Cerf Boiteux : la tribu impressionniste

Cerf Boiteux : le logo! Cerf Boiteux : le logo!

En relisant ma chronique sur Cerf Boiteux, on aurait dit que j’étais sous acide ou bien payé par le groupe : 1) je suis un homme pieux et ne consomme donc pas ce genre de substance liquide ou en poudre que tu peux faire fondr…euheu bon, voilà un puritain et de 2) ma conscience professionnelle m’oblige à rester impartial (j’attends toujours votre chèque les gars).

C’était donc notre 2éme journée au MOTOCULTOR, nous revenions de Gwened et nous nous apprêtions à sillonner le festival. Romain, nous informe alors que Cerf Boiteux, le coup de cœur du président du jury, fait des interviews et que si nous…Bien sûr que oui ! Chez Weirdsound, nous sommes toujours heureux de rencontrer des artistes. Nous voilà donc en direction de la « tente » des interviews et face à quatre gars tranquilles sur le canap’. Sebastien et Tanguy guitaristes, Matthieu bassiste et Julien batteur.

Mis en garde chers lecteurs/lectrices de Weirdsound : garder en tête que malgré un début titubant, le reste de notre échange était compliqué tant on se marrait comme des petits loups. (Haha, lololol, mdr, meilleurs copains du monde !!!). J’ai essayé de retranscrire au mieux ce moment vraiment sympa mais l’écrit ne rend pas tant justice … bref, bonne lecture :

W :  Première question très importante (tentative d’humour de ma part): Pourquoi Cerf boiteux ?

Sébastien : C’est un drôle de nom mais ça ne vient pas de n’importe où. Cerf boiteux est le nom d’un chef indien Sioux dont la vie est décrite dans un livre que nous avons tous lu. Ce qui est intéressant dans son histoire, c’est qu’il est né au XIXème siècle dans une réserve amérindienne et a pu donc avoir un regard critique sur le mode de fonctionnement de la société américaine et constater que notre mode de fonctionnement n’est pas une fatalité. C’est une critique un peu naïve mais qui pousse à réfléchir sur d’autres modèles de vie. Pour ma part, ça m’a fait beaucoup cogiter. Je trouve que c’est une sacrée notion, la « critique » ou « la remise en question », d’où ce nom…

W : En plus, les amérindiens ont pris cher !

Julien : grave, surtout que la société américaine s’est construite sur 2 génocides…bon c’est un détail de l’histoire.

on est tous des chevreuils

W : Par ailleurs, j’aime beaucoup votre logo, d’autant plus que le cerf est un animal noble… (Je vous assure que je n’étais pas en mode fayot !)

Matthieu&Tanguy : Nous avons des t-shirts si vous voulez…

J : non, on n’en a pas.

T : en précommande. (Rires)

W : On aime bien poser cette question : savoir comment ça se passe au niveau de la composition ? surtout que dans votre cas, il n’y a pas de chant. Ça a l’air assez technique…

T : on est fort en math’.

S : C’est un peu expérimental à chaque fois…Je dirais qu’on joue ensemble, il y a des trucs qui se dégagent. Après on fait le tri, on remet un peu les choses en ordre et on rejoue le morceau. Il n’y a pas de texte parce que c’est notre volonté de pas mettre en avant une personnalité par rapport au reste du groupe. Sans chanteur, ce sont les instruments qui sont mis en avant. Ça dépersonnalise un peu le truc. Au niveau des repères, on se fait des yeux, on s’écoute…

J :  On se regarde, je suis là. Ah ouais !

S : ouais, on se cherche, on tâtonne, et puis on trouve…

M : ça peut bouger un peu sur certains morceaux…on peut parfois faire deux mesures en moins par rapport à l’habitude…

J : Ce qu’on appelle un pain quoi ! (Rires)

T : et ensuite, on s’écoute dans la boulangerie (encore des rires)

W : Finalement, vous faites un peu tribu, ça rejoint le « Cerf boiteux » …

J : on est tous des chevreuils.

T : on a tous des cheveux longs.

