Affiche de Studio 666

Studio 666, Dave Grohl avait envie de slasher…mais c’est Taylor Hawkins qui s’en va

Rock and roll et gros nez rouges The circus is leaving town

Si musicalement, un album des Foo Fighters ressemble étrangement à un album des Foo Fighters (et on aime ça en plus!), il y a parfois quelques dérapages bienvenus. Aucun album des Foo Fighters ne ressemblera plus à un autre album des Foo Fighters. La nouvelle est tombée ce matin, brutale, vers 5h, le Guardian titrait : Taylor Hawkins: Foo Fighters drummer dies aged 50, band announces. Dès lors, comment publier cet article comme si de rien était. L’homme à la longue tignasse blonde et barbe noire tenait les baguettes depuis 25 ans au sein du combo le plus écouté de l’autre côté de l’Atlantique. Oliver Taylor Hawkins est décédé ce 25 mars 2022 alors que le groupe était en tournée en Amérique du sud, quelques heures avant de monter sur la scène du festival Estereo Picnic. Il a été retrouvé inanimé dans sa chambre d’hôtel. La cause de la mort est inconnue.

Le 27 mars : 10 substances distinctes ont été trouvées dans le corps de Taylor Hawkins. Le gonflement excessif du cœur du musicien a surpris les légistes : héroïnes, antidépresseurs, benzodiazepines, marijuana…

À propos de ses combats contre la drogue et une overdose en 2001, il disait dans une interview pour Kerrang l’an dernier :

I’m glad it got knocked on the head at that point. I wouldn’t take anything away that I’ve done or been through either, because it’s all part of the trip and the journey. I’m trying to be as candid as I can be. I go mountain biking now.

Je suis content d’avoir pris un coup sur la tête à ce moment là. Je ne renierai rien de ce que j’ai fait ou vécu, ça fait parti du voyage et du chemin. J’essaie de rester le plus sobre possible. Je fais du VTT maintenant.

Kerrang

Diplômé du conservatoire en percussion classique, après le choc d’un concert de Queen en 1982 qui l’empêche de dormir pendant trois jours, il décide de devenir batteur de rock. Il accompagne d’abord les tournées d’Alanis Morissette. Puis il est présenté à Dave Grohl qui trouvera en lui un alter-ego à la hauteur pour se caler derrière les futs des FF. En effet, la frappe et l’énergie que déploie Hawkins n’est pas sans rappeler celle de l’ex-Nirvana. On les voit régulièrement ensemble, et une longue amitié de 25 ans débute. Il fondera aussi ses groupes, Taylor Hawkins and The Coattails Riders, The Birds Of Satan, plus récemment NHC (Navarro/Chaney/Hawkins) avec deux membres de Jane’s Addiction. Il chantera sur quelques titres de Concrete and Gold, accompagnera Slash sur son album de 2010, ou enregistrera Good Apollo I’m Burning Star IV… de Coheed And Cambria. Son jeu et sa détermination à toujours s’améliorer forcent le respect et impressionnent. Introduit au Rock And Roll Hall Of Fame, il est désormais reconnu comme un des plus grand batteur de sa génération. Il laisse sa femme Alison et leurs trois enfants.

Taylor Hawkins interprète Somebody to love de Queen lors du dernier concert des Foo Fighters, quelques jours avant son décès.

The Foo Fighters family is devastated by the tragic and untimely loss of our beloved Taylor Hawkins,

His musical spirit and infectious laughter will live on with all of us forever.

Our hearts go out to his wife, children and family, and we ask that their privacy be treated with the utmost respect in this unimaginably difficult time.

Foo Fighters, Twitter
Ajouter une légende… me demande WordPress. Pas la peine, elle est sur la photo

The Show Must Go On

Alors est-ce pour cela qu’il ne faut plus rire, écouter de la musique, voir des films, boire un coup, jouer de la musique? Car si il faut en croire les nombreux témoignages qui affluent à l’annonce de cette triste nouvelle, le gars aimait rire. Et dans le combo de Davey, c’est une constante. Il faut se marrer. Donc, mesdames, messieurs, en l’honneur de Taylor Hawkins dont les rythmes ont souvent fait accélérer le notre, de rythme cardiaque, je vous laisse apprécier la chronique sur la savoureuse pitrerie qu’est Studio 666. Que le spectacle continue!

