Squid

Squid: Bright Green Field, premier album expérimental brillant!

Squid sort, enfin, son premier album, Bright Green Fied, ce 7 Mai chez Warp Records. Il est produit par l’inévitable Dan Carey. Weirdsound avait eu le plaisir d’interviewer le groupe lors de son passage au Festival Soy, à Nantes, en 2019. Je n’avais déjà alors pas hésité à titrer Squid, révélation musicale 2019. Squid espérait alors que leur 1er album verrait le jour au deuxième semestre 2020. La Covid, comme pour beaucoup de groupes, a bouleversé ce calendrier. Tous les fans comme moi étaient impatients ; le résultat est brillant et confirme tous les espoirs mis dans le groupe à l’aune des singles et E.P précédents.

Squid, un des groupes atypiques dénichés par Dan Carey.

Squid Ollie Laurie & Anton Nantes 2019
Squid Ollie Laurie & Anton Nantes 2019

Nous n’allons pas reprendre tout ce qui a pu déjà être évoqué lors de notre première interview. Celle ci était quasiment leur première en France. Avant même leur concert de Nantes, dans le cadre du Festival Soy, j’avais été conquis par Squid. Un quintet de jeunes musiciens talentueux, venu de Brighton et qui avait été repéré par Dan Carey. Celui ci, avec son label Speedy Wunderground, est un véritable défricheur de talents depuis 2013.

En effet, Squid n’échappe pas à la règle des groupes atypiques dénichés par le trio à la tête du label. Cela n’empêche pas aussi Dan Carey d’être producteur d’autres artistes comme Franz Ferdinand, Bat For Lashes, Kate Temest ou Fontaines D.C. C’est dans son studio de Londres qu’il enregistre les groupes souvent repérés au mythique Windmill de Brixton. De nombreux brillants singles ont ainsi vu le jour depuis 2013 et le 7 » réunissant Steve Masson et Emiliana Torrini.

Des artistes atypiques et souvent très talentueux ont ainsi pu émerger. De Black Country New Road à Warmduscher en passant par Tiña, PVA ou Scotti Brains. Je n’oublie pas non plus Black Midi vu et apprécié deux fois en 2019 et dont Squid est proche. Malheureusement pour le label Speedy Wunderground, les groupes qui font le buzz sont vite courtisés par d’autres labels. Leur premier album échappe donc à Speedy Wunderground. Cependant Dan Carey se retrouve aux manettes derrière l’album de Squid.

Squid, la poursuite d’un esprit d’expérimentation.

Laurie Nankivell, bassiste et trompettiste, nous confiait en 2019 : « Nous sommes un groupe avec , sur le plan individuel, beaucoup d’influences musicales différentes » (De Talk Talk à Neu! en passant par Steve Reich, Hawkwind, Beak, ndlr). Puis il ajoutait : « Notre truc c’est d’expérimenter et de nous amuser« . J’évoquais ainsi, en 2019, cet « esprit d’expérimentation ». Il reste très présent sur ce premier album. Les deux premiers titres illustrent d’ailleurs rapidement mon propos.

L’album ne repose que sur des titres nouveaux. Aucun de ceux parus précédemment en single ou sur leur E.P Town Centre dont le fantastique Cleaner n’est repris. L’album regorge d’enregistrements originaux dans tous les sens du terme. On trouve ainsi des enregistrements de cloches d’église, des bourdonnements d’abeilles ou un chœur déformé de 30 voix. On sait que Squid aime les cuivres, Laurie jouant brillamment de la trompette. Sur l’album Bright Green Field figure ainsi Emma Jean Tackray, jeune trompettiste de jazz dont on parle beaucoup ! On trouve aussi Lewis Evans, le saxophoniste de Black Country New Road au premier album prometteur.

Un album entre imaginaire et influences diverses.

« Cet album a créé un paysage urbain imaginaire » dit Ollie Judge, chanteur batteur et principal parolier. « Les morceaux racontent les lieux, les évènements et l’architecture qui peuplent ces paysages. Nos projets précédents étaient enjoués et s’attachaient aux personnages. Ce projet est plus sombre et plus préoccupé par le lieu. La profondeur émotionnelle de la musique s’est accrue ». L’album, comme la musique de Squid en général, est le reflet du monde dans lequel nous vivons : tumultueux, agité, fait de paradoxes et de contrastes fascinant le groupe.

