La liberté retrouvée de Thomas Azier

Thomas Azier est de retour avec Stray! Crédit photo Obi Blanche Thomas Azier est de retour avec Stray! Crédit photo Obi Blanche

 

Thomas Azier est de retour avec son nouvel album “S T R A Y” paru  le 23 novembre 2018.  Le jeune Hollandais d’une trentaine d’année revient avec un style musical qui lui ressemble enfin. Une ambiance deep house avec cette note très “frenchy” venant tout droit de la capitale, c’est le résultat d’un an de préparation pour le jeune chanteur qui revient en tant que musicien et producteur indépendant.

Weirdsound : Tu as quitté Amsterdam quand tu avais 17 ans pour aller à Berlin. C’était pour le style de vie de Berlin ou pour le style de musique là-bas ?

Thomas Azier : Je pense que quand tu es jeune tu n’as pas toujours grand-chose à dire. Tu as besoin de temps tu as besoin de vivre un peu… et j’ai décidé de partir un peu… juste partir pour une aventure.  Je suis resté à Berlin pratiquement 10 ans. En plus ce n’est pas une ville très chère donc tu pouvais vraiment tout découvrir pour pas grand-chose à l’époque.

W : Tu as sorti ton premier EP en 2009 avec Ion Ludwig, et tu as commencé à faire de l’électro deep house, on te retrouve avec Rouge quelques années après, dans un style très différent…comment tu expliques ces choix artistiques?

T.A. : Je ne sais pas, j’ai toujours été attiré par le coté architectural de la techno et la musique de Berlin, avec une structure vraiment clean et claire avec des éléments qui se répètent en boucle. Y a un côté très hypnotique. Je pense que j’ai récupéré ça d’Allemagne. Mais j’aime beaucoup aussi les mélodies et les notes plus françaises. Donc j’ai pris les deux et je les ai mixées.

Aux Pays Bas les gens sont très « sobres », dans le sens où ils aiment les choses simples à entendre. Donc j’ai fait en sorte de combiner tout ça pour proposer quelque chose de nouveau, d’inédit.

Le morceau Hylas extrait de l’album du même nom

W : Qu’est ce qui t’a poussé à faire de la musique en solo ?

T.A. : Je trouve que c’est une bonne question parce que aujourd’hui on vit dans un monde un peu bordélique, un monde où on est distrait. On est distrait par tout et n’importe quoi comme les téléphones, la télé … donc j’ai trouvé ça difficile de collaborer parce que les gens sont toujours occupés par autre chose. J’étais plus efficace en faisant ma musique seul. J’ai commencé à produire à jouer des instruments. Je devenais vraiment autonome, je pouvais finir mon « devoir » tranquillement sans que ce soit une obligation mais plus une nécessité. J’adorerais travailler avec d’autres personnes mais je trouve que c’est plus simple seul et c’est surtout plus rapide.

Pourtant j’ai beaucoup travaillé en groupe et j’aimerai recommencer, je suis ouvert à toutes les propositions. J’ai eu l’occasion de bosser avec Stromae, Diplo… j’ai beaucoup écrit pour d’autres personnes. Mais mon but principal reste la composition de ma musique.

W : Est-ce que pour ton nouvel album tu es revenu vers ton ancien style électro deep house ou tu t’es essayé à quelque chose de nouveau ?

T.A. : Je pense que ça s’entend toujours dans le fond, c’est toujours quelque part dans mes musiques. C’est comme une éducation, tu peux jamais t’en débarrasser ! Je pense que je l’ai un peu perdu dans mon deuxième album « Rouge », un album très français, avec beaucoup d’acoustique, mais c’était assez loin du style que je cherchais. Dans mon nouvel album on se rapproche clairement de ce que j’essaye de créer.

Le morceau Echoes tiré de l’album STRAY de Thomas Azier

W : Avec tes deux derniers albums est ce que tu peux te décrire un peu, nous dire ce qui fait ton identité musicale ?

T.A. : Je suis constamment en train de cherche l’excitation, je veux toujours apprendre,  j’ai soif de choses nouvelles. Et je pense que  ce que je voulais pour cet album c’était plus de parler, dépeindre le monde dans lequel je vis. Le hip hop est devenu la pop music d’aujourd’hui et je sens que je n’appartient pas à ce style. C’est devenu un peu la musique de référence. Si le hip hop représentait une communauté, je pense que je serai un genre de campagne, isolée de tout ça. Je ne veux pas leur ressembler, je veux faire mes affaires à ma manière, m’occuper de ma musique. Je fais ça depuis un moment maintenant, je m’isole, je fais ma musique et je sors quelque chose tous les ans.

W : Ton dernier album est sorti en vinyle il y a peu de temps et il est déjà sold out ! Du coup beaucoup de gens se sont demandés pourquoi il n y a pas eu plus d’exemplaires.

