Rencontre avec Cabbage : Le rock anglais va bien, rassurez vous!

Les garçons de Cabbage : une valeur montante du post punk anglais! Les garçons de Cabbage : une valeur montante du post punk anglais!

Pour ceux d’entre vous qui suivent régulièrement le site (et vous êtes de plus en plus nombreux, merci les ami(e)s!), vous connaissez mon attachement pour le groupe Cabbage! Outre ma chronique de leur dernier album en date, Nihilistic Glamour Shots, je pense qu’il s’agit d’un groupe parmi les plus prometteurs du moment. Cela faisait longtemps qu’un groupe de rock  ne m’avait pas mis une telle claque, et bon sang, ça fait du bien! J’assume pleinement ce côté sado-maso!

Cassant tous les clichés, et jouant un rock rempli d’une énergie vitale et viscérale, ils reviennent aux sources du punk rock, sans pour autant être des pastiches de leurs ainés. Le Printemps de Bourges 2018 a été l’occasion de rencontrer Joe Martin et Lee Broadbent, les deux chanteurs du groupe, je vous laisse découvrir la suite ci dessous!

Weirdsound : Salut les gars ! Ça fait plaisir de vous revoir en France, contents d’être là ? Vous pensez que le public français va être à la hauteur ce soir ?

Joe : Oui bien sûr ! Nous sommes déjà venus en France l’année dernière pour Rock En Seine, c’est toujours sympa d’être en France. J’ai l’impression que les Français sont plus intéressés par ce genre de musique que les Anglais. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’en Angleterre il y a un désintéressement pour cette musique, mais, en tout cas, les français sont plus réceptifs au style garage , voir au post-punk en général.

Weirdsound : Monsieur est flatteur ! Venant d’un « camarade » de Manchester, c’est un super compliment aux Français.

Joe : Non vraiment !  Je dis ça par rapport à mes expériences et ma perception des choses depuis toujours. Vous avez un bon public ici.

Weirdsound : Il y a donc encore un espoir en France !

Joe : Oui, oui surement ! (Rires)

Weirdsound : Bon, soyons sérieux, Vous enchainez les dates, pas trop fatigués quand même ?

Joe : Je suis fatigué physiquement mais pas mentalement. Ce sont deux fatigues très différentes. Quand tu es épuisé mentalement, il n’y a plus beaucoup d’espoir, que ça soit pour ta personne ou toute forme d’art que tu veux produire. La fatigue physique, elle,  elle se dissipe.

Weirdsound : la solution miracle c’est la bière ? (Tous autant que nous sommes dans la pièce, nous avons une bière devant nous)

Joe : Il y a la bière et aussi d’autres substances (rires)…Ou même une bonne conversation comme on a maintenant !

Notre discussion avec Joe stoppe quelques instants, Lee Broadbent vient de faire son arrivée. Après les présentations d’usages, l’interview reprend, cette fois ci avec les deux « voix » de Cabbage !

Weirdsound : Votre album Nihilistic Glamour Shot est sorti il y a peu, et pour ce que nous en savons les retours sont plutôt bons, C’est quelque chose que vous suivez ou vous vous en foutez ?

Joe : Nous ne prenons pas vraiment cela en considération parce que parfois des gens disent de bonnes choses sur ton album, mais toi tu considères que pas vraiment, ou l’inverse. Ils essaient de trouver des rapprochements avec des morceaux ou d’autres groupes que tu ne connais pas ou avec qui tu n’as jamais eu de connexion…

Lee : Oui tu as ce genre de choses et parfois de mauvais commentaires. Du coup, je dirai que tout le monde devrait prendre des « pincettes » avec les articles parce que c’est la vision du journaliste. Je préfère que quelqu’un parle des émotions qu’il a ressenti quand il a écouté nos morceaux, que ça soit en bien ou en mal d’ailleurs, ça c’est spécial. Toutefois, il s’agit ici des bonnes pratiques de journalismes qui, paradoxalement, se font rares.

Weirdsound : grosse pression pour nous du coup ! (Rires) Si on écarte les réactions ou les articles dans la presse, quel est votre sentiment personnel concernant Nihilistic Glamour Shots ?