J : toi ça tâche.

W : bon toi, tu es vraiment le cerf boiteux.

T : je n’ai pas eu le choix moi, c’est les gènes qui ont fait ça, sinon j’aurai des dreads ! (Rires)

W : Quels sont vos influences musicales ?

M : Je pense qu’on se retrouve tous sur certains groupes mais chacun à son jardin secret (petite voix angélique) …

T : J’ai envie de dire Gérard de Palma. On va citer que lui.

M : Peut-être qu’au tout début on parlait de SLINT pour donner un rapprochement de notre musique…

J : ça ne ressemble pas vraiment à SLINT.

M : bah non, mais c’est pour avoir un langage commun, surtout qu’ils sont considérés comme les « lanceur » du style post-rock.

T : le terme a été inventé pour SLINT.

J : post rock ?

T : ouais, non. Pour SLINT.

M : Rooh ta gueule ! Coupe, coupe (S’adressant à nous – rires)

T : C’est le journal Wire qui a qualifié le style de SLINT de Post-Rock.

J : Sinon, plus sérieusement, on aime bien tout ce que le label Constellation produit.

W : On pose souvent cette question, parce que c’est toujours sympa de découvrir de nouveau son mais aussi pour « casser » l’image des metalleux qui n’écoutent que du gros metal de la mort qui tue égorgeur de pigeon (juste au moment où nous parlions de ça, en fond sonore nous entendons du : ROOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO…OOAAAAAAHHHH)

T : Il n’y a qu’à l’Aïd que nous égorgeons des moutons.

W : génial, on se fera invité pour manger des kebabs ? (Rires)

J : Nous on n’est pas métalleux, et c’est là la surprise de ce tremplin. En fait, on est venu sans savoir pourquoi. Je pense que nous étions un coup de cœur du président de jury.

M : on est venu parce que nous avons un peu postulé (toujours avec la petite voix angélique…quoique?).

J : ouais on a postulé mais on ne correspond pas du tout à un profil métalleux plutôt rock/noise/stoner. Donc c’était quand même une surprise pour nous et de gagner en plus.

M : Bah, on a quand même eu quelques concerts où à la fin, il y a eu des petits métalleux qui venaient nous voir et qui avaient bien kiffer le concert.

S : Sûrement dû à certains éléments de riff.

W : On en parlait tout à l’heure entre nous, au niveau musical, ça nous a rappelé un groupe « Regarde les hommes tomber » dans le style très atmosphérique, planant, un peu dans le même délire.

M : Impressionniste…(air songeur)

J : Impressionniste ?

W : Cerf boiteux : la tribu impressionniste ! Merci on a trouvé le titre (rires)

M/J : la tribu impressionniste ? Ouais c’est bien

T : et on n’est pas des mecs « paumés » (c’était écrit dans la présentation du groupe sur le site de MOTOCULTOR)

J : on ne mange pas de mayonnaise non plus.

M/T : non.

S : bah si, moi j’aime bien

J : non, que toi !

T : pas de bœuf non plus.

W : allons jusqu’au bout du délire : vous êtes végan.

J: Non!

W: hippie végan.

J: Non! (Rires)

M: ça aurait pu faire les Hippies végan impressionnistes

J : jusqu’au bout ! On va vous trouver une case les gars, vous allez voir. (Rires)

La baleine. La baleine.

W : La musique en France souffre un peu, et pourtant les gens cherchent à voir des concerts en direct. Comment vous le sentez, vous d’un point de vue artiste ?

M : je pense que ça tient surtout pour les formats associatifs.

J : En fait, ça fait tellement longtemps que la situation est comme ça qu’on s’est fait un peu à l’idée. On a tous un emploi alimentaire à côté et nous vivons la musique comme passion.

M : on se fait « zizir ».

J : ouais, c’est compliqué la musique en France. Les artistes ne sont pas reconnus pour le travail, on est rarement payé, tu es toujours pris pour bon comptant – d’ailleurs, on est pas payé ici.

M : QUOI ???!!! (Rires)

T : si, si, ils mettent un peu d’essence pour la bagnole.

