Pete Shelley ou l’anti-musique. Hommage.

Pete Shelley nous a quitté... Pete Shelley nous a quitté...

Quelque part dans les univers parallèles où le temps s’est arrêté, vers la fin des années 80, un jeune garçon de dix huit ans se console en écoutant en boucle une voix qui surnage sur des nappes de guitares, et égrène des mélodies définitives. Airs qui resteront incrustées pour longtemps dans son esprit et qui l’accompagnent encore aujourd’hui. Mais ce jour d’été dans les eighties, il noie son chagrin d’amour, et ce sont des morceaux comme ceux-ci qui lui sauvent la vie :

Ou le classique :

Plus de trente ans plus tard, ou en même temps—slogan un peu galvaudé ces temps-ci— si l’on croit en la vision cyclique du temps des anciens Incas, c’est avec tristesse qu’il apprend que ce chanteur qui lui a permis de remonter la pente vient de décéder.

Avec son visage à la Ron Weasley, Pete Shelley, de son vrai nom Peter Campbell McNeish, et ses Buzzcocks vont marquer une génération entière de musiciens, du punk, de la pop, du grunge. Il s’est éteint le 6 décembre en Estonie d’une crise cardiaque.

Premier groupe—modèle de DIY pour les groupes indé à venir—à monter son propre label pour  sortir leur premier E.P., Spiral Scratch, produit par…Martin Hannet, futur producteur de New Order, les Buzzcocks sont un peu à part dans la vague punk qui déferle en 77 sur l’Angleterre et le monde. Leurs morceaux, composés avec un grand talent de song writer par Shelley, leur son caractéristique, en font aussi une figure que l’on pourrait classer dans la brit-pop. Bien que ses principales influences aient été des groupes expérimentaux et progressifs (Can, Neu!, The Residents…), ou encore Black Sabbath et Eric Clapton, Pete Shelley a toujours cherché à contourner et à se moquer des normes et règles du business de la musique. Au commencement était une volonté de faire une anti-musique, quelque chose d’inaudible, d’invendable. D’ailleurs, les Buzzcocks n’ont jamais aimé se faire cataloguer, et se faisaient un malin plaisir à afficher leur mépris des goûts des autres kids de leurs âge : pas de bagnole—Fast Cars—, pas de pose de guitar-hero.

The whole idea was to make it as ridiculous and outrageous as possible – but then people loved it.

L’idée était de rendre tout cela le plus ridicule possible, mais les gens ont quand même  aimé!

Pete Shelley

C’est le solo de Boredom, deux notes qu’ils ont du mal à jouer sérieusement tellement ça leur apparait comme un pied de nez à la virtuosité des guitare-heroes de l’époque. Ce sont des références sexuelles explicites qui choquent l’Angleterre bien pensante des années Thatcher (leur label s’appelle New Hormones) comme ce single qui les propulse comme une des figures du Punk made in Great-Britain aux côtés des Pistols, Clash et Damned, Orgasm Addcits.

Ode à l’onanisme, sorti le 4 novembre 1977

I was anti-music. 99 per cent of music is just showing off. When we first started off, the whole idea was to make the most uncommercial, horrible music we possibly could – hence two-note guitar solos. We thought, ‘No-one’s going to buy this!

J’étais anti-musique. 99% de la musique c’est juste de la pose. Quand nous nous sommes lancés, l’idée était de faire la musique la plus anti-commerciale et inaudible que nous pouvions—le solo de guitare sur deux notes. Nous pensions “personne ne va acheter ça!”

Pete Shelley

En deux années, ce sont littéralement des dizaines d’hymnes éternels qui sont composés par le musicien. Prolifique, ce sont pas moins de trois albums en deux ans qui sont produits : 1978’s Another Music in a Different Kitchen, 1978’s Love Bites, and 1979’s A Different Kind of Tension. Si le groupe se sépare à l’aube des années 80, Shelley se lance dans une carrière solo. Mais le single qui marque ses premiers pas dans la pop synthétique sera censuré et interdit sur la BBC. C’est que le chanteur y fait référence à l’homosexualité—il révélera plus tard sa bi-sexualité—ce qui passe encore difficilement à cette époque. Le titre sera néanmoins un succès dans les clubs en Europe.

