Petites annonces + musique = Forever Pavot

Voilà un disque qui vous permettra de briller en société ! Le Bon Coin Forever de Forever Pavot. Se pose tout de suite deux questions : connaissez-vous Le Bon Coin ? Et connaissez-vous Forever Pavot ?

Je vais être très rapide sur la première interrogation ! Le Bon Coin c’est ce site où l’on trouve tout et n’importe quoi, à n’importe quel prix, bref, une immense brocante en ligne qui est devenue un réflexe de recherche pour bon nombre d’entre nous.

Et Forever Pavot alors ? Il s’agit d’un groupe de rock psychédélique français, emmené par le chanteur et compositeur Emile Sornin. Lancé depuis 2013, avec la sortie du premier EP intitulé Christophe Colomb, Forever Pavot est actuellement sur le label Born bad Records, et le dernier album, La Pantoufle, est paru en novembre dernier. Comment qualifier leur musique ? Expérimentale ? Touche à tout ? Foutraque ? A l’instar d’un Jacques, la démarche de Forever Pavot se réduit difficilement au seul champ musical. Notamment sur l’opus qui nous intéresse, à savoir Le Bon Coin Forever.

Je vous vois d’ailleurs venir : Quel est le lien entre un site de petites annonces et un groupe de musique me direz vous ? C’est là que Le Bon Coin Forever prend toute sa saveur, il s’agit d’une épopée des temps postmodernes, autant récit contemporain portant sur l’intimité des habitants de la France profonde, qu’expérimentation musicale.

Le concept ? Emile Sornin a sillonné les routes du Poitou Charente à la rencontre de ses habitants et de leurs instruments de musique par le biais d’annonces déposées sur le site leboncoin ! Grâce à ces instruments, Emile Sornin a enregistré, chez les habitants, les pistes de l’album Le Bon Coin Forever.

foreverEmile Sornin se frotte à un instrument typique du Poitou Charente…

Sur le site de Born Bad Records, vous trouverez la liste, hétéroclite, des instruments concernés : Accordéon, Alarme modifiée, Analog modular system Doepfer, Balafon, Bombarde, Bonhomme gigueur, Clavier Bontempi modifié, Congas, Contrebasse, Cymbalum, Dulcimer, Epinette, Farfisa Matador, Flûtes à bec, Guitare Egmond, Guitare électrique préparée, Harmonium Magnus, Guitare, Guimbarde thailandaise, Guitare double manches, Jomox Xbase 999, Korg Poly‑800, Khen Orgue à bouche, Orgue à tubes, Lap steel, Piano, Violon, Roland D-50, Roland CR‑78, Scie musicale, Sonnettes, Saz, Sitar, Toy piano, Trompette, Vibraphone, Washboard, Yamaha Electone D-80…Je ne connaissais pas la moitié de ses instruments ! Je vous sens impressionnés !

Le plus sympa dans tout ça ? Suite à une invitation du Confort Moderne (lieu culturel incontournable de Poitiers), ces rencontres improbables ont été filmées par un ami de Emile Sornin, le réalisateur François Xavier Richard. Un documentaire a été monté grâce à l’ensemble de ces séquences vidéo. Vous pouvez découvrir cette odyssée sur les routes du Poitou en visionnant la vidéo suivante :

Comme il le raconte lui-même, Emile Sornin a dû réussir à convaincre des particuliers de le recevoir chez eux, et de le laisser jouer de la musique dans leur salon avec la vieille trompette d’un aïeul décédé…Sans compter que l’instrument en question ne trouvait pas preneur pour autant :  « Imaginez que quelqu’un vous appelle pour vous demander s’il peut venir chez vous pendant deux ou trois heures, afin d’enregistrer de la musique et de filmer le tout. Pour, au final, ne pas acheter votre instrument ! »

forever pavot.jpgScène improbable pour musique improvisée!

Que dire ou rajouter à la vision de Emile déboulant dans la cuisine de retraités pour tester une vuvuzela fabriquée sur une base de tuyau d’arrosage ?

Il réussira à enregistrer neuf titres, ceux présents sur Le Bon Coin Forever, avec des titres évocateurs : Un millimètre ça change tout, le piano à six queues, Il enterre les corbeaux…ceci étant Emile Sornin nous précise un peu les choses : « Ces quelques titres, il ne faut pas les prendre comme de véritables chansons. Enfin, à chacun de voir, mais je vois plus ça comme des fragments, inspirés par l’ambiance dans laquelle je me trouvais et du feeling que j’avais avec les gens. »

Pour bien comprendre la démarche, outre le documentaire, je vous invite à vous procurer la version de l’album avec le livret comportant les photographies des vendeurs avec leurs instruments ! Imaginez J’irai dormir chez vous avec des instruments de musique, et des rencontres digne de la cultissime et regrettée émission Strip Tease : C’est vraiment l’impression que j’ai eu en regardant ce reportage bourré de personnages tellement ordinaires, mais au final tellement sympathiques, et d’échanges totalement surréalistes. A mon avis, c’est certain, vous ne verrez plus les annonces du Bon Coin de la même manière.

On reviendra sans doute sur la musique de Forever Pavot sur weirdsound, car hormis cette « performance », le bougre a quand même sorti deux opus vraiment dignes d’intérêt !