The Love Coffin, Cloudlands : le néo-romantisme à la Danoise

The Love Coffin-Cloudlands

Décidément, l’époque est au voyage temporel vers les années 80, une ère qui semble vouloir faire un grand retour jusque dans nos oreilles. Peut-être un symptôme de notre époque qui cherche un exutoire à ses tourments dans une période plus euphorique, où l’exacerbation des sentiments passait alors par un romantisme désuet et des coupes à la Robert Smith ou Duran Duran, agrémentées d’une couche de maquillage façon plâtre à la truelle.

Le groupe de Copenhague The Love Coffin connait un véritable succès, au moins d’estime, dans le pays des « folkloriques » îles Féroé. Mais par chez nous, leur musique reste encore très confidentielle. Lorsque j’ouvre la page Soundcloud de The Love Coffin, je souris lorsque je tombe sur la pochette qui n’est pas sans rappeler cette pub des années…80, peut-être que certains s’en souviennent, « les produits laitiers, des sensations pures ». Après avoir parcouru la biographie du groupe, je clic sur « play ». Et, alors que s’élèvent les deux accords tranchants et définitifs de la guitare acoustique qui s’étirent en tension durant plusieurs secondes, un frisson me parcours l’échine lorsque la voix, comme sortie d’outre tombe, à la fois caressante et rugueuse, se glisse sur cette mélodie. On est accroché dès les premières mesures, et il faudra lutter pour se défaire de ce timbre si particulier. Sense Of Indifference, premier titre du L. P., démarre façon The Mercy Seat, et pose d’emblée la personnalité du groupe, tout en contraste, entre douceur et violence, entre guitare acoustique, claire et franche, et guitare fuzz brouillonne qui vient faire un contre-point à la première.

Après 2 E.P.—Veranda (2015) et Buffalo Thunder (2016)—remarqués par la critique nordique, les danois ont sorti leur premier L. P.  le 28 septembre sur Bad Afro (Monde)/Third Coming Records (France).

Le résultat est Cloudlands, soit neuf titres intenses d’où se détache la voix chargée d’émotion du leader chanteur. Son timbre particulier renforce l’originalité et donne une couleur encore plus haute à la forte personnalité du groupe. La tonalité de l’ensemble et le look ont résolument cet arrière-goût post ou néo-romantique, au choix, des années 80. En tendant l’oreille, on perçoit les fantômes d’un Love & Rockets, de Rose of Avalanche, Crime &,The City SolutionSee Me When I Crawl— des premiers The Church ou encore de The Mission. La voix de J. K.Magnussen se pose sur des nappes de guitares qui peuvent soudainement et brièvement glisser d’une série d’accords tout ce qu’il y a de classique vers un bruit blanc tirant vers les sonorités expérimentales de la vague Noise/No Wave du New York des années Television, Certain General ou du début de Sonic Youth.

Bien trop souvent, on associe « romantisme » avec un certain côté gnan-gnan et fleur bleue. C’est oublier que cette vague littéraire, picturale et musicale née il y a deux siècles est au contraire le vecteur d’expression des sentiments les plus violents. Et cela se sent dans l’interprétation des textes, où le chanteur ne cherche jamais à mettre en avant une quelconque douceur, se faisant certes parfois caressant, mais toujours au bord de l’excès.  La production a coup de réverb courte, de caisse claire à la limite de la saturation, apporte une couleur garage à l’ensemble. Le très prenant Take Good Care Of Me, offre un condensé de ce dark-cold-rock à la suédoise.

Cette alchimie musicale a trouvé son liant avec les textes que l’on pourrait presque qualifier de bi-polaires du chanteur, entre déprime profonde et optimisme béa. Les soubresauts musicaux et les variations d’intensité des compositions épousent en effet à merveille ces méandres psychologiques torturés. Oscillant entre ombre et lumière, à l’image de la musique qui alterne passages lumineux et moments sombres. Peut-être pourra t’on trouver que la formule fait long feu et se lasser de l’écoute complète de ce qui parait être une copie de multiples groupes œuvrant il y a plus de 30 ans. Pourtant, il ne faut pas bouder son plaisir et prendre de manière hédoniste ce que les cinq musiciens ont à nous proposer. Ils nous font rapidement oublier les références et influences qui émaillent leurs compositions, pour imposer une véritable personnalité et un son unique. Les mélodies, accrocheuses, sont sans aucun doute un des éléments qui permet au groupe de s’imposer comme une des figures montante de la scène nordique.

Le titre final, Concrete Foreign Shores, teinté d’une forte mélancolie, est un parfait point final à cet album et laisse une marque durable même une fois les dernières notes fondues dans le silence.

Le premier album des Danois de The Love Coffin pioche allègrement dans la musique néo-romantique des années 80, et avec talent et pour notre plus grand bonheur.

Liens :

https://www.facebook.com/thelovecoffin/

http://badafro.dk/

https://thirdcomingrecords.bandcamp.com/album/tcr018-the-love-coffin-cloudlands-lp

En concert :

Paris le 16 novembre à la Station- Gare des Mines, 29 av. de la porte d’Aubervilliers, 75018

Angers le 17 au Jokerspub, 32 rue St Laud 49000