J :  C’est ça qui est compliqué, en fait tu n’as jamais une reconnaissance financière du travail produit. Pourtant, quand tu as un taf, la musique, les repet’ et les concerts à faire c’est chaud !

S : Cela dit, ça génère des situations qui sont assez intéressantes au moins d’un point de vue idéologique. Par exemple des squats, des endroits que j’aime beaucoup, où il se passe des choses cools. On est d’ailleurs basé dans un squat où on s’est produit à plusieurs reprises. Ça change des endroits où tout est « carré ».

W : jusqu’au jour où vous êtes expulsé…non ?

J : pas le nôtre, pas pour l’instant.

T : il y a 10 ans de bail.

W : un squat réglo !

M : squat bourgeois ! je donne des titres (rires)

T : ouais, on fait des barbec au tofu grillé (encore des rires)

W : Quand vous avez monté le groupe, c’était un délire entre potes ou bien vous vous imaginiez un jour de jouer à Motocultor ?

M : il n’y avait pas spécialement d’attente. Déjà mettre en place des morceaux écrits c’était le premier objectif.

J : l’objectif reste quand même que ça marche. On a bossé dur pour que ça marche. On cherche quand même une certaine « renommée ».

T : si on peut faire ce genre de scène (référence au MOTOCULTOR) tous les jours… ouais, peut-être avec plus de 50€ de gasoil.

M : BLAM !

J : Je rebondis sur ce que disait Seb’, c’est aussi un choix politique de bosser à côté pour être autonome et surtout, de faire la musique que nous avons envie de faire complétement. Absolument. Quitte que ça soit chiant pour celui qui écoute mais nous on s’en branle. Nous voulons aller jusqu’au bout de notre idée/vision.

S : ça paraît vraiment important. Je ne sais pas si un jour nous allons faire de la méga scène pour juste remplir les caisses…

T : On ne saute pas sur scène et on s’affiche pas.

J : on tourne le dos au public…

T : on ferme les yeux pendant 40 minutes.

M : Sauf aujourd’hui, on va montrer nos fesses. (Rires)

W : Vous avez un bon public, peut être que vous allez lancer un nouveau « mouvement » ?

J : une Ola de fesses.

M : La baleine. La baleine.

T : avec des jets.

W : les quelque heureux qui auront abusés des épices (j’espère que vous avez l’image maintenant)

W : Revenons à votre vision du groupe. Vous ne risquez pas d’être mis à l’écart sur la scène artistique ?

Tous : on s’en fout.

S’en suit une comparaison (sarcastique : oh les coquins) d’autres styles musicaux (bon, on vas pas se mentir : on parlait de Tryo et autres Gaston de ce genre)

J : Il ne s’agit pas de la même scène non plus. Notre but n’est pas de plaire à un maximum de gens mais de faire quelque chose que nous aimons tous.

S : Oui. L’essentiel c’est que ça soit bien fait. J’avoue que je suis content quand ça sonne bien.

T : ouais c’est vrai ! L’exemple à Mons (Belgique), quand il y avait une personne, t’étais content (il s’adresse à Sebastien) ! y’a une personne mais le mec est heureux.

S : Ouais c’était bien, ça sonnait bien.

W : c’est marrant, on en parlait avec un autre groupe, c’était pas du tout ça. Ils ont fait un concert, au HELLFEST OFF, il pleuvait et il y avait une personne bourrée dehors sur le parking du Leclerc.

M : qui est décédée… (Rires)

S’en suit une longue discussion sur le HELLFEST OFF et l’avantage de l’emplacement exotique du parking de Leclerc.

W : Vous allez jouer tout à l’heure en tournant le dos au public…

J : mais nooon.

T : les trois quarts quoi.

M : toujours le cul vers le public. (Rires)

On en fera sur scène. Il n’y a pas de chant mais des blagues.

Nos influences ? Bigard.