Joe : Difficile de te répondre ! Je pense que nous sortirons jamais rien qui ne vaut pas un 9 sur 10. Dire que nous pourrons faire un 10 sur 10 serait prétentieux. Mais, on acceptera pas de sortir un album qui ne mérite pas un 9/10.

Lee : En tous cas, tu as toujours l’impression qu’il y a encore du chemin à faire, ou bien que tu puisses encore mieux faire. Ça nous donne la motivation de continuer à nous améliorer.

Joe : Tu sais, ça fait deux ans et demi qu’on enregistre et que nous produisions un paquet de chansons. L’album que nous avons produit, il représente un instant précis de nos vies. Avec recul tu peux toujours te dire qu’il fallait faire tel ou tel chose… Mais en tout cas, grâce à lui, on pourra toujours revivre ce que l’on a ressenti à cette époque précise. Ça nous fera un joli souvenir…

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Je peux vous dire que j’aime ces mecs! – Printemps de Bourges 2018

Weirdsound : J’aimerai revenir sur la photographie de l’album, comment vous en est venue l’idée ? Elle me fait penser à une image du clip de Joy Division pour le morceau Atmosphere…L’image dénote un peu avec les chansons de l’album qui sont résolument corrosives et engagées contre le système actuel !

Joe : Je me rappelle les images du clip pour Atmosphere, il y a effectivement un peu de ça…

Lee : Nous voulions créer une image bien sombre et ésotérique sans aucune signification explicite. Cette image quand on la regarde, elle pousse chacun à l’interpréter à sa manière.

L’image a été prise chez nous, dans notre patelin, la croix d’ailleurs est au fond du jardin de Eoghan et les silhouettes en arrière-plan c’est nous. Bien entendu, nous avons retourné la croix pour donner cet esprit occulte. Nous sommes un peu tous influencé par les sciences occultes, pas mal de morceaux de l’album reflètent ça…

Weirdsound : De manière explicite sur un titre comme Perturabo ?

Joe : Oui exactement !

Weirdsound : Mais pourquoi il y à cette croix au fond du jardin d’Eoghan ? Désolé on est du genre curieux…

Lee : je pense qu’il y a un lien entre la croix et un ancien phare construit à l’époque de « l’invincible armada » espagnole. Quand ils étaient en pleine conquête du nord de l’Angleterre, il y avait trois phares de construit au nord-ouest, dont un dans notre ville, Ils faisaient figures de tours de garde et quand il y avait un danger, les phares étaient allumés pour prévenir les gens de la guerre imminente.

Weirdsound : une tour de guet en sorte ?

Lee : Exactement, il y a une petite description sur la croix, que je n’ai jamais pris la peine de lire…

Weirdsound : Tu pourras le faire quand vous rentrerez !

Lee : Oui, je n’y manquerai pas. (rires)

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De jeunes anglais bien décidés à en découdre! – Printemps de Bourges 2018

Weirdsound : Et le titre en lui-même ? Quand je vous écoute, je n’ai pas l’impression d’entendre des nihilistes, plutôt cinq mecs tentant d’exprimer un ras le bol général…Seriez-vous des punks tout compte fait ? Comment vous vous définiriez vous ?

Joe : Ah non, on n’est pas nihilistes ! En fait on ne se revendique de rien ! (rires)

Lee : Il est certain que la philosophie du « Do it Yourself » est originaire du mouvement punk. On peut dire que l’on a commencé comme ça avec Cabbage. Notre première sortie, étant entièrement produite par nous avec peu de moyens. Toutefois, Je ne sais pas quelle définition on peut donner au punk aujourd’hui…Les gens aiment nous classer dans la catégorie post-punk….

Weirdsound : Ah les catégories…Je sens que ça ne t’enchante pas trop…

 Lee : Je n’aime pas vraiment catégoriser la musique en règle générale, je trouve que c’est contre-productif, c’est une vision étroite d’esprit…

Weirdsound : Punk, post punk, finalement on s’en fout non ? C’est peut-être simplement un état d’esprit ?