Car oui, on aime rire chez les FF. Comme lorsque Dave Grohl s’était fendu d’un album metal avec uniquement des featuring sous le nom de Probot. Ou, plus récemment, avec cet hommage rigolard aux Bee Gees, Hail Satin des… Dee Gees. Soit, Pat Smear (Guitare), Nate mandell (Basse), Taylor Hawkins (Batterie), Rami Jaffee (Clavier), Chris Shiflett (Guitare) et bien sûr Dave Grohl au chant et à la guitare. Le batteur de Nirvana et collaborateur occasionnel de Josh Homme avec Queens Of The Stone Age ou encore de Killing Joke (batterie sur l’album Killing Joke de 2003) est un farceur et ça se ressent dans les clips, souvent très drôles, du groupe. On les avait également vu se grimer en « rednecks » pour se moquer des bigots qui cherchaient à interdire leur concert à Kansas City le 30 aout 2011 (Rami Jaffee n’est pas encore officiellement membre du groupe). On pouvait donc s’attendre à tout de la part des californiens, surtout qu’ils ne se prennent guère au sérieux.

À la racine du mal! (satan à dégénérer)

Aussi surprenant que cela puisse paraitre, lorsqu’un de ses amis l’appelle pour lui dire qu’un studio de cinéma aimerait beaucoup faire un film d’horreur avec les Foo Fighters, le musicien décline l’offre (« That’s fucking stupid. Why would we ever do that?« ). Et ils s’enferment dans une grande maison californienne pour enregistrer leur dixième album, Medecine At Midnight… Cerise sur le gâteau, Grohl était locataire de cette maison il y a dix ans et, ô hasard, le propriétaire l’appelle pour lui demander s’il serait intéressé pour l’acheter. Si l’achat ne le tente pas, en revanche, pourquoi ne pas utiliser ce lieu un peu isolé pour enregistrer ? Quant au film… Bah… Puis, l’idée fait son chemin et Grohl tisse le fil d’une histoire qui se déroulerait dans cette même maison qui apparait finalement comme un décor parfait pour ce genre cinématographique : un groupe d’amis, un lieu isolé, abandonné, un chanteur possédé qui assassine les autres membres du groupe… Bah voilà, les éléments essentiels sont réunis pour poser les bases d’un tel film. Smear, Hawkins et le reste de la bande trouvent l’idée plutôt amusante. Reste à développer le scenario. Et la musique. Malheureusement, l’album est trop enjoué et lumineux pour servir de bande son à un slasher comme Studio 666 à l’ambition d’être. Le dixième opus des FF est en effet peut-être le plus dansant, le plus enlevé de leur production. Quel genre de musique mieux qu’un metal qui reviendrait aux sources de celui-ci, avec ses ambiances sataniques, son imagerie grand guignolesque et sa cohorte de zombies, diables et autres artefacts de magie noire? On pense bien sûr à Black Sabbath, mais aussi à Pentagram… (Le résultat avec le premier titre de Dream Widow, March Of The Insane, n’est pas sans rappeler aussi les débuts du Black et notamment Venom). Il n’en faut pas plus pour réveiller les penchant les plus diaboliques de Davey. Voilà les FF embarqués dans la conception d’un dixième album dans une maison où un groupe de metal de la fin des années 70 a été entièrement décimé par leur chanteur devenu fou. Fiction ou réalité?

You take Spinal Tap and you turn it into a horror film, you get Studio 666

Dave Grohl for Consequence

Low Expectations

Pour construire le scénario, les auteurs, Jeff Buhler et Rebecca Hughes viennent assister aux séances d’enregistrement du groupe. Ils s’imprègnent ainsi des relations entre les musiciens et de leur personnalité. Puis, ils poussent l’exagération jusqu’au paroxysme, ce qui rend les répliques et le jeu beaucoup plus naturel (bien que Shiflett avouera un peu plus tard avoir pris des cours d’acteur sans prévenir les autres). D’autant plus que le réalisateur va leur donner de larges marges de manœuvre en les encourageant à improviser. Dave Grohl apparait déjà dans de nombreux clips ou films, mais l’expérience d’un long métrage complet où il tiendrait la tête d’affiche est une nouveauté et un défi. Mais c’est aussi ce qui a motivé son choix de se lancer dans le projet.

Dave Grohl en diable dans The Pick Of destiny avec Tenacious D.

Pourtant, lorsqu’ils s’embarquent dans l’aventure, ils ne s’attendent pas à faire un « vrai film ». L’ambition est plutôt de bien s’amuser et de sortir un truc sympa. Mais c’est sans compter sur la volonté du réalisateur, BJ McDonnell. Habitué des slashers de série B (Hatchet III, pas la peine de le voir, je vous rassure), il s’entoure notamment de Tony Gardner au maquillage et effets spéciaux. Ce dernier est une légende dans le domaine du maquillage horrifique (Zombieland, mais aussi Three Kings de Clooney). Il débute sa carrière comme assistant sur Thriller de Michael Jackson et a à son actif une palanquée de classiques de l’horreur. Il connait bien Grohl et les FF, puisqu’il a eu l’occasion de travailler sur des clips du groupe tel que Run.

