Chinese Man : un tour du monde en 63 minutes !

Un an après la sortie de leur album « Shikantaza », le groupe Chinese Man nous propose un remix de cet album et pour ce faire, ils ont fait appel à leurs amis producteurs dans le but de nous faire voyager tout en essayant de rester fidèle au style du groupe.

Inutile de revenir sur ce collectif de Hip-hop et d’électro français venant des Bouches-du-Rhône et désormais bien connu sous le nom de Chinese Man. La liberté est une de leurs valeurs, et c’est pourquoi ils ont créé leur propre label de musique, Chinese Man Records, en 2004 pour s’autoproduire. Et juste pour ça, on peut déjà les aimer ! Evidemment, c’est leur musique qui nous intéresse ici et certains se souviendront peut-être de leur premier album « Racing with the Sun » sorti en 2011 où Hip Hop et musique électro s’entremêlaient dans une multitude de samples. Un an plus tard, le collectif nous proposait un remix de cet album. Un véritable succès qui a fait la renommée du trio marseillais.

Six ans après leur premier album, Chinese Man sort donc son deuxième album intitulé « Shikantaza » avec 16 titres et excelle en la matière à travers ses collages de samples aux sonorités pluriculturelles, notamment engrangées lors de leurs voyages. Et là, vous commencez à comprendre que l’on ne va pas parler d’un troisième album. En effet, le groupe suit sa logique et nous présente donc un remix de son deuxième album. On ne change donc pas les codes et appelons-le « Shikantaza Remix ».

« Être assis sans rien faire »

Disponible depuis aujourd’hui, vendredi 9 novembre, Chinese Man nous invite à redécouvrir son second album remixé non pas par eux, mais par toute leur bande de potes producteurs et musiciens. Une réalisation difficile à mettre en place, nous offrant de belles surprises, mais parfois, il faut bien l’avouer, quelques déceptions. La liste des amis est longue et vous reconnaîtrez peut-être la signature de certains tels que ProleR, Senbeï, OBF, La Fine Equipe ou encore l’Entourloop. Au total, c’est une dizaine de producteurs et autant de remixeurs qui se sont impliqués dans ce projet. On note l’absence de Deluxe, probablement concentré sur leur prochain album, mais cela a été mon premier brise cœur. Si l’on rentre un peu dans le vif du sujet, cet album, il nous fait voyager aux quatre coins du globe grâce à des sonorités peu courantes et où nous sommes parfois obligés de nous interroger sur l’instrument utilisé dans certaines tracks, un vrai plaisir. Pas de barrières et encore moins de frontières que ce soit musical ou géographique, Chinese Man nous invite à une réelle ouverture auditive et culturelle. Leur entourage joue un rôle important puisque tous viennent de genres musicaux différents et très variés. De l’électro avec le producteur italien Clap ! Clap ! du dub UK des OBF en passant par le dancehall/cumbia de Baja Frequencia, nous prouvent la diversité que souhaite exprimer Chinese Man via ses remix et nous forçant d’abandonner l’idée de classer le collectif dans une case d’un genre musical.

Chinese Man est allé puiser toutes ses inspirations dans leurs multiples périples à travers la planète. Une aventure qui nous est racontée à travers une série web-documentaire de cinq épisodes (pour le moment) intitulée « Independent music », diffusée sur la page Youtube du groupe et réalisée par Yann Marquis. De Bombay à l’Ardèche au détour d’une halte à San Francisco (ou le groupe rencontrera Mophono), nous voilà en immersion dans la vie du label où l’on découvre leur méthode de travail, leurs ouvertures culturelles et, plus généralement, un regard est porté sur la création musicale d’aujourd’hui et la mutation de l’économie et de l’industrie musicale. Une série de quelques minutes extrêmement bien réalisée et qu’il faut absolument regarder.

Pour revenir à cet album remixé, les plus grands fans de Chinese Man devraient l’aimer, mais ne pourront probablement pas s’empêcher de le comparer à l’album original. En revanche, il y a de belles surprises concernant certains morceaux notamment « Maläd » remixé par une pointure du dub, Poirier. Un gros coup de cœur pour ProleteR et son remix de « Step Back » qui nous surprend entre le Hip Hop et une ambiance Paris bohème des années 60. On n’oublie pas la performance de La Fine Equipe et le titre « Liar » qui nous embarque à la cool dans la street US. Pour ce qui est des déceptions, je reste convaincu que OBF nous a habitué à mieux et que leur remix de « Warriors » n’est pas assez ancré dans le dub roots. A noter, le petit point négatif concernant l’ordre d’écoute de la tracklisting où il est difficile de percevoir une ligne artistique… Une volonté de mélanger les genres ? Possible.

Déception ou non, cet album est une invitation au voyage et au lâcher prise, à saisir le moment présent, et d’ailleurs, nous n’en avons pas parlé, mais « Shikantaza » signifie en japonais « Être assis sans rien faire ». Voilà donc ce qu’il vous reste à faire, vous asseoir, écouter cet album, et vous évader. Très vite après, vous chercherez à revenir à la version originale de l’album, vous vous laisserez porter avec une question en tête : Faudra-t-il attendre 6 ans pour écouter le troisième album de Chinese Man ? Ce qui est sûr, c’est que le collectif nous à prouver dans « Shikantaza Remix » que la musique s’invente et se réinvente.

TRACKLIST

  • Liar (Mophono Remix) feat Kendra Morris & Dillon Cooper
  • Shikantaza (Senbeï Remix)
  • What You Need (Blanka Remix) feat Vinnie Dewayne, Myke Bogan & Tre Redeau
  • Anvoyé (Clap ! Clap ! Remix)
  • Blah ! (L’entourloop Remix) feat Youthstar, Taiwan MC & Illaman
  • Golden Age (Mophono Remix)
  • Escape (Rhino Remix) feat A state Of Mind
  • Wolf (Chapelier Fou Remix)
  • Anvoyé (Baja Frequencia Remix) feat Cyph4
  • Modern Slave (Matteo Remix)
  • The New Crown (Konitif Remix) feat A-F-R-O, A.S.M & Taiwan MC
  • Maläd (Poirier Remix)
  • Stone Cold (Sly Remix)
  • Warriors (OBF Remix)
  • Liar (La Fine Equipe Remix) feat Kendra Morris & Dillon Cooper
  • Step Back (ProleteR Remix)
  • Blah ! (Numa Crew Remix) feat Youthstar, Taiwan MC & illaman

 

Date de sortie : 09/11/2018