Le mauvais esprit des Damned sort de l’ombre!

The Damned Evil Spirits Onzième album des papy du punk et premier dans le Top 10 UK en plus de 40 ans de carrière!

Oui, je vous le disais ici, Captain, Vanian et la bande remettent ça! Sorti début mars, Evil Spirit est entré ce 20 avril dernier dans le Top Ten anglais. Le groupe avait bien eu quelques singles classés, dont la reprise de Eloïse de Barry Ryan (1968) en 1986, mais jusqu’ici, aucun L. P. Alors, oui, le titre Standing On The Edge of Tomorrow qui préfigurait l’album promettait beaucoup, mais à l’écoute de l’ensemble des morceaux, on découvre un groupe qui n’a désormais plus rien à prouver, qui pratique la musique avec plaisir, sans s’occuper de savoir s’ils ont ou non inventé le punk—traduire : été les premiers a sortir un disque “punk” avec New Rose en 1976, quelques jours avant les Sex Pistols. Et l’album tient les promesses du single.

J’ai toujours été attiré par […] les films d’horreur des années 30 et les films expressionnistes des années 20. Dave Vanian.

En 1984 sortait Give Daddy The Knife, Cindy sous le nom improbable de Naz Nomad and the Nightmares, faux nom pour une fausse bande originale d’un faux film qui permettait au groupe de se faire plaisir en reprenant des classiques de rock psyché ou prog des années 70. La pochette se présentait comme une affiche de film, typo 70’s et clin d’œil aux séries b de rigueur.

Naz_Nomad_And_The_Nightmares
1984, hommage aux groupes qui ont bercé leur jeunesse, les Damned sortent cet album sous un pseudo très garage.

Pour cet “esprit mauvais” de 2018, on retrouve ce goût pour le pastiche, le cinéma low budget, et une allusion à peine cachée au Spirit de Will Eisner et aux comics de cette époque (1940-52).

Will-Eisner_The_Spirit
Dessin de Will Eisner pour sa série The Spirit qui sera publiée de 1940 à 1952. On retrouve l’esprit du dessinateur et un graphisme mélangeant affiche de cinéma et couverture de comics sur la pochette d’Evil Spirit.

Voilà, on sait d’où viennent les Damned, d’un croisement entre ces univers gothiques de la Hammer et des comics horrifiques ou policiers des années 50 imprégnés de l’expressionnisme allemand des années 20.

Nous voulions Syd Barret comme producteur pour Music For Pleasure (1977), Dave Vanian pour Télérama

L’anecdote, révélée à Télérama (et oui!) par Dave Vanian, raconte que le groupe aurait voulu que Music For Pleasure, leur second album, soit produit par Syd Barret—un grand moment de musique qui ne verra jamais le jour, quel dommage!— et cela sera donc Nick Mason qui s’y collera. Aujourd’hui, les gars ont les moyens de demander aux plus grands de travailler avec eux, et pour leur dernier bébé, c’est Tony Visconti (Bowie…) qui est venu s’installer aux manettes. Respect (bon, merci quand même à la campagne de collecte de fonds Pledgemusic…).

Le producteur de Blackstar a indéniablement marqué la musique du combo, tout d’abord indirectement, puisque Bowie est une de leurs influences majeure et reconnue, mais aussi parce qu’au travers de leurs compositions on sent dorénavant ce côté glissant et intemporelle qui faisait la qualité de la musique du “Thin White Duke”. I Don’t Care en est un bon exemple, on y retrouve la patte du producteur et cette qualité sonore qu’il sait insuffler à la musique, et on y entend aussi ce qui fait la quintessence du groupe, une sorte de grandiloquence rock nimbée d’un second degré réjouissant. Et cette manière d’éviter le kitsch tout en utilisant ses codes.

“Our time in the shade has overrun” Look Left (Notre temps passé dans l’ombre est révolu)

En dépit de quelques morceaux moins marquants, comme le très Who Evil Spirit dont les accords de guitare rappellent ceux de Man With Golden Helmet des Radio Birdman, l’inspiration musicale est toujours là. Si la guitare de Captain Sensible se fait moins incisive par moment, les mélodies et la voix de Dave Vanian frappent toujours juste, il n’y a qu’à écouter Shadow Evocation, par exemple, sur lequel intervient aussi la chanteuse Kristeen Young .

On trouve sur cet album un groupe débarrassé de ses dernières scories punk, un groupe qui assume totalement la musique qui les a inspirés et ses sonorités psychédéliques, Procrastination qui réussit la prouesse de faire à la fois penser à Pink Floyd et à la pop américaine des années 70, du genre The Knack. Du rock, avec Devil In Disguise, du prog avec Standing On…, de la  pop, mais toujours un entrain et une vitalité servis d’une main de maitre par un producteur dont le travail ne vieillit pas. Car si les influences piochent allègrement dans les années 70/80, les arrangements classiques, la musique et le son sont eux résolument modernes et contemporains.

Les thèmes abordés dans les textes sont également autant d’échos aux préoccupations d’aujourd’hui, des attentes d’un futur incertain, humain ou humaniste…ou pas (Standing On…), aux manipulations destinées à détourner notre attention des faits( Look Left, We’re so nice, qui traite des relations anglo-américaines et de l’héroïsation des guerres menées main dans la main), de la démocratie vacillante dans nos pays dans Evil Spirit, I Don’t Care, l’écologie dans Sonar DeceitCaptain parle des cétacés désorientés par les sonars militaires et le bruit sous-marin de plus en plus préoccupant pour leur survie (N.D.A. Captain est végétarien). Ou encore Daily Liar qui parle d’un type qui raconte des mensonges tous les jours, notamment sur tweeter, et qui a permis à l’expression fake news d’entrer dans notre vocabulaire. Vous voyez, c’est celui qui a les cheveux oranges. Bref, un disque composé et enregistré par des gars qui tournent autour de la soixantaine mais qui ont toujours la hargne, l’envie de vivre et de s’amuser, de faire de la musique pour le plaisir et le notre aussi.

We’re so nice dont le refrain a du rester au moins deux ou trois jours dans la tête de mon fils de onze ans! “Don’t weee, don’t weeeee, weeeee ‘re sooooo niiiice.”

 http://www.officialdamned.com