BETWEEN The BURIED And Me : “Automata I &II”, un prog-métal entre rêve et réalité

Between The Buried And Me-AutomataI&II Between The Buried And Me-AutomataI&II

Quand les rêves des uns deviennent la réalité des autres : c’est la société du spectacle d’anticipation que le groupe de prog-metal a élaborée pour cet Automata qui se découvre en deux chapitres. Il faut dire que Between The Buried And Me (BTBAM) est un groupe en constante recherche d’innovation, qui veut toujours aller plus loin, explorer des univers sonores où le métal s’est rarement aventuré. Pour cela, chaque sortie du combo est un délice pour les oreilles. On se délecte avec une jouissance non dissimulée des audaces musicales que l’on découvre à chaque mesure (pas beaucoup de 4/4 ici…). Mais c’est également une épreuve tant la richesse des compositions demande une attention de tous les instants. Si le groupe a choisi de sortir l’album en deux temps, c’est donc autant pour des raisons de marketing que par volonté de rendre les choses plus digestes. Car en effet, l’ensemble de l’œuvre oscille entre 75 et 80 minutes. Et les morceaux sont denses. Les parties instrumentales s’enchainent à 200 à l’heure, les notes s’empilent sur un tempo parfois effréné, les rythmes passent du ternaire au binaire, de mesures alambiquées à un bref passage en 4/4… les ambiances se cassent brusquement, et on passe allègrement de parties vocales hurlées à des envolées mélodiques d’autant plus efficaces qu’elles viennent contrebalancer ces moments de tension. Bref, cela demande une santé de fer que d’entrer dans l’univers musical des gars de Caroline du Nord. Plus prosaïquement, c’est aussi un choix du label—Sumerian Records—que de profiter de la longueur d’un album pour le sortir en deux fois. Il n’y a pas de petit profit.

Faisons un entracte, pour ainsi dire, et sortons-le en deux parties. Faisons en sorte d’avoir deux moments dans l’année où les gens pourront être excités et ne pas tout avoir d’un coup.

Tommy Rogers

BTBAM bénéficie en outre d’un line-up stable depuis de nombreuses années et les membres eux-mêmes semblent travailler dans une entente qui produit une certaine émulation et motive leur créativité. On retrouve sur ces deux albums, d’après les musiciens, des thèmes et idées qui ont émergés du temps de Colors, leur album le plus emblématique qui a fêté ses dix ans l’année dernière. On entends donc sur ces deux opus une nouvelle fois Tommy Rogers au chant et aux claviers, Dustie Waring à la guitare rythmique, Paul Waggoner à la lead, Blake Richardson à la batterie et Dan Briggs à la basse. Le quintet a tourné avec un autre groupe prog, plus classique mais non moins excellent, The Dear Hunter—jetez-vous sur leurs albums, c’est de la bonne!— et en ont conçu un split Between Thee Dear Hunter And Me sorti ce printemps et qu’il faut découvrir absolument tant l’interprétation du titre de l’un par l’autre permet d’apprécier la richesse de chacun et de changer de perspective (cerise sur le gâteau de l’article tout en bas de la page pour les curieux).

Pour ce qui est de l’œuvre en deux parties de BTBAM, il est indéniable à l’écoute de chacune d’entre elles qu’on sent effectivement une démarcation entre les six titres du premier et les quatre du second. Revue.

Avec ce morceau, BTBAM nous donne à entendre un concentré d’Automata.

Automata I :

D’entrée de jeu, on est happé par la puissance du morceau d’ouverture de ce conte moderne. Condemned to the Gallows opère comme la bande son d’un film, entre petite ritournelle digne d’un “Giallo” de Mario Bava ou de Dario Argento, posant là une ambiance fantasmagorique qui va se diffuser au travers de l’ensemble du disque, et montées en intensité avec des accords martelés comme des coups du destin ponctuées d’envolés mélodiques, le tout accompagné de riffs entre jazz et rock caractéristiques du style BTBAM. Comme souvent chez eux, l’album est un album concept. Ici, le protagoniste voit ses rêves diffusés dans le monde entier dans une émission de divertissement. Il se heurte à la cupidité et la corruption en la présence de Voice of Trespass, la compagnie qui exploite ses rêves. Il part à la recherche de sa femme et son enfant qui ont disparus. Mais ont-ils disparu de la réalité ou seulement dans ses rêves? Philip K. Dick n’est pas loin.

