Prodigy, ou comment faire du neuf avec du vieux

The Prodigy revient! - Photo site officiel de The Prodigy The Prodigy revient! - Photo site officiel de The Prodigy

The Prodigy revient pour un septième album intitulé No Tourists, paru le deux novembre dernier sur le label du groupe, Take Me To The Hospital (en lien avec BMG) Comme à mon habitude, je me suis donné quelques jours et plusieurs écoutes avant de vous restituer mon avis sur ce nouvel opus.

A l’instar des Chemical Brothers ou de Fatboy Slim, The Prodigy, c’est toute mon adolescence! Difficile dans ces conditions de mettre l’affect de côté… Le son 90’s (je parle de big beat pas de cette affreuse eurodance) si caractéristique de ces artistes, peut il encore nous surprendre ou nous plaire en 2018? Les frangins chimiques m’ont, par exemple, un peu déçu sur leurs dernières sorties, même si il sont toujours aussi bons en live! Toute la bienveillance du monde me fait dire que je préfère leurs albums d’il y a quinze ans. En définitive, je tends l’oreille à leurs sorties, sans en espérer grand chose…Pour The Prodigy, l’équation est un peu différente. Adolescent j’adorais l’esthétisme de leurs clips, leurs looks incroyables sur scène, leurs provocations, et j’ai découvert grâce à eux un monde que je ne connaissais pas, celui de la nuit. Ah oui, je ne parle pas de Michou ou Régine, mais bien des raves et de la culture techno en général. Je leur dois donc beaucoup, grâce à Liam Howlett et ses copains, j’ai pu découvrir Apollo 440, Leftfield, Junkie XL, Orbital, KMFDM, Underworld

Breathe (1996) : c’était le bon temps comme dirait l’autre!

Le temps est passé, je me suis éloigné un peu de tout ça (quand tu bosses en journée, tu as moins de temps pour aller faire le mariole), sans pour autant retirer Prodigy de mes playlists, où il y a toujours un petit Breathe ou autre Out of Space qui traine. Je fais partie de ceux qui ont adoré Invaders Must Die (2009) (et je maintiens mes propos, c’est sans doute un de leurs meilleurs albums), à contrario The Day Is My Enemy (2015), malgré quelques bons titres, m’avait un peu laissé sur ma faim. J’apprécie beaucoup les premiers albums du groupe, pour ce son singulier : agressif, subversif, rentre dedans et sans fioritures inutiles, promesse de corps à corps endiablés dans une fosse ou sur le dance floor…Prodigy est un groupe qui approche les trente ans de carrière, c’est un élément important à prendre en considération. Sur sept albums, certains sont forcément plus expérimentaux, ou plus mainstream (je pense au dispensable Always Outnumbered, Never Outgunned…), mais globalement il y a toujours cette “signature” typique de Prodigy.

No Tourists : des sonorités efficaces mais sans surprises

Le sentiment mitigé laissé par The Day Is My Enemy n’a pas entamé mon enthousiasme suite à l’annonce de la sortie imminente d’un nouvel album, que j’espérai bien pêchu et destructeur pour les âmes et pour les oreilles sensibles…alors? Je vais vous répondre simplement, tout est dans le titre ma bonne dame! No Tourists, quel nom prometteur! Cet album n’est pas pour les pieds tendres et autres intérimaires de la musique techno. Si tu veux écouter de l’EDM, c’est la porte à côté!

La pochette de ce septième album
L’illustration de couverture de ce septième album

Naturellement, le groupe a laissé fuiter quelques morceaux avant la sortie officielle de l’album. En l’occurrence le titre Need Some 1 : d’emblée nous retrouvons les éléments habituels d’un bon Prodigy dans ce clip tourné à Manille par Paco Raterta. C’est ultra rythmé, à la limite de l’oppressant, on en perd facilement haleine à danser là dessus.

Liam Howlett, le chanteur et leader du groupe, va dans ce sens quand il revient sur ce morceau, qui par ailleurs est celui sur lequel débute l’album :

« Je voulais composer quelque chose avec un downtempo bien balancé, sans sacrifier la sensation de danger»

Nous voilà mis en appétit! Il est temps d’écouter la suite pour confirmer cette bonne première impression. Le second morceau, Light Up the Sky est quasiment un hommage à lui tout seul aux six albums précédents! C’est old school, ça pioche dans toutes les bonnes ficelles de Prodigy (Their Law notamment) et c’est méchamment cool en définitive! La vidéo en live ci dessous vous démontrera tout le potentiel de ce titre!

