Irène Drésel - Scopitone 2022 - credit photo BG

Scopitone 2022 : valeurs sûres et découvertes!

Photo en une : Irène Drésel le 16 septembre 2022 à Scopitone

Quel plaisir de revenir à Scopitone après une trop longue interruption liée aux différentes vagues de Covid! Vendredi 16 septembre dernier, une partie de l’équipe était présente dès l’ouverture des portes du Stereolux pour l’édition 2022 de ce rendez vous incontournable pour les fans de musique électronique. Au programme un nom bien connu en tête d’affiche en la personne de Daniel Avery, le side project de Lias Saoudi nommé Decius, et des artistes prometteurs que nous venions découvrir : Irène Drésel, Atoem, Paloma Colombe…Il faudra faire des choix difficiles durant la nuit! sans tarder, le compte rendu de cette belle soirée nantaise!

Préchauffe de Scopitone

Après un burger frites rue Joffre pour nous remplir la panse et un café pour nous faire tenir une bonne partie de la nuit, Father Ubu et moi-même entrons dans l’antre du Stereolux. Objectif : en découdre avec un excellent panel d’artistes électro déniché par les équipes programmation de la salle de musiques actuelles nantaise. Scopitone version 2022 a démarré la veille, mais les fameuses nuits du festival nantais ne commencent que dans la nuit du vendredi 16 septembre. Petite découverte des lieux, une partie des NEFS (où notre fameux éléphant nantais a l’habitude de paître et d’arroser les touristes en recherche de sensations – peu – fortes) a été réquisitionnée par l’organisation pour faire office de zone de merchandising et de ravitaillement. Nous en profitons aussi pour nous familiariser avec le planning précis de la soirée et les bascules régulières à prévoir entre les 2 salles du Stereolux.

Découverte du planning de programmation !

Ouverture du bal par Sébastien Guérive

Passage obligatoire par l’une des tavernes pour ne pas faire face à une déshydratation, nous nous dirigeons enfin vers la salle maxi pour rejoindre Sébastien Guérive. Le public n’est pas encore présent en nombre pour le premier artiste, local de l’étape, qui nous distille une musique d’initié à la fois sombre et puissante.

Le compositeur Français crée un univers hypnotique alliant sons et lumières.

Sébastien Guérive - Scopitone @johnocube
Ouverture de bal par Sébastien Guérive en scène Maxi – Scopitone 2022 – @JohnOcube

Côté conduit auditif, on retrouve une ambiance similaire à certains morceaux de Jon Hopkins (passant en simultané à la salle Pleyel à Paris ce 16 septembre). Les instruments classiques (piano, violon) sont le « socle » musical sur lequel viennent se positionner des beats darks et la volupté de l’ambiant. Cette base musicale semble assez cohérente compte tenu du passé violoncelliste de Sébastien Guérive.

Côté mirettes, un effort important a également été fait. Des cylindres sont disposés sur la scène, sur lesquels sont projetées des vidéos minimales en noir et blanc représentant végétaux, minéraux et animaux. L’ambiance est appréciable, atmosphérique et à la fois dérangeante. Le set se poursuit avec la même intensité, mais nous ne restons malheureusement pas, profitant d’un titre qui nous emballe un peu moins pour rejoindre à 23h la scène Micro et le live d’ATOEM (que j’attends avec impatience).

ATOEM, deux moustachus et un gros uppercut musical

1er constat… c’est blindé. Les vigiles de Scopitone nous font attendre quelques minutes devant la salle Micro…  ATOEM aurait peut-être mérité la salle Maxi. Nous prenons notre mal en patience (3/4 minutes, ça va, aucun drame).

Father Ubu souhaitant rejoindre Decius à 23h30, il reste un peu à l’arrière de la salle tandis que je me faufile au premier rang pour un set d’une heure qui passe à une vitesse incroyable.

Le coup de foudre est automatique. J’ai l’impression de ressentir le qualitatif des lives (et des créations) du projet DARKSIDE, fabuleux duo composé de Nicolas Jaar et Dave Harrington. On retrouve la puissance des claviers, l’introduction de riff de guitare et des mélodies accrocheuses (mais surtout extrêmement dansantes). Le public chavire entre danse et transe électro. Les Rennais Gabriel Renault et Antoine Talon font donc mouche en prouvant leur expérience de la scène.

ATOEM - Scopitone 2022 2 @johnocube
Guitare + Electro = Bonne soirée (ATOEM – Scopitone 2022 @johnocube)
L’impact du matériel analogique

Visuellement, je pense également aux similitudes avec Simian Mobile Disco, par l’utilisation de matériel analogique, vocoder et autres bizarreries électroniques. C’est un réel plaisir de ressentir l’effet « live », parfois un peu oublié par les artistes électro restant derrière leur logiciel Ableton. Ce n’est que mon humble avis et cette prise de position ne remet en aucun cas en cause les excellentes capacités créatives des artistes électro.

