Rencontre avec Boogie Belgique, un concentré de pur talent!

Boogie Belgique, le goupe au complet. Photo : Bastien Bonhoure

En étudiant le programme du Bout du Monde 2018, j’ai été séduit par le concept musical proposé par Boogie Belgique. A l’écoute, la musique s’est révélée planante, nostalgique, grande et simple, moderne et vintage à la fois, mais aussi très rapidement addictive. J’en veux pour preuve mon nombre d’écoutes du magnifique cinquième et dernier album Volta (2016) depuis ces deux derniers mois. Basée sur des samples de swing, mixés avec des rythmes modernes tels que le hip-hop, le mélange a une saveur particulière, laquelle se goûte d’abord comme l’on goûterait un bon vin, ou ici une excellente bière, puisque l’on parle d’un groupe belge. A coup sûr, la première gorgée appellera rapidement la seconde, laquelle appellera la troisième… Et vous adorerez avant même d’avoir fini votre verre !

Boogie Belgique Volta
Couverture de l’album Volta (2016)

Je fus donc très heureux de pouvoir les rencontrer pour une interview très sympa, quelques semaines après la rivalité passagère qui opposa nos deux pays lors de la Coupe du Monde de Football… Ce sont Oswald Cromheecke fondateur et leader du groupe et Aïko Devriendt, le clavier et producteur, 28 ans tous les deux qui ont répondu à mes questions. L’interview s’est déroulée en anglais, nos amis belges venant de la partie Wallonne.

Weirdsound : Comment vous êtes-vous rencontrés, et comment le groupe Boogie Belgique est-il né ? J’ai lu sur votre site que tout est parti d’Oswald ? Et petit à petit vous vous êtes retrouvés à cinq…

Oswald Cromheecke : Effectivement, j’ai commencé seul en 2012, en essayant de créer de nouveaux sons et Boogie Belgique est né. Je connaissais les autres membres actuels depuis très longtemps, puisque nous avions joué ensemble dans un groupe de reggae dans le passé…

Aïko Devriendt : Nous avions 15-16 ans à l’époque…

O.C : …Oui, nous étions encore à l’école. Quand Boogie Belgique est né, j’ai vraiment voulu en faire quelque chose, j’ai demandé aux gars s’ils accepteraient de me rejoindre dans le projet. Je n’ai pas commencé comme pro, je faisais juste des beats pour le fun dans ma chambre.

A.D : Un producteur de chambre ! (Ils rient tous les deux)

O.C : Oui tout à fait ça, un producteur de chambre ! Je leur ai demandé, car je savais qu’ils étaient bons. Ils m’ont donc rejoint, et nous produisons de la musique maintenant tous ensemble.

Go slow, l’un de mes titres préférés issus de l’album Volta (2016)

W : Comment définiriez-vous le projet musical de Boogie Belgique ?

O.C : En fait c’est toujours une expérimentation, comme depuis le début finalement !  Nous avons le plaisir de faire de la musique, et de combiner des musiques d’époques et de genres différents. Je pense que notre truc, c’est de constamment essayer de nous réinventer tout en gardant une saveur qui nous est propre, comme ce petit parfum de nostalgie.

W : Où prenez-vous le plus de plaisir ? Lorsque vous créez ? lorsque vous enregistrez ? Ou lorsque vous êtes sur scène ?

O.C : C’est une question difficile, parce que cela revient à comparer des choses totalement différentes… Je ne sais pas ! J’aime vraiment créer et produire de la musique, car c’est quasiment comme la scène d’une certaine manière…

A.D : Oui, tu peux perdre complètement la notion du temps et oublier de manger !

O.C : Et jouer en live est toujours un challenge, c’est super sympa !

A.D : Oui, sur scène c’est plus compliqué, car il y a nettement plus de monde impliqué. Mais quand tout est réglé à tous les niveaux, que nous sommes tous super accordés, arrive le moment où tu réalises que tu as joué une heure et demie, et tu ne t’es rendu compte d’absolument rien ! Ça c’est génial !