Les lectures d’Ollie Judge influencent aussi les thèmes rencontrés dans l’album. Celui ci évoque la lecture du « point de vue de Douglas Coupland selon lequel nous vivons dans l’extrême présent » mais aussi les écrits de Mark Fisher. Douglas Coupeland est un écrivain canadien notamment auteur de Generation X. Mark Fisher était un écrivain, philosophe et critique musical anglais. L’un de ses trois essais , Le réalisme capitaliste : n’y a t-il pas d’alternative?, a été traduit en français en 2018, un an après sa mort. « Ces lectures m’ont fait prendre conscience que nous vivons dans un paysage dystopique et futuriste depuis un bon bout de temps » ajoute Ollie Judge.

Des titres proposant de réfléchir

Les thèmes abordés n’en font pas pour autant un album qui nous fait tomber dans la dépression ! Narrator est le premier extrait de l’album que nous avions présenté il y a quelques mois. La chanson décrit un homme qui n’arrive plus à distinguer mémoire, rêve et réalité. On y retrouve Martha Skye Murphy, croisée sur l’album de Nick Cave en 2012. Elle a pensé que c’était une bonne idée de jouer « ce rôle de la femme voulant se libérer de l’histoire dominante que l’homme a établie« .

Le titre Paddling fut dévoilé il y a 6 semaines. Il évoque le choc du passage à un monde adulte lorsque les amis se tournent soudainement vers leur carrière future. Le groupe nous éclaire: « Paddling est une chanson sur la dichotomie entre les plaisirs simples et le consumérisme décadent« . Pamphlets avait été le dernier superbe titre joué à Nantes en 2019. Ollie Judge en parle: « C’est une chanson à propos de toute cette propagande d’extrême droite qu’on se prend à longueur de temps. On imagine une personne qui n’a que ça comme source d’information et qui est prise d’assaut par ces pamphlets« .

Un album mélange de Rock post Punk au parfum expérimental jazzy.

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Dans ce live de Mai 2020, vous pourrez voir Dan Carey et son superbe T-Shirt de Warmduscher, à la guitare pour accompagner Squid.

Les 10 titres qui suivent l’introduction instrumentale sont tous brillants et reflètent bien l’originalité et l’identité de Squid. Un subtil mélange de Rock Post Punk, d’expérimentation et de free Jazz. On a l’impression de croiser The Talking Heads, Shame, Black Midi, Steve Reich tout en ajoutant les cuivres ! Le titre Narrator illustre bien cela. Un long final bruitiste et délirant avec cuivres free jazzy.

Boys Racers démarre de façon instrumentale et l’ombre des Talking Heads est encore présente. Après une première partie tonitruante, on retrouve une rupture de rythmes caractéristique de Squid. L’atmosphère étrange est la fois anxiogène et paradoxalement lumineuse. Paddling débute de façon apaisée comme pour nous permettre de souffler ; C’est la deuxième partie du titre qui propose une accélération. Batterie et basse, toujours efficace, martèlent alors le rythme. Encore un titre brillant.

Documentary Filmaker nous fait voyager en musique. Nouvelles ruptures de rythme et parfum jazzy délicieux ! Avec 2010, on renoue avec un certain délire musical ; Les voix et instruments s’enchevêtrent harmonieusement cependant au delà des premières impressions dissonantes. Après The Flyover, interlude instrumental cuivré, Peel St reflète, une nouvelle fois, la dimension expérimentale musicale du groupe.

Global Groove nous embarque dans un final surprenant que je vous laisse découvrir…. Après un début martelé et pesant où la voix d’Ollie Judge est accompagnée d’écho et par la trompette magique de Laurie. Pamphlets, le titre le plus long, clôture l’album de façon superbe. C’est un titre que j’adorais déjà en Live. Brillantissime sur le plan musical ! Tous les instruments sont joués de façon sublime et la voix d’Ollie Judge nous emmène, une dernière fois, dans un Post Punk énergique écrasant la concurrence !

Epilogue: un album fruit d’un collectif talentueux!

Squid album Bright Green Field édition couleur limitée
Squid album Bright Green Field édition couleur limitée

Avec Bright Green Field, Squid a placé la barre très haut ! Si le titre de l’album, un peu bucolique, est volontairement trompeur, l’album est brillant sur le plan musical. L’alchimie des différents styles fonctionne à merveille. L’énergie est surtout omniprésente à l’image du final de Pamphlets. Les ruptures de rythmes sont judicieuses et toujours efficaces. Squid est maintenant plus qu’une révélation musicale. Cet album est aussi la confirmation d’un travail collectif qui porte ses fruits.

Attention! Squid fera une tournée européenne avec une seule date en France. Samedi 9 Octobre 2021 au Trabendo.

Ci dessous en live en mai 2020. Track list: GSK / Sludge/ Documentary Film maker/ Clapping Music/ The Cleaner

https://brightgreenfield.squidband.uk/

Ziggy

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