Joey : Oui clairement, c’est un état d’esprit, on s’est toujours dit ça. Dans l’histoire de la musique, le punk ça a duré 3-4 ans, donc éventuellement tu peux considérer tout ce qui a suivi comme post punk…

Weirdsound : Allez ! Bonne réponse ! On passe à la suivante ! (Rires)

Joey : Je vois le mot « Brexit » dans ta prochaine question…

Weirdsound : Attends tu vas voir ! (Rires) La situation en Angleterre et dans le monde est loin d’être géniale…On voit bien que ça influence votre musique…

Lee : Je pense que nous sommes des personnes engagées, mais on ne s’est jamais déclarés comme activistes, et le but de notre musique n’a pour but de faire changer les régimes politiques. On écrit simplement sur des sujets qui nous semblent importants, et si les gens sont d’accords avec nous, c’est bien. En somme, on a toujours choisi d’écrire ou de s’exprimer sur des sujets, sur lesquels on a débattu ensemble. Au sein du groupe, on est d’abord des individus en accord sur les mêmes principes politiques et sociétaux.

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Pas de doutes, c’est Cabbage! Il y a un indice sur la batterie! – Printemps de Bourges 2018

 Weirdsound : Avant la sortie de l’album, vous aviez déjà un nombre conséquent de chansons ! vous avez déjà sortis deux EP et une compilation…Comment ça se passe pour l’écriture ?

Lee : On a produit 36 chansons à peu près, du coup au lieu de se concentrer sur quelques morceaux et passer du temps à les produire sur un album, on a toujours eu une approche honnête où tout ce qu’on a écrit, on le produit. Bien entendu, on est tellement pris dans notre travail, qu’on laisse peu de place pour un point de vue externe au groupe. Mais, je suis convaincu que les gens ressentent notre progression entre chaque sortie, ne serait-ce qu’en se penchant sur les textes de nos chansons.

A l’époque connectée dans laquelle on vit, où tout se doit d’être transparent, via les réseaux sociaux, tu ne peux pas mentir aux gens qui te suivent et t’écoutent. Du coup, on se donne corps et âme dans notre musique et on exprime nos opinions. Au sein du groupe, on s’est mis d’accord pour que les opinions de chacun soient respectées et donc, on va composer et enregistrer tout ce qui nous fait envie, sans se poser la question de savoir comment le public va réagir…Par contre ils ressentent notre sincérité et c’est le plus important!

Weirdsound : Et sur Nihilistic Glamour Shot, comment avez-vous arrêtés votre choix pour les chansons qui compose l’album ?

Joey : Comme le disais Lee, on a beaucoup évolué depuis nos débuts, notamment sur la composition des paroles. Là en plus on a eu accès à un studio et du bon matériel.  Les choix se sont faits d’eux-mêmes, toujours en demandant l’avis de l’ensemble du groupe, avec l’envie commune de faire un album qui soit le meilleur possible. On est vraiment fiers du résultat.

 

 

Weirdsound : Le clip vidéo que vous avez sortis pour le morceau Arms Of Pleonexia est terrible, autant pour sa réalisation que par le récit…C’était votre idée de le réaliser en noir et blanc ? Ça a dû être compliqué à tourner mine de rien non ?

Joe : non, non c’était l’idée du directeur.

Lee : Il est vrai que le sujet et les paroles de la chanson sont assez sombres. Le thème du marché mondial des armes étant assez difficile, ainsi que ses conséquences souvent négligées. On voulait avoir une atmosphère grisonnante dans la vidéo. Du coup, on trouve que la vidéo reflète assez bien la réalité du sujet de par le côté sombre et pesant.

Weirdsound : Le résultat final est convaincant en tout cas…

Lee : Je pourrai dire que l’idée, à la base, vient de nous, mais je remercie le réalisateur car il a poussé l’idée à un tout autre niveau. Ce jour-là, on était un peu dans le flou, rien que dans le script il y avait déjà une grosse erreur dans la construction de l’intrigue mais il a réussi à trouver une idée pour s’adapter.

Joe : Au final, le résultat nous plait bien !

Weirdsound : La question habituelle, mais à laquelle vous n’allez pas échapper ! Quels sont les groupes que vous citeriez comme des sources d’inspiration pour Cabbage ?

Joe : ça change chaque semaine. En ce moment, je vais dire, un mec comme James Georges Thirlwell, sur qui je suis tombé par hasard. C’est un artiste solo, il écrit, produit et mix tout seul. Il a eu plusieurs projets différents tout au long de sa carrière Ses morceaux à mi-chemin entre de l’électro et de l’industriel sont les meilleurs que j’ai pu écouter. Il a plusieurs dizaines de pseudo. En tous cas, en ce moment, il m’inspire pas mal.

 Weirdsound : Ok ! Et pour toi Lee ?

Lee : J’écoute un genre à l’opposé… En ce moment, je suis inspiré par un genre plus mélodique comme le jazz. Dans ma ville natale, il y a un jazz bar où je me rendais chaque semaine quand j’étais gamin, l’âge moyen était de 67 ans environ, mais j’adorais l’endroit. (Rires).

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Cabbage au Printemps de Bourges 2018

Weirdsound : Une question qui me vient à l’esprit, si vous vous pouviez faire un morceau avec un artiste mort, qu’importe l’époque,

 Lee : probablement Elvis.

Weirdsound : pour vous deux ?

Joe : Non pas pour moi. Si j’avais l’occasion, je ne laisserais pas passer ma chance de jouer avec Joe Strummer tant il m’a inspiré, malgré le fait qu’aujourd’hui je me suis détaché un peu des Clash. Néanmoins, le travail qu’il a fait avec les Mescaleros, et même après sa période reggae, reste exceptionnel…

Weirdsound : Tant qu’on parle de ça, vous connaissez des artistes français ?

Joe : Je ne m’attendais pas à cette question ! Non, je pensais que vous alliez nous en recommander ! (Rires)

 

Weirdsound : On a eu l’occasion d’interviewer Adrian Flanagan du groupe The Moonlandingz, groupe qu’il a monté avec Lias Saoudi de Fat White Family, c’est des gars vous connaissez/appréciez ? Ça pourrait être une sacrée date si on vous réunissait ensemble !

Joe : oui, oui, on a passé des moments cool. J’ai eu la chance une fois de croiser les mecs de Fat White Family. C’était dans un festival, nous nous sommes rencontrés dans les coulisses et on s’est pris quelques bières…

Lee : Lias est venu nous voir, justement avec Adrian du groupe Moonlandingz, ainsi qu’avec son frère Nathan, et Adam Howard. C’était vraiment cool de venir nous voir jouer. Ce sont des gars sympas !

Weirdsound : est-ce qu’on aura la chance de vous voir collaborer ensemble un jour ?

 Joe : Va savoir ! On reste en contact en tout cas !

Weirdsound : Bon bah je crois qu’on en a terminé… L’interview a duré trois quarts d’heure au lieu de vingt minutes, désolé les gars !

Lee : Pas de soucis, on était comment ? (Rires)

Weirdsound : Franchement? Excellents ! (Rires)

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Joe Martin et Lee Broadbent prenant la pose pour vos serviteurs! Printemps de Bourges 2018

Nous arrêtons notre enregistreur, la conversation continue encore vingt bonnes minutes, décidément c’est deux mecs très sympas ! On parle de cuisine, de la Bretagne…ça aurait encore pu durer un moment si chacun n’avait pas son emploi du temps à respecter ! nous sommes repartis avec le sourire jusqu’aux oreilles, revigorés par le contact avec Joe et Lee : le rock anglais existe encore grâce à des mecs comme eux.

Cabbage est sans doute un des groupes les plus prometteur du moment. L’écoute de Nihilistic Glamour Shots, et de leurs autres productions, vous le prouvera. Bien loin d’être un énième groupe post punk « arty » faisant la une de la presse musicale, comme on nous en présente un chaque année. Ils préfèrent bosser dur pour se faire connaître, tout en conservant une intégrité qui les honore. Loin du cliché du groupe de rock anglais outrancier, ils sont, bien au contraire, des jeunes gens réfléchis, cultivés et surtout, décidés ! Ces mecs-là ne feront pas demi-tour et ils iront loin. Pour notre part, nous avons une seule envie : les suivre!

Cabbage est en tournée avec plusieurs dates en France cet été : on vous aura prévenus!

Je tiens aussi à remercier Elanbleu pour la traduction et la retranscription des 45 minutes de l’interview : c’est du boulot mine de rien, et hormis mon estime éternelle, il n’aura pas un centime, un grand merci mec!

Liens :

site officiel : http://www.cabbageband.com/

facebook : https://www.facebook.com/cabbagelechou/

L’album Nihilistic Glamour Shots : https://www.deezer.com/fr/album/58448092