L’angoisse monte et la violence éclate sur House Organ, morceau concis de 3’41”, et se répand tout au long des plus de huit minutes de Yellow Eyes, morceau haché, bourré de breaks de changements de tempo, de blasts et qui nous laissent, enfin, un peu de répit après quatre minutes pour poursuivre son évolution tortueuse, mêlant encore une fois des moments presque techno avec des reprises brutales qui déclenchent immanquablement un réflexe de balancement rythmique d’avant en arrière de la tête.

Millions est un titre étrangement calme et court (4’44”) dans la tracklist du volume I. Il présente également la particularité d’être relativement accessible et linéaire à l’écoute. La mélodie coule, le chant se fait presque caressant et le morceau parait somme toute assez classique au milieu du répertoire du groupe. Chose assez rare chez BTBAM pour être noté.

J’aime l’idée des choses qui ne sont pas ce qu’elles paraissent […]. Peut-être que mes rêves sont ces chansons et que je ne suis pas vraiment dans un groupe !

Tommy Rogers

Après un bref interlude instrumental, on est plongé dans dix minutes de Blot, et la tonalité mélancolique et grandiloquente du final du morceau marque effectivement un paroxysme qui justifie largement la découpe en deux parties.

Automata II:

The Proverbial Below entame le second volet sans là non plus laisser de répit à l’auditeur. Ni même résumer les épisodes précédents. À la différence des titres du volume I, sommes toute assez classique dnas le répertoire du groupe, on entre ici dans des zones inexplorées. En effet, le volume II pousse  toujours plus loin dans les univers musicaux inédits. Le titre est introduit par un instrumental qui ferait penser que des descendants de la NWOBHM ont fauté avec John Mc Laughlin ou Al Di Méola.

Tommy Rogers y pousse peut-être ses plus belles parties vocales, et le riff thématique vous prend largement au tripes, revenant comme un leitmotiv et glissant petit à petit vers Glide (attention! jeux de mots!), nouvel interlude de deux minutes et quelques qui propose des sonorités rarement entendus dans ce genre de musique. Accordéon, mélotron et harmonium composent une valse qui évoque des images de fête foraine, de spectacle un peu vulgaire et racoleur, et constitue tout naturellement l’avant-première du morceau qui a lui seul justifie l’acquisition l’album.

Dans Voice of Trespass, BTBAM invente le prog-swing-metal! Comme une rencontre entre le Brian Setzer Orchestra, Tom Waits et Dillinger Escape Plan. On y croise des soli de jazz manouche, des ponts et breaks jazz-rock, des cuivres New-Orleans, le tout appuyé par des grosses guitares et des rythmiques puissantes. Le titre du morceau fait référence à la compagnie qui exploite les rêves du dormeur et évoque la tromperie, la corruption, et le voyeurisme. Puis, The Grid, qui va étirer ses thèmes sur neuf minutes, commence comme un morceau de King Crimson, arpèges et synthé planant, avec un côté In The Court Of The Crimson King sur les dernières minutes.

BTBAM est définitivement le Pink Floyd, le Genesis (période Peter Gabriel) ou le King Crimson du XXIe siècle, tant l’inventivité et la témérité musicale des membres nous entrainent dans des univers sonores inédits et expérimentaux. Non content d’être certainement la meilleure production du groupe, le package Automata I & II se présente aussi comme celle qui tourne le plus sur ma platine depuis sa sortie.

Sources :

http://www.radiometal.com/article/between-the-buried-and-me-reve-deux-temps,292539

Liens :

http://sumerianrecords.com/

https://www.youtube.com/user/BTBAMofficial/featured

https://www.facebook.com/pg/BTBAMofficial/posts/

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