Cabbage : ils sont trop chous!

Alors que je préparai mon planning pour la prochaine édition du Printemps de Bourges, voilà que je suis tombé sur un nom qui ne m’était pas étranger : Cabbage. Cabbage…mais oui saperlipopette ! Comment ? Vous n’y êtes pas ? Bon, je vais devoir prendre le temps de vous parler un peu de Cabbage.

Pfff, c’est lassant de devoir sans cesse vous rafraîchir la mémoire ! Cabbage c’est ces cinq jeunes anglais, apparus sur les radars en 2016, et jouant un très bon rock garage/punk, qui me les rendent tout de suite aussi sympathiques que les tarés, mais brillants, Fat White Family. On pourrait d’ailleurs trouver une certaine connivence musicale entre les deux groupes, je vais y revenir dans la suite de l’article (la bonne astuce pour vous forcer à tout lire).

On va commencer par un peu d’histoire ! Cabbage c’est : Lee Broadbent et Joe Martin (chants), Eoghan Clifford (guitare) Stephen Evans (basse) et Asa Morley (batterie). Nos cinq gus sont originaires de Mossley, un trou paumé situé dans la proche campagne de Manchester. Ces jeunes gens jouaient tous dans différentes formations locales, à force de se croiser ils ont décidé de monter un groupe : l’histoire habituelle en somme.

 Il faut croire que les bonnes vibrations de groupes comme The Buzzcocks, Joy Division, The Smiths et autre Stone Roses ont dû atteindre Mossley ! Le groupe reconnaît d’ailleurs aller chercher une partie de son inspiration dans la musique de ces groupes, sans pour autant être un ersatz de leurs illustres prédécesseurs.

C’est une certitude, nos cinq gaillards sont tournés vers l’avenir. Le nom du groupe signifie « chou » en français, ça claque moins que la division de la joie…. Mais ça, nos jeunes gens s’en tapent ! De leur propre aveu, ils souhaitaient trouver un nom de groupe qui soit justement le plus débile possible. Mais n’allez pas croire que nous avons a faire à de grands adolescents bourrés à la bière, décidés à juste faire du bruit pour emmerder leurs parents. Non. La réalité est toute autre. Derrière, le légume, le chou, se cache une marmite : selon Lee Broadbent, Cabbage est une entité qui ressemble à une marmite dans laquelle on viendrait se jeter : littéralement !

Cabbage vit pour la musique en live, les garçons ne veulent pas votre amour ou votre admiration, ils veulent vous faire suer et danser dans la fosse, et voir les salles de concert s’embraser ! Ça tourne même à l’obsession. Ils se sont taillés une solide réputation de ce point de vue là de l’autre côté de la Manche, hyperactifs, ils ont donné près de 200 concerts en moins de deux ans !

Bon, vous aurez compris que niveau distraction, vous en aurez pour votre argent avec cette fine équipe. « Mais ça ne veut pas dire que musicalement ce soit intéressant ! » Aha ! Je devance la question. On va commencer la démonstration par un nombre : 36. C’est le nombre de chansons que le groupe a composé entre fin 2016 et aujourd’hui. Ils vont faire de l’ombre à Ty Segall et aux Brian Jonestown Massacre ! De véritables stakhanovistes de l’écriture. Mais comme dit l’adage, quantité ne vaut pas qualité ! Sur ce point, je vais laisser Lee Broadbent vous répondre : « Il n’a jamais été question de quantité plutôt que de qualité. Nous sommes quatre à écrire des morceaux dans le groupe, les chansons arrivent en continu. Nous avons vite défini nos rôles dans Cabbage, donc nous savons comment aider au mieux les autres à créer leurs morceaux. ». Il n’y a pas de songwriter attitré dans le groupe comme vous l’aurez donc compris !

Ici je vais me permettre un rapprochement avec Fat White Family, groupe que j’adore. On retrouve chez Cabbage les mêmes thématiques et les mêmes postures dans les textes des deux groupes : brûlots politiques, idées ouvertement socialistes (le vrai), une pointe d’anarchisme, la défense de la classe prolétaire…Les Clash auraient été ravis ! Et en parallèle, des odes à la procrastination et à l’excès sous toutes ses formes ! La similitude avec Fat White Family m’interpelle réellement :  Cabbage est une sorte de petit frère remuant du nord de l’Angleterre. Je me demande ce que donnerait une rencontre entre Lias Saoudi et Lee Broadbent : sans doute un joyeux bordel sur scène ! Cabbage c’est de la chanson engagée, militante, révoltée, choisissez l’option qui vous va le mieux. Les mecs sont vents debout contre l’injustice sous toutes ces formes. Ils ne sont pas moralisateurs pour autant (U2 fait ça très bien), pèle mêle je dirai bien que Cabbage c’est corrosif, caustique, subversif, sale, chaotique tendance nihiliste…très bonne transition de ma part, attendez de lire la suite !

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Le premier album de Cabbage, Nihilistic Glamour Shots, va sortir chez BMG, et il sera dans les bacs le 30 mars prochain.  Vous aurez donc douze titres quasi inédits entre les mains, et vu que chez weirdsound on a le bras long, nous avons pu écouter l’album avant sa sortie.