T.A. :J’ai quitté Universal. Je suis indépendant maintenant. Je le suis dans mon esprit et ça fait du bien d’être libre. C’était une expérience horrible, vraiment horrible. Tu sais faire partie des  grandes compagnies c’est comme naviguer sur un grand bateau, si tu veux changer de direction, t’auras beau vouloir de toutes tes forces aller d’un côté, si le bateau ne veut pas tourner, il ne tourne pas. Donc avec ce changement de cap, on n’a pas souhaité en sortir plus.

W : Tu as fait un live dans un taxi avec juste une guitare et ta voix et c’est vraiment sympa à écouter, rien que pour l’ambiance qui déconnecte de la réalité. Tu peux nous raconter comment ça s’est fait ?

T.A. : C’était à Abidjan ! Mon frère habite là-bas il travaille avec beaucoup d’artistes locaux vraiment talentueux. Du coup de temps en temps je lui rends visite et on compose tous les deux. Mais ce n’était pas prévu, c’était une blague à la base et on s’est dit que ça serait une bonne idée de filmer le tout et le rendu nous a plus. Le conducteur du taxi s’est bien marré et on l’a payé plus que prévu pour nous avoir laissés faire notre affaire ! Mais au début il a trouvé ça bizarre que deux blancs débarquent dans son taxi et se mettent à chanter comme ça. C’était une super expérience.

W : Quelles ont été tes sources d’inspiration pour l’album ? Des carnets de voyages, des notes, des expériences ?

T.A. : T’as quel âge ? ( NDL :je lui réponds 20 ans) J’en ai 30 maintenant, et je pense qu’il y a un énorme changement entre nos deux âges.  Je trouve qu’avoir eu 30 ans change vraiment la façon de voir les choses. Je suis devenu plus à l’aise avec l’idée que ça y est, je suis un adulte. Avant je me sentais plus comme un adolescent, voire un enfant. Et je pense que ce changement a grandement influencé ma musique. Je voulais que cette testostérone, cette énergie soient dépensées dans la musique. Je voulais la responsabilité qui vient avec la trentaine ou du moins le sentiment de responsabilité. Cette responsabilité où tu te dis « j’ai ma vie en main ».

Quand j’avais 20 ans j’avais aucune idées de ce que je voulais faire ni d’où je voulais aller, c’était désastreux. Mais paradoxalement j’adorais çà, le chaos, être confus et se laisser emporter par le vent comme une feuille. Mais une fois que j’ai vraiment grandi j’ai eu confiance je me suis ressaisi et j’ai enfin su ce que je souhaitais. Je pouvais enfin dire « j’emmerde ça, ça et ça, je veux ça et pas autre chose ! ». En toute responsabilité, cette confiance et cette détermination, je les ai énormément ressenties sur l’enregistrement. Je l’ai fait seul et je me suis dit « go, on y va ! ».

W : Dans un ancien article pour Weirdsound tu disais vouloir garder tes distances avec les médias, resté loin des sarcasmes de la presse, de la télé…

T.A. : Tout simplement parce que je ne me vois pas vendre autre chose que de la musique. Je ne cherche pas à me vendre moi, ou être un modèle, je m’en fous, ce n’est pas du tout ce dont j’ai envie.

Et aujourd’hui ce qui est terrible c’est que les gens écoutent la musique avec leurs yeux, ils ne se contentent plus d’apprécier un son. Ils regardent la musique, ils ne l’écoutent plus, on vit dans un monde très visuel. Et c’est contraire à ce que je fais, je fais de la musique, pas autre chose. C’est important parce qu’au final c’est le son qui reste, pas l’image et j’ai envie de mettre ça au clair. Je veux que cet album sorte, pas qu’il fasse forcement beaucoup de bruit, mais juste qu’il sorte et qu’il existe. Et après on verra. Pas de stress pas de pression pas de label à la con !

W : Est-ce que s’il y a une tournée,  et surtout, est ce que tu vas revenir à Nantes ?

T.A. : Je vais faire une grosse tournée normalement. Je vais faire l’Allemagne et les Pays Bas, c’est quasiment certain, et j’adorerai faire la France. J’adore jouer en France, l’ambiance est top.  Et pour Nantes j’espère sincèrement y aller, j’adore cette ville et Stereolux était une expérience géniale donc on croise les doigts ! Mais pour le moment je dois tout préparer, et comme je suis entièrement libre et indépendant je dois d’abord trouver des partenaires, organiser la tournée…

L’interview se termine, après les salutations d’usage, je prends congé de Thomas. En repartant vers mon domicile, je réfléchis à notre conversation et réécoute Stray. C’est définitivement un très bel album, peut être le meilleur de Thomas Azier. