2001, a space odyssey, non? How heavy this axe troisième morceau de l’album Gods of this earth.

Fan de S.F., s’inspirant de vieux numéros de Metal Hurlant, des films de René Laloux ou de la légende d’Atlantis, Cornise imagine un synopsis de space-opéra pour leur troisième album chez Kernado Records. L’histoire d’Ereth, un archer banni de sa tribu sur la planète Acheron, sert de prétexte au concept album Warp Riders. Il lui a également été inspiré par les émotions qu’il a ressenties lors de l’écoute d’Operation : Mindcrime de Queensrÿche. La force de l’univers créé par le groupe de metal prog de Washington sur leur disque de 1988, le pousse a concocter un canevas pour les morceaux de ce troisième L.P. des Sword de manière à produire une impression d’unité. Dernier disque sorti chez Kernado, c’est également le premier L.P. a ne pas être produit par Cornise.

L’album Warp Riders sera l’occasion de développer un univers S.F. au travers d’une histoire et de décliner une série de trois clips égrainant chacun un chapitre. On trouve déjà dans ce morceau des sonorités et des accents proches du rock texan du ZZTop des premiers albums.

Trivett Wingo, batteur, déclare forfait en plein milieu de la tournée, obligeant le groupe à annuler la plupart des concerts. Il est remplacé par Santiago Vela III.

Ils signent ensuite sur le label Razor & Tie pour Apocryphon. Ils délaissent quelque peu les rivages de la fantasy pour des paroles plus « métaphysiques » (dixit Cronise). Du côté musical, les tempo se calment un peu, les riffs se colorent encore plus d’un southern rock où l’on sent l’ombre de Lynyrd Skynyrd, et le son, toujours bien métal, se rapproche de groupes tels que ThinLizzy ou Black Sabbath.

 

Apocryphon, dont est extrait The veil of Isis,est l’album le plus travaillé du groupe. Il atteindra la 20e place du Bilboard.

Pour High Country, ils s’orientent vers un hard-rock, parfois planant, où apparait une couleur qui évoque de plus en plus les premiers ZZTop.

 

Sur High Country, la présence des claviers se fait plus forte. Les passages planants sont plus marqués.

Depuis 2014, The Sword avait mis en sommeil les compositions et sorti respectivement une compilation acoustique de certains morceaux de leur répertoire (Low Country, 2016), et un live, Greetings from… en 2017. Autant dire que leur prochain L.P. était attendu avec impatience par les fans de plus en plus nombreux.

La caractéristique de ces quatre gars d’Austin est, à mon avis, l’incomparable facilité avec laquelle ils  réinventent leur musique sans y sacrifier de sa personnalité. Car chaque album est marqué par une évolution stylistique et une constante d’écriture.

Pour Used Future, sorti ce vendredi 23 mars, on retrouve la tendance qui était celle des premiers enregistrements, la présence d’instrumentaux et une écriture mélodique particulière. Par contre, le son s’est bien assagi; les guitares ont perdu du fuzz, de la disto, de la puissance sonore, mais les compositions y ont gagné en clarté. Quant au hard rock ou au métal, il semble vouloir laisser la place à un rock texan (on peux aussi bien penser à ZZTop qu’à Blackfoot) teinté de rock progressif (Come and Gone), voir pour les courtes intermissions que sont Prelude et Intermezzo, de post-rock. Le titre éponyme, Used Future a, de l’aveu même de Cornise, un petit côté Tom Petty. Trois instrumentaux viennent ponctuer les treize titres, Wild Sky, Brown Mountain et Nocturne. Ce dernier serait en bonne place pour figurer sur la B. O. d’un remake de Blade Runner avec ses nappes fantomatiques et ses cymbales lointaines. Le thème mélancolique est rythmé par un son qui semble être, au choix, une horloge ou des sabots de chevaux. L’instrumental qui clôture, ou presque le disque, Brown Mountain (mais à quoi peut faire référence une montagne marron? J’ai bien une idée, mais c’est assez scato et peu en phase avec les sentiments désabusés qui émaillent les paroles de l’album) fait figure de générique de fin pour cet L.P. très cinématic.