Deux morceaux de passés, et un sans faute pour l’instant! We Live Forever est comment dire…déconseillée aux cardiaques? Là encore, rien de nouveau quand on connait Prodigy, et leurs principaux détracteurs s’engouffreront dans cette brèche. We Live Forever est construit autour de samples de Ultramagnetic Mc’s, formation de hip hop que Liam Howlett vénère et qu’il a l’habitude d’inclure dans des compositions de Prodigy.  Avec sa baseline simple et efficace le morceau reste en tête!

Forcément, en écrivant cette chronique j’ai monté le son sur mes enceintes, la voisine du dessous sonne à la porte : elle attendra. No Tourists marque un léger break dans le rythme effréné de cet album. Il était le bienvenu, je m’effondre dans mon canapé! Bon ce n’est pas mon morceau préféré de l’album, on ne va pas s’étendre sur le sujet. Surtout quand derrière déboule Fight Fire with Fire! Pour cette dernière, Prodigy a fait appel aux deux olibrius de Ho99o9! Rappelez vous, on les avait croisé au Hellfest en juin de cet été. A l’écoute, la rencontre entre les deux formations tombe sous le sens!

Timebomb Zone : l’écouter c’est repartir vingt ans en arrière! La vache! C’est bien entendu totalement assumé de la part de Prodigy, qui nous fait le plaisir de nous renvoyer aux grandes heures des raves illégales. Même sans LSD, vous allez partir. Si il doit y avoir un morceau emblématique de ce No Tourists, je conseillerai celui ci. Il est purement jouissif. Pour les fêtes de famille ou le repas de Noël avec vos collègues, oubliez tout de suite, par contre pour décoller le plâtre du plafond de votre voisine du dessous c’est l’instrument ultime!

On aborde le septième morceau sans s’en rendre compte! Champions of London ou la petite dédicace locale! Prodigy étant originaire de Braintree, petite ville paumée (regardez les photos sur le web) du nord de Londres. C’est sympa mais j’accroche moyen, de même qu’avec Boom Boom Tap, le titre suivant qui met du temps à décoller. Qu’on se comprenne bien les jeunes, les deux morceaux sont cool mais, de mon simple avis, en dessous de ceux du début de l’album.

Le temps file, voici déjà la fin de l’album! Resonate, titre sans grande saveur, puis le final sur Give Me A Signal (avec la participation de Barns Courtney), morceau un peu atypique sur ce No Tourists, rempli jusqu’à alors de bruits et de fureur. 58 minutes viennent de s’écouler. Quel bilan en tirer en définitive?

Faire du vieux avec du vieux  : Prodigy reste dans sa zone de confort, et ça passe!

No Tourists n’est surement pas un album d’une grande originalité et il sonne résolument années 90. Un recyclage minutieux des bonnes recettes du groupe, accouche d’un album qui plaira surement aux fans du trio. Je serai, par contre, beaucoup moins acerbe que certains de nos confrères qui reprochent à Prodigy de ne pas faire évoluer leur musique. Prodigy est une machine à danser, dont les fondements reposent sur un savant mélange de techno/rave/acid et de hip hop. Alors oui, certes, vous n’allez pas trouver sur ce No Tourists de pistes un brin expérimentales, ou de duo improbables (celui avec HO99O9 est parfait!). Prodigy bétonne sur ses bases : un son furieux, rapide, répétitif, agrémenté de lyrics violents. C’est sans doute un peu kistch (l’esprit rave mâtiné de punk est il encore audible aujourd’hui?), ça ne réinvente rien, et Prodigy ne fait pas de duo avec Ariana Grande…Mais, et toute la saveur est dans ce “mais”, ça fait plaisir de réentendre de nouveaux titres de Prodigy. Comme la Mère Poulard, ils ont une bonne recette et ils s’y tiennent!

Le groupe a annoncé des premières dates de tournée mondiale sur leur site : une date en France peut etre? Croisons les doigts!

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