Il apporte également un élément essentiel dans la vision du film que développe Mc Donell, l’ambiance film d’horreur des 80’s. Et c’est réussi. On pense inévitablement aux classiques de l’époque Evil Dead, The Thing et autres Halloween. On remarque d’ailleurs la présence de John Carpenter au générique, crédité pour la musique.

Pitch et pitch et colegram

Alors voilà, les Foo Fighters doivent enregistrer leur dixième album et louent une maison un peu isolée pour pouvoir créer tranquille. Bon, jusque là, on est dans le vrai. Seulement, le pré-générique du film, qui se passe en 1983, nous a dévoilé comment les membres du groupe Dream Widow qui enregistraient dans cette même maison y avaient été sauvagement décimés et avaient donc laissé leur album inachevé. Là, on est dans la fiction (si, si, même si on est aux USA et en Californie et que tout cela semble crédible dans ce pays). Malheureusement, le leader des FF manque d’inspiration pour écrire ce nouvel opus. Il va opportunément tomber sur les vieilles bandes de Dream Widow et y trouver un nouveau souffle. Mais les drames atroces s’accumulent : Krug (Kerry King), fidèle roadie, est le premier à y passer. À la fin, un seul en réchappera… Suspense!

Autant vous dire qu’on n’est pas devant un chef d’œuvre du genre, mais on se marre franchement, personne ne se prend au sérieux et il y a du rock and roll. Que demander de plus? Ah oui, ça manque un peu de sexe et de drogue, mais bon. Les effets spéciaux et maquillages sont vraiment réussis, les scènes gores fonctionnent (« aahhhh, trop dégueu! »), même si on ne frissonne pas vraiment de terreur, on prend un malin plaisir à essayer de deviner comment vont disparaitre les membres du groupe (mention spéciale à Rami et Taylor!! Cette mort est bien plus drôle que la dernière en date mec!). On a également l’impression d’assister à un film de potes et une familiarité bienvenue s’installe avec les musiciens. Le film s’adresse donc avant tout à ceux qui ont envie de passer du bon temps à ingurgiter des pop corns pour voir les Foo Fighters faire les acteurs et se faire massacrer par tous les moyens.

Dream Widow, l’album maudit/Metal Testament

ironie du sort, Hawkins est parti le jour de la sortie de l’unique album de Dream Widow, le groupe de metal maudit fictif imaginé par Dave Grohl pour Studio 666. Sorti le matin du 25, le huit titre pioche dans une variété de styles qui rend hommage au genre : Thrash, Black, Death, Stoner… Le gars s’amuse et ça s’entend. On croirait d’ailleurs entendre le rire de Grohl derrière un solo exagérément « slayerien » (March Of The Insane) , ou sur une partie de batterie que n’aurait pas renié Brann Dailor (Mastodon) sur The Sweet Abyss. Le metal des seventies est aussi de la partie avec Angel With Severed Wings et son chant possédé qui tient un peu du grand guignol. Clin d’œil à Metallica avec Come All Ye Unfaithfull ou à Black Sabbath sur Becoming et son riff plus que lourd. Le morceau de bravoure instrumental, qui ne dure pas quarante minutes comme dans le film, clôture l’album : Lacrimus Dei Ebrius est le titre qui taraude l’esprit possédé de Grohl pendant tout le slasher. Là encore, du stoner à la Black Sabbath/Sleep, bien lourd et l’arrivée d’un riff très seventies qui lance la machine après deux minutes et d’un blast très Death qui ponctue différentes parties. Grohl n’est pas avare de double pédale et sait s’en servir. La palette de jeu du batteur impressionne. Grand fan de Rush, on sent peut-être ici encore plus l’influence que Neil Peart a pu avoir sur Grohl (comme sur Hawkins). Tout comme Hail Satin des Dee Gees, un album qui s’écoute le sourire aux lèvres. Espérons qu’en dépit du drame qui vient de survenir, les Foo Fighters auront toujours envie de se marrer et de nous faire plaisir.

Quand Dave Grohl fait du Black Metal old school, ça donne ça! Et c’est bon!

Studio 666 est disponible sur de nombreuses plateformes (sous d’autres formats moins légaux aussi, mais je n’ai rien dit) :

https://www.studio666movie.com/

Dream Widow

https://deezer.page.link/irYHLX3stKwekkX66

…et autres plateformes.

https://www.foofighters.com/news/dream-widow-self-titled-ep-out-now/

In Memoriam : Oliver Taylor Hawkins, 17 février 1972-25 mars 2022

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