W : et si par malheur, vous n’avez pas le succès attendu, est ce que vous encaissez ou bien rien à foutre, nous continuons ! (Le concert était un franche succès ! BAM dans notre gueule de sceptiques)

J : Concert réussi ou pas, c’est vital. On continue. Quoiqu’il arrive.

M : Après c’est vrai que ça motive de faire des concerts…

S : Pour ma part, je donne un exemple : je viens de l’Est et je faisais beaucoup de musique. Ensuite, je suis parti à Rennes il y a 4 ans et je ne connaissais personne. Et pendant un an, je n’en ai pas fait du tout parce que j’étais fatigué, je ne connaissais personne, etc… mais j’avais un manque. C’était un test et clairement, j’avais un manque. La musique c’est vital, peu importe où ça nous mène.

W : Peu importe où ça vous mène ?

S : ouais c’est toujours surprenant, on parlait du concert du Mons…

M : après, c’est nous qui tenons les rênes ! (Rires)

J : on vous donne de la matière.

T : Putaaain, tu ne l’as jamais faite celle-là.

S : en deux ans. Balèze.

M : j’attendais le bon moment. (rictus de vainqueur!)

W : est-ce que vous voulez qu’on fasse un récap de tous les jeux de mots ?

M : On en fera sur scène. Il n’y a pas de chant mais des blagues.

T : sur ½ heure de concert, il y a 10 minutes de musique : la petite Sophie…(Rires)

T : nos influences ? Bigard.

M : Pourtant, on ne fait pas de la musique spécialement humoristique.

T : mais il n’y a pas de paroles. On ne sait pas.

W : C’est vrai. Chacun interprète votre musique selon son ressentie. Il n’y en a qui vont se fendre la gueule en vous écoutant… (Rires)

cerf boiteux
De gauche à droite : Sébastien l’homme de l’Est, Matthieu la voix d’ange, Tanguy le dreadeux et Julien l’hippie végan.

W : Et vous êtes tous de Rennes ?

M : ouais, quasiment…des « Rennois ». (Encore un jeu de mot)

W : Et que pensez-vous de la scène rock Rennaise ?

S : ouais, c’est assez rock.

J : Rennes c’est assez rock’n’roll, comparé à Nantes qui est devenue assez bourgeoise…même si Rennes s’embourgeoise…mais ça reste assez rock’n’roll.

S’en suit une longue discussion sur les villes de Nantes et de Rennes, sur la recette de quatre quarts, les groupes qui gueulaient en fond sonore et les punks à chiens.

W : Quel est vos meilleurs ou pires souvenirs ?

T : Notre concert dans le bar à Mons. C’était un bar qui sentait le vomi, la bière et les frites.

J : ouais, les frites, soit disant les meilleures frites de Belgique. Elles étaient dégueulasses, pleines de sauce.

M : On était en tournée avec un groupe américain qui était en total stress car c’étaient les élections présidentielles. Avec Trump et tout.

J : Mons : concert une seule personne, frites dégueulasse et Trump.

S’en suis un autre délire sur le bar et du vol des chaussettes sales de Tanguy à Lilles…

W : Allez pour finir, vous travaillez avec un label ?

S : non, pas vraiment.

J : Non, on s’organise tout seul. En fait, on fait partie du collectif l’ELABORATOIRE à Rennes et on organise des événements régulièrement.

W : c’est une association ?

J : C’est une association d’artiste et d’artisan.

C’est beau.

Après une interview qui a duré plus de 3/4 heures, interrompue grâce à nos supers collègues de METAL MADTV (en même temps on a un peu abusé aussi), nous avions l’impression, Moskowmonkey et moi, d’avoir passé un moment avec des potes! Bon, comme vous avez pu le constater, les gus ont pris le boulards pfff un truc de dingue !

J’espère que ces anarchistes hippie vegan prétentieux vous ont donné l’envie d’aller découvrir leur musique. Pour ma part, j’ai vraiment aimé leur performance et leur son (bon, je ne partage pas vraiment leur idéologie, moi c’est objectif : béton, pollution et pognon ! Yeah !) et j’ai hâte de les revoir en concert.

À vous de jouer maintenant !

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