Cronise says he thought the narrative perspective of ‘Used Future’ made the record feel much like the score to a film that has never existed.¹

Le clip du premier extrait de cet album, Twilight Sunrise, ferait passer le Tron de 1982, pour un must des effets spéciaux video.

On pourrait avoir la nostalgie de  l’impression de mur sonore des débuts ou du souffle épique de Gods of the earth, mais la nouvelle mue du combo semble apporter un apaisement et une volonté de retour à un rock plus simple qui ne sont pas déplaisants. Les morceaux s’enchainent avec une évidence et une facilité qui font passer ces quelques quarante trois minutes en un clin d’œil, et on se surprend à regarder la playlist pour être sur de n’avoir manqué aucun titre. Autre changement notable chez les texans, leur look : rasées les longues barbes  et les cheveux de Gods of the earth, rangés les pattes d’éléphants. On arbore un gentil poil de quatre, cinq jours, ou pas d’ailleurs, des chemises de bucheron et pour Cornise et Richie, une coupe bien propre, quasi au ras des oreilles.

 

Premier extrait de l’album qui sort ce 23 mars, Deadly Nightshade.

Produit par Tucker Martine (Ghost, Black Keys, mais aussi Death Cab for Cutie), à Portland (je vous avais dit qu’on en reparlerait), le son est résolument orienté 70’s, et le Moog Taurus III piloté par Brian Richie, qui avoue avoir passé trois ans à le maitriser, apporte une couleur psychédélique à l’ensemble. La basse du quelque peu « Floydien » Sea of green est entièrement jouée au Moog.  La production soignée mais chaleureuse, permet, entre autre, de souligner l’efficacité du groove des gimmicks de guitares, ce que peu de chroniqueurs avaient noté jusque là.

Weird times in the air and the country definitely have an effect on the mood of any kind of art you make. It’s hard to escape it.¹

« Used »  peut vouloir dire usé, usagé, voir d’occasion. Le terme « Used Future » fut introduit dans le vocabulaire de la critique cinématographique et littéraire dans les années 80 pour décrire des univers de science-fiction mettant en scène un futur noir et désabusé, un peu comme celui de … Blade Runner (on y revient). Ces univers avaient la particularité de ré-utiliser des éléments de notre propre réalité, rouillés, usés, recyclés et ré-introduits dans ce futur d’occasion façon steampunk. Le présent musical de The Sword est peut-être marqué par un retour à des sonorités d’hier, mais, à l’image de la voiture de la pochette, il est habillé pour affronter l’époque contemporaine. Une sorte de décroissance musicale, blindée à la récup et prête à affronter les affres des changements climatiques et des guerres qui s’annoncent (optimiste, hein?).

Bienvenu dans Mortal Kombat contre La légende de Zelda version The Sword avec le dernier clip, tout nouveau, tout chaud de Used Future.

Pour la sortie de Used Future, The Sword était en concert en direct dans leur « hometown » sur youtube. À regarder ci-dessous :

 

Ce huitième album du groupe est sans aucun doute le plus intéressant de leur discographie. On y trouve des échos de Pink Floyd, des parties de guitare que ne renierait pas Billy Gibbons, et une impression que les membres du quartet ont bien pris leur temps pour construire cet édifice musical qui entre comme mon album préféré de ce début de printemps.

¹https://overdrive-mag.com/2018/03/11/weird-times-effect-mood-art-make-interview-swords-j-d-cronise/

« Cornise pense que l’approche narrative qui caractérise Used Future pourrait faire passer l’album pour la B. O. d’un film qui n’a jamais existé »

« L’air du temps bizarre, aux USA aussi, a un effet manifeste sur l’humeur de toute les formes d’art. c’est assez difficile d’y échapper. »

http://razorandtie.com/home/

https://www.facebook.com/theswordofdoom/

http://www.theswordofficial.com/

 

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