Leur différents EP sont mis à l’honneur mais je ne reconnais pas facilement les morceaux de Voltage Controlled Time, que j’apprécie particulièrement notamment pour le titre Aura. Aucune importance, les titres s’enchainent, la foule se soulève et moi aussi.

ATOEM - Scopitone 2022 1 @johnocube
Stroboscope et rythme de ouf des Rennais d’ATOEM – Scopitone 2022 @johnocube

Déjà 23h52, ATOEM vient nous saluer et repart illico pour un dernier titre concluant ce magnifique set. Aucun doute, on vient de passer un niveau qui sera difficilement atteignable ce soir (enfin si, mais on en reparle un peu après).

Decius : Ave Imperator!

Decius était sans conteste la curiosité musicale de cette soirée ! Ah..Decius, c’est un drôle de mélange. Prenez l’incomparable Lias Saoudi (Fat White Family / The Moonlandingz), donnez-lui un micro, puis ajoutez une moitié de Paranoid London (en la personne de Quinn Whalley). On y adjoint, pour le goût acide, deux comparses de plus, en l’occurrence les frangins Luke et Liam May de Trashmouth Records. L’union des quatre amis donne naissance à une techno house très marquée Acid, incontestablement anglaise.

Le décor est minimaliste, un tréteau avec des consoles et le logo du groupe, en forme de couronne de lauriers, affiché en arrière plan. Le nom « Decius » faisant référence à un empereur romain passablement méconnu.

Quinn, Luke et Liam viennent se mettre en rang derrière leurs consoles, puis Lias Saoudi arrive pour occuper le devant la scène et s’emparer du micro. Ce soir, il ressemble à un clone déglingué de Freddy Mercury (la moustache qu’il arbore y est sans doute pour quelque chose) vêtu de simili cuir, d’un débardeur et d’un collier SM du plus bel effet. Il prend la pose pendant quelques instants, en toisant le public de la salle Maxi (auditoire un tantinet dissipé et clairsemé en ce début de soirée).

Comment retranscrire la suite? On retrouve assurément l’influence et la patte de Paranoid London, une acid house dansante et efficace. Petit pas de côté, on vous invite sincèrement à découvrir l’univers de ce duo si vous ne le connaissez pas déjà!

La voix de Lias Saoudi vient se coupler à l’ensemble d’une manière convaincante, dans une performance qui l’écarte singulièrement de ce qu’il propose avec Fat White Family. Cela ne fera sans doute pas l’unanimité (pas plus que ne le  faisait le projet The Moonlandingz en son temps), mais c’est intéressant de voir ce chanteur iconique du post-punk anglais oser s’aventurer en terres électroniques. Lias Saoudi est un électron libre, il ne fait que le confirmer. 

Durant l’heure que va durer la performance, c’est un peu les montagnes russes émotionnelles, personnellement j’ai adoré les vingt premières minutes (notamment Look Like A man dont le clip est visible ci dessus), je suis bien rentré dans ces rythmes syncopés et le public aussi d’ailleurs. Le milieu est un peu plus mou (pour ne pas utiliser l’expression un ventre mou) avant de nous offrir un bon finish sur des samples qui, pour certains, me rappellent furieusement la BO du film Midnight Express.

Le premier véritable album de Decius sortira le 04 novembre prochain, déjà disponible en précommande sur Bandcamp!

Petit flottement en milieu de soirée.

Le live de Decius est d’excellente qualité, je décide toutefois de jeter un œil en salle Micro où se représente Kass Kass River. C’est malheureusement diamétralement opposé à mes écoutes électro. Trop hip-hop, RnB pour moi. Je n’adhère pas, file donc retrouver Father Ubu et ne décroche pas du 1er rang avant la fin du set du leader de Fat White Family.

Aucune envie de retourner en Micro, nous oscillons donc entre le DJ Set en B2B de Aidra & Tina Tornade, réquisitionnant le hall du Stereolux durant toute la soirée, et l’attente en salle Maxi de Paloma Colombe prévue à 0h40.

Paloma Colombe : Dynamisme, Drum & Bass 

Nous arrivons aux mêmes conclusions avec Father Ubu, Paloma Colombe alterne de l’électro sanglante et des BPM foudroyants, avec du drum & bass assez plaisant. Le public s’enflamme assez vite sur le set dynamique et désinvolte de la Franco-Algérienne.