L’album démarre sur Preach To The Converted, une bonne introduction bien punk sur les bords…Le morceau sert d’amuse-gueule au second Arms Of Plexoria, excellent titre, peut être mon préféré ! Il y est principalement question du commerce mondial des armes, je vous laisse découvrir le clip ci-dessous :

 

On poursuit notre audition avec le morceau Molotov Alcopop. Là encore on penche clairement vers le punk, le titre en lui-même étant une belle promesse d’embrasement sur scène et dans le public ! La basse est omniprésente, vous sentez que vos jambes ont envie de bouger dans tous les sens ! Le refrain est simple et efficace, ça va donner en concert.

Disinfect Us casse un peu le rythme effréné du début de l’album. Plus posé, plus blues, on découvre une facette de Cabbage que l’on connaît sans doute moins. Étonnamment, c’est super agréable, la voix de Lee Broadbent nous emmène dans une contemplation/mélancolie que le refrain vient briser, avec un mélange de tonalité qui en ferait presque un générique de western…c’est osé de ma part d’écrire ce genre d’inepties, mais j’assume.

Vous êtes tranquillement en train de sortir de la rêverie dans laquelle vous a plongé Disinfect Us et vous vous prenez Postmodernist Caligula en pleine poire ! Ils auraient pu prévenir les salauds : « attention la piste suivante va vous faire sauter au plafond ! ». Bordel, ça c’est de la musique ! Enregistré et mixé en moins de quatre jours, c’est un hymne punk au sens le plus pur. Un riff qui ne vous lâche pas, une batterie qui martèle…on se retrouve à gigoter de la tête sans le vouloir : comment perdre toute crédibilité au boulot quand tout le monde vous croit en conférence sur Skype avec votre casque. Là encore, j’assume !

On change encore d’univers avec Exhibit A, une introduction très country va vous surprendre, là encore c’est bien foutu, les chœurs, la guitare…le refrain qui fait un peu chanson à boire : les mecs ils sont bons !

Celebration Of A Disease, morceau déjà présent sur leur précédent EP The Extended Play Of Cruelty, le morceau fait l’objet d’une très bonne production, plus élaborée qu’à l’accoutumée chez Cabbage, je peux vous garantir que le refrain va vous rester en tête par contre.

 

Arrive alors mon petit chouchou, le morceau Perdurabo. Il s’agit d’un beau clin d’œil aux émissions anglaises sur le thème de l’occulte et du para-psychisme (et pas du parachutisme). Le père de Lee était un grand lecteur et admirateur de Aleister Crowley et Perdurabo est le nom de la biographie portant sur la vie de ce célèbre occultiste. Musicalement, c’est lent, il y a de la reverb, on dirait un bon rock psyché qui s’ignore…C’est l’un des morceaux les plus longs de l’album, ça se déguste bien.

Gibraltar Ape, sans doute le morceau qui restera le plus dans les mémoires. Production béton, on sent qu’il y a du boulot derrière. La ligne de basse est purement et simplement jouissive. Le morceau le plus fun reste à venir, avec Obligatory Castration ! Le sujet est un trip futuriste, où les jeunes hommes sont castrés à la puberté afin de contrôler la population…ça va très loin dans l’excès et c’est très drôle !

Un nouveau décor est planté avec Reptiles State Funeral. Rythme lent, saccadé, ça pourrait quasiment devenir du doom ou du stoner avec un petit effort…La conclusion de Nihilistic Glamour Shots est annoncée par les premières notes de Subhuman 2-0. Alors là c’est 100% psychédélique : avec un peu d’imagination,j’ai quasiment l’impression d’entendre Anton Newcombe. C’est le morceau le plus long de l’album, six minutes, c’est planant, on rêvasse facilement là-dessus : Très efficace.

Il aura fallu attendre un peu pour avoir un réel album de Cabbage, mais le jeu en valait la chandelle ! Derrière leurs attitudes provocantes et leurs éclats de voix médiatiques dans les tabloïds anglais (je vous laisserai vous renseigner) se cache un jeune groupe prometteur qui mérite qu’on s’y intéresse. Ça va devenir une habitude dans mes articles, mais je suis personnellement satisfait de constater que le rock anglais (comme le français) nous réserve encore de bonnes surprises. En fin de compte, nous ne sommes peut-être pas condamnés à subir une déferlante electro-pop insipide jusqu’à la fin de nos jours ! Nihilistic Glamour Shots dépasse de beaucoup la catégorie garage dans laquelle il serait tentant d’enfermer Cabbage. Ces gars-là, ils mangent à tous les râteliers ! Et grand bien leur fasse : des textes construits, des rythmes et des mélodies recherchés et variés (suffit de voir la construction hétéroclite de cet album)…j’attends impatiemment la suite !

En tout cas, nous serons au Printemps de Bourges pour assister à l’unique date (pour l’instant) française du groupe ! On ne manquera pas de le chroniquer ici, et selon certaines sources, nous pourrions peut-être poser quelques questions à ces cinq chenapans !

https://ahcabbage.bandcamp.com/

Je remercie BMG et Ephelide pour nous avoir aimablement mis à disposition l’album avant sa sortie!