Une musique bien en avance sur son époque. Quelque soit le style, l’écriture du Mancunien (et oui, décidément, cette ville est le creuset de grands talents dans ce passage entre deux décennies) est brillante, simple, les paroles toujours percutantes, jamais bien pensantes, abordant des thèmes universels qui parlent à tout le monde. Et son grain de voix, reconnaissable entre mille. Ces incursions qui troublèrent les fans de rock dans la musique électronique ne furent pas les seules.

Melody is an aid to memory, Once you’ve learned a tune, then you don’t need to know what the notes are, you know where you are in it by the melody.

La mélodie est une aide pour la mémoire. Quand tu as appris un air, ensuite tu n’as pas besoin de connaitre les notes, tu sais où tu en es dans le morceaux grâce à la mélodie.

Pete Shelley

À ses heures perdues, avant les Buzzcocks, puis après, Shelley s’était essayé à la musique électronique pure. Ainsi, son dernier album est une expérimentation que l’on pourrait qualifier …d’anti-musique. Dans Cinema Music and Wallpaper Sound sortie en 2016, les sons s’enchainent, sans réelle teneur mélodique. Une expérimentation sonore qui rappelle son amour pour les groupes hors normes, pratiquant une musique finalement à l’opposée de ce que pouvait produire l’industrie musicale et qui fascinait l’adolescent de Manchester.

À la fin des années 80, il remonte sur scène avec les Buzzcocks. Ils sortiront encore six albums et continueront de jouer encore jusqu’à aujourd’hui. En 2004, il enregistre avec d’autres grandes figures du rock un hommage à John Peel qui avait une tendresse particulière pour ce morceau :

Les mélodies de Shelley sont des monuments du rock qui ne vieillissent tout simplement pas et se transmettent de génération en génération. Ainsi, ré-enregistré par Pete Yorn pour Shrek 2, Ever Fallen in Love continue son bout de chemin dans nos têtes et prouve à quel point une mélodie et des paroles justes sont des béquilles pour l’auditeur qui se les approprie. Des fragments de mémoire et de vie qui, dans les périodes les plus sombres, se font indispensables pour se relever. Merci Pete Shelley. R. I. P.

Peut-être mon morceau préféré des “queues vrombissantes” (même si chanté et composé par Diggle).

Harmony in my head

Whenever I’m in doubt about things I do
I listen to the high street wailing sounds in a queue
I go out for my walking sailing social news
Don’t let it get me down I’m long in the tooth

When I’m out in the open clattering shoppers around
The neon signs that take your eyes to town
Your thoughts are chosen your world is advertising now
And extravagance matters to worshippers of the pound

But it’s a harmony in my head
It’s a harmony in my head

The tortured faces expression out aloud
And life’s little ironies seem so obvious now
Your cashed in cheques have placed the payments down
And there’s a line of buses all wait to take you out

But it’s a harmony in my head
It’s a harmony in my head
It’s a…

It’s a harmony in my head
It’s a harmony in my head
It’s a harmony in my head
It’s a harmony in my head

Whenever I’m in doubt about things I do
I listen to the high street wailing sounds in a queue
I go out for my walking sailing social news
Don’t let it get me down I’m long in the tooth

‘Cos it’s a harmony in my head
It’s a harmony in my head
It’s a harmony in my head
It’s a harmony in my head

Sources :

https://www.loudersound.com/features/anti-music-and-pro-fun-pete-shelley-the-punk-who-changed-the-music-business

https://www.loudersound.com/news/buzzcocks-pete-shelley-has-died-aged-63