Il m’est assez difficile de trouver une ligne directrice au concert de Paloma Colombe, quelques incursions Hip-hop, suivies de moments époustouflants et d’autres qui s’orientent vers des tonalités ultra-dansantes qui font le bonheur du public, plus énergiques. Je m’y perds un peu, mais rien de bien grave, l’ensemble est très cohérent, nous fait bouger le corps et nous emporte doucement vers 2h du matin au milieu de festivaliers galvanisés par cette électricité générale.

Un set endiablé de Paloma Colombe à Paris l’an dernier

Irène Dresel, la reine incontestée de la soirée

Father Ubu et moi-même attendions avec impatience la venue d’Irène Dresel. Une écoute assez limitée au cours de la semaine précédente mais nous avions pressenti un concert de qualité…

Et effectivement, l’entrée d’Irène et du percussionniste Sizo del Givry nous plonge dans le grand bain d’un monde électronique house, pêchu et véritablement dansant. Le public entre directement en transe (et Weirdsound aussi, vous vous dites bien) dès les premiers beats et rythmes caractéristiques de cet univers déluré et maîtrisé.

Quel pied… oh mais quel pied… on perd le contrôle, on saute, on danse, le sourire monte jusqu’aux tréfonds de l’oreille interne sous les merveilleux titres de cette muse accompagnée de son acolyte.

Car l’effort du duo n’est pas uniquement musical et électronique, il l’est également sur la mise en scène : univers floral, lumières chaleureuses, le moindre détail nous engouffre dans un orgasme électronique. Face à ces prêtresses de l’île du plaisir, on se perd dans le nectar et l’ambroisie des fabuleuses créations des albums Hyper Cristal (2019) et Kinky Dogma (2021) (mais pas que…).

Des albums et des singles addictifs

Les mots ne sont pas assez forts (et pourtant, on utilise les superlatifs), mais on a vraiment ressenti une vibration dans tout le public sur ce set électronique engrangeant plaisir et lâcher-prise.  Pour ma part, vous l’avez compris, ce fut un véritable coup de cœur… Dix jours que j’écoute en boucle l’ensemble des albums d’Irène Dresel,avec une nouvelle syncope à chaque écoute de Vestale ou des notes de piano quasi-non accordé de Kinky. Surtout, j’essaie de créer un effet tache d’huile dans mon entourage (pour l’instant, 100% de mes contacts adhèrent !)

Vestale un des excellents titres d’Irène Dresel

J’ajouterais une information : en plus d’être super talentueuse… Il s’avère qu’Irène Dresel est ultra sympa… Ça devient honteux d’avoir toutes ses qualités. Post-concert, au merchandising, elle a pris le temps d’échanger avec tous les auditeurs survoltés par le live d’une heure.

Vous l’avez compris… c’est écrit dans le titre de la partie… Irène était bien le phénomène, le coup de cœur, que dis-je… la reine de la soirée : 10 000 fois merci.

Irène Dresel - Scopitone 2022 @johnocube
Power Flower by Irène Dresel – Scopitone 2022 @johnocubeP

Daniel Avery, l’expérience anglo-saxonne

Départ de Father Ubu, c’est donc en solo que je me redirige vers la salle maxi.

Oublié l’ambiant qui a créé toute sa notoriété, Daniel Avery va dans le dur dès le début avec des beats lourds, puissants et épileptiques. On oublie rapidement la house voluptueuse d’Irène Dresel, imaginez-vous plutôt un son métallique et abrupt dans une usine désaffectée, froide et humide.

Daniel Avery - Scopitone 2022 1 @johnocube
La virtuosité de Daniel Avery – Scopitone 2022 @johnocube

J’ai eu l’occasion de me laisser porter par les performances live de Daniel Avery à quelques reprises ces dernières années… dont en juin dernier au Primavera Sound 2022 à Barcelone. Le britannique avait alors revisité ses plus belles créations (notamment celle du fabuleux album (et titre) Drone Logic). Moins de douceur donc en clôture de cette première soirée de Scopitone, l’ambiance ressemble plus aux martellements intransigeants de Paula Temple au Dark Festival à Paris en mars 2022… et je ne boude en aucun cas mon plaisir.

Une heure et demie d’enchainement parfait qui prouve encore la qualité et le professionnalisme de la tête d’affiche annoncée de la soirée. On ne veut pas que cela s’arrête, on profite, on ferme les yeux, on se laisse porter, les minutes passent bien trop vite…

Daniel Avery - Scopitone 2022 2 @johnocube
et oui… c’est bien une Cristaline (Daniel Avery – Scopitone 2022 @johnocube)

Arfff… Il est 4h45, Daniel Avery quitte son pupitre, un dernier signe de main. Le public est encore tout effervescent, demande un retour… Mais le gong a sonné et il faut malheureusement rentrer dans nos pénates.

A très vite Scopitone, on a hâte !

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