Sea Power Everything Was Forever

Sea Power: bain de jouvence de Everything was Forever

Le groupe anglais BRITISH SEA POWER baisse pavillon, pour sortir, 5 ans après Let The Dancers Inherit The Party, son nouvel album. Sous le seul nom de SEA POWER, Everything Was Forever, paraîtra le 18/02/2022. Il sortira sur leur propre label Golden Chariot, et sera distribué, comme à l’habitude, par Rough Trade.

Je ne cacherai pas mon impatience devant cette sortie attendue d’un groupe aussi excentrique que discret. Ainsi, on peut rappeler tout de même ses admirateurs historiques de premier ordre : Lou Reed ou David Bowie…

Sea Power, la fin d’un psychodrame?

SEA POWER publie son nouvel album Everything Was Forever. Le groupe rock anglais prend ses marques face au psychodrame du Brexit et de la pandémie. SEA POWER cite même, in extenso, le titre d’un ouvrage sur la fin du socialisme soviétique Everything Was Forever, Until It Was, de Alexei Yurchak, dans l’un des titres de l’album. L’époque est préoccupante, parfois angoissante. Par réaction, comptons donc sur eux pour nous livrer une musique plus lumineuse que jamais. On en a besoin, on en a envie!

Rapide retour en arrière, en l’an 2000. Les frères HAMILTON, soit Scott – alias Yan, à la guitare et au chant, et Neil à la basse, quittent le Cumbria (un comté rural, frontalier avec l’Ecosse). Ils font étape à Reading, où ils recrutent Martin NOBLE, clavier puis guitariste du groupe. Ils se posent à Brighton, sous la forme définitive de sextuor : cinq garçons plus la gracieuse Abigail Fry, au violon.

Une discographie en forme de kaleidoscope

2003 voit la sortie de leur premier album. Le nom (et la pochette !) sont aussi référencés que pompeux The Decline Of British Sea Power. Celui-ci reprend des titres de leurs deux premiers singles de 2001. Il décline tour à tour choeur liturgique, morceaux punk, rock, glam et pop. N’en jetez plus !

C’est là toute l’originalité de SEA POWER : une musique érudite, tant dans les textes que dans ses multiples influences. Joy Division fut cité à leur début. On pense également à Echo and The Bunnymen et bien plus encore. Le groupe aligne dès lors une discographie incluant plusieurs BO de film, la musique d’un jeu vidéo et des remixes, piochés dans leur petite dizaine d’albums originaux.

Rajoutons au passage l’exaltation que l’on retrouve dans des concerts débridés. Décor, déguisements et cabrioles font partie des habitudes. Bref, deux membres du groupe apprendront à leur dépens que le saut dans la foule n’est pas sans risque. Avant cela, leur prestation live avait déjà tapé dans l’oeil de Geoff Travis, fondateur de Rough Trade, qui les signa en 2001. Le répertoire est bien sûr au diapason. Varié, il intègre nombre d’hymnes, dont ce Waving Flag, sur l’album de 2007, Do You Like Rock Music ?

Toujours concerné, (BRITISH) SEA POWER traite ici favorablement le sujet des migrations. L’album est alors enregistré en République Tchèque et obtient une nomination pour le Mercury Prize. Retour sur le même terrain, dix ans plus tard. Le groupe conspuera copieusement le futur brexit, dans l’imagé Let The Dancers Inherit The Party.

Dès lors, l’abandon de toute connotation nationaliste était une évidence. SEA POWER franchit le pas, à l’été 2021, par un simple communiqué, assorti d’un refus poli d’interviews aux médias.

Everything Was Forever en 3 titres

Ce nouvel album comprend 10 titres, dans l’édition normale, et 2 de plus, dans l’édition collector double LP. Il s’achève, dans l’une ou l’autre formule, par le titre We Only Want To Make You Happy, une profession de foi bienvenue, par un groupe plus inspiré que jamais. La preuve, en trois titres clés.

-L’hymne pop: tout d’abord, place au titre qui claque ! SEA POWER nous offre avec Two Fingers, un hymne épique, en partie inspiré par le père de la fratrie Wilkinson. En effet, celui-ci avait pour habitude de porter un toast aux personnes de son entourage ou du petit écran, à l’aide de deux doigts. Ainsi, Two Fingers se veut un hommage au monde, passé et présent, réel ou fictif – du mur de TV du clip, aux monstres évoqués dans les paroles, Cthulu (une découverte) et le Leviathan. Le morceau nous offre un refrain pop entêtant, servi par des guitares rock qui s’effacent au final, devant cordes et cuivres élégiaques. Soit l’art du contraste, dans une époque un brin tourmentée.

– La touche synthwave: comment ne pas penser aux Pet Shop Boys puis à New Order, en écoutant les premières mesures de Folly ? On retrouve le tout mitonné façon SEA POWER, à renfort de choeurs maison. C’est une de leur marque de fabrique, dans une construction qui nous évite toute dérive de musique de stade. Et c’est tant mieux !

Martin Noble, l’un des guitaristes, classe Folly parmi les hymnes apocalyptiques chantés par le groupe. Face aux embuches et catastrophes en tout genre (les Anglais, bien sûr, sont servis), la meilleure réponse est une musique qui respire la vie « (some) good stuff underspinning the donut vibes ». Yan Wilkinson en appelle même à l’enthousiasme fantastique de malheur et de frivolité qui nourrit le monde, dans une interview à Undertheradarmag.

-L’excursion dream pop: Le Lakeland est la région préservée et vallonnée où vit désormais Woody, le batteur du groupe. Lakeland Echo est une nouvelle version chantée de La Revacholière, instrumental composé pour la bande son du jeu vidéo Disco Elysium (2020).

Chant éthéré, guitares cristallines, Lakeland Echo est un morceau atmosphérique, aux textures très soignées, que ne renierait aucun fan de Beach House. De plus l’adage selon lequel on n’est jamais mieux servi que par soi-même, prend ici tout son sens. Les paroles affichent d’entrée le programme : Turn the tape on, That’s a grand track, That’s a good one. Le titre s’emballera par la suite, montrant la capacité du groupe à multiplier les possibles.

Si vous m’avez suivi jusque-là, aucun doute que vous en êtes convaincu! Ce Everything Was Forever contiendra quantité d’autres bonnes surprises.

Un peu de rab…

Les espaces naturels, les déguisements improbables, l’ours mascotte. Les branches et faux oiseaux sur scène, les spectateurs et leur arbuste préféré, le Krankenhaus Festival. Autant d’invitations à prendre plaisir dans l’univers de SEA POWER, architecte en chef de ce Machineries of Joy (de l’album éponyme, paru en 2013). Clap de fin. Pour cette fois seulement.

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