Volta, titre très addictif, tiré de l’album éponyme.

W : Quelles sont vos formations musicales ?

O.C : Je suis allé à l’école de musique. Mais j’ai été formé pour devenir illustrateur et animateur. J’ai donc pris un virage vers la musique.

A.D : J’ai étudié le piano et la musicothérapie. J’ai donc plus une formation classique.

W : Parlez moi de vos influences musicales ?

O.C : Elles sont nombreuses et sont en perpétuelle évolution. J’ai commencé en étant fan de Bonobo entre autres, mais aussi de  Parov Stellar, qui a influencé le côté électro-swing de notre groupe. Aujourd’hui, ce serait plus sur l’afro-beat par exemple. Je ne sais pas dans quelle direction va Boogie Belgique, mais on s’imprègne de l’époque…

A.D : Oswald n’est pas seulement un excavateur de samples, il en est également un amasseur ! Il va chercher des samples des premiers enregistrements d’un tas de sons partout dans le monde… Parfois en les écoutant, on peut réaliser à quel point la musique a toujours été extraordinaire ! Il n’est pas toujours évident d’identifier ces samples par un genre, mais leur influence sur notre création musique est très forte !

O.C : Il est très intéressant d’introduire une nouvelle façon d’appréhender ces samples en les retravaillant, en leur donnant une seconde vie. A l’époque, l’idée d’évolution et progression était étrangère aux artistes, tandis qu’aujourd’hui, en rajoutant deux-trois trucs, on fait quelque chose de nouveau avec quelque chose d’ancien. C’est une sensation très agréable quand cela fonctionne.

Moriarty, extrait du premier album Blueberry Hill (2012)

W : Oswald, qu’est ce qui t’a poussé à te focaliser sur le style swing era d’une part, et comment as-tu eu cette idée géniale de mixer ces sons d’une autre époque avec un style plus moderne comme le hip-hop ?

O.C : Quand j’ai commencé, j’avais des samples tirés uniquement de la collection de CD de ma mère. Elle avait vraiment une collection impressionnante. Il y avait beaucoup d’artistes différents, comme Duke Ellington, des compositeurs classiques… Moi j’aimais le style Big Band et son swing. Par ailleurs, j’ai toujours été un fan des bandes originales Disney, de leur mélancolie et de leur nostalgie. Le livre de la Jungle est ma préférée. J’ai beaucoup utilisé ces samples en essayant de comprendre « Pourquoi les notes sont-elles ainsi posées ? Comment cela fonctionne-t-il ?  » Donc voici comment j’ai commencé. J’ai continué ainsi, et avant même de m’en rendre compte, je me suis focalisé et n’ai utilisé que les sons swing qui sont devenus l’atmosphère de Boogie Belgique.

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Oswald Cromheecke, Festival du Bout du Monde 2018 – Photo ehyobro weirdsound

W : Comment se passe la création d’un nouvel album ? Quelles sont les questions que vous vous posez alors ? Et qui fait quoi ?

O.C : Question difficile car tout cela se dessine en cours de production ! Je pense qu’il est très important à chaque album de faire quelque chose de nouveau, sans oublier ceux qui nous écoutent bien sûr. Il faut garder la même atmosphère, tout en apportant du neuf, et même en essayant de faire mieux qu’avant ! Nous nous améliorons beaucoup. Aïko et moi produisions beaucoup jusqu’à présent, mais cela va changer. Nous allons demander plus d’implication aux autres membres dans le processus créatif. In fine, c’est une collaboration, qui parfois fonctionne, et parfois ne fonctionne pas. C’est un peu une question de chance, parce qu’on travaille à partir d’un sample, ou d’une idée.

A.D : Nous avons réalisé le single Chicago il y a quelques mois. Du coup, la manière dont le flux de travail allait changer a été assez évidente, car nous sommes maintenant cinq membres fixes. Nous faisons des sessions d’écoutes lors desquelles chacun s’exprime sur le travail en cours et a une grande part d’influence sur le travail. Donc la façon dont nous allons travailler dorénavant n’est pas gravée sur le marbre, elle sera plus fonction de la personnalité des uns et des autres, et de leurs backgrounds très divers.

O.C : Et chose importante, nous avons tous confiance en les goûts de chacun des membres. Des goûts très variés, ce qui est une très bonne chose !

Miss Yutani, issu du second album Time for a Boogie (2012). Belles images du Vieux Japon en N&B. Moi qui suis fan du Japon…

W : Dans vos rêves, si vous pouviez emmener Boogie Belgique là où vous le voulez, où serait-il ?

A.D : Sur un bateau !!! (Les deux pouffent de rire)

O.C : Nous allons aller sur un bateau à Paris c’est vrai ! Sérieusement, tout va bien. Il n’est pas aisé d’avoir de grands rêves, car on peut être déçu…

A.D : Un rêve normal, ce serait que les gens en Belgique connaissent notre groupe. (Ils éclatent à nouveau de rire.) Parce qu’à l’étranger, ils le connaissent ! Il arrive que l’on rencontre des étrangers en Belgique, venus de Grèce par exemple, ou des étudiants Erasmus, ou des touristes, ils nous connaissent ! Tandis que lorsque je parle à mes voisins ou à des potes, c’est plutôt : « Rappelle moi… C’est quoi déjà le nom du groupe dans lequel tu joues ? « 

O.C : Oui, c’est l’ironie du sort ; notre nom est celui de notre pays, et nous sommes plus connus à l’étranger ! C’est peut-être cela finalement le rêve ; devenir un nom sur la scène underground, ou la scène mainstream, je ne sais pas… Nous verrons bien j’imagine…

W : Quand vous n’êtes pas sur scène, que faîtes-vous ?

O.C : Je travaille sur des animations pour le théâtre ou des documentaires. Parfois je travaille sur des scenarii pour la bande dessinée avec mon père. Tout ce que je croise sur mon chemin…

A.D : Le père d’Oswald est Luc Cromheecke (il s’agit d’un auteur de BD). Oswald fait aussi la conception des effets visuels de nos concerts, ils sont une part importante de nos shows. Moi je compose et joue de la musique pour des films et pour le théâtre. J’ai donné des cours de piano pendant longtemps aussi.

W : Ai-je oublié de vous poser une question qui permettrait de mieux vous connaître ?

Longue réponse des deux dans un premier temps : Euuuuuuuuuuuuuuuuuuh….

A.D : Euuuuuuuuuh… Donc, il y a Deezer, Spotify et YouTube… Non, je ne sais pas ! (Les deux rient encore)

O.C : Non, ta question est difficile… Euuuuuuuuuh… Pose-nous une autre question !

Un dernier pour la route! Forever and Ever, magnifique extrait de Volta (2016). J’en suis mordu!

W : J’ai une dernière question, la voici. On peut dire à ce point que l’interview s’est bien déroulée, je voudrais donc vous poser maintenant une question peut-être pas très sympa… Bon alors, cette Coupe du Monde de Football? Cette demi-finale France-Belgique il y a 3 semaines ? (Ils rient)

O.C : Ah, tu veux aller sur ce terrain…

A.D : Hier on a eu une interview qui a répondu à la question plutôt pas mal… Nous avions anticipé en pensant complimenter la France, mais l’intervieweur nous a dit : ç’ aurait dû être la vôtre ! Et je pense qu’on peut être d’accord là-dessus… Vous avez gagné sur le papier… Mais…

O.C : On devrait rejouer le match !

Sur ce coup, nous sommes trois à éclater de rire !

W : Ok les gars, merci beaucoup, c’était très sympa de vous avoir !

O.C : Merci à toi !

A.D : Merci !

Boogie Belgique a décidément beaucoup pour lui : la musique est excellente et originale, ils ont du talent, et en plus ils sont très sympas ! Que peut-on leur souhaiter si ce n’est toutes les réussites, à commencer par la reconnaissance en Belgique ? Pour ma part, après avoir assisté à leur premier concert, je suis allé voir le second, avec des variantes dans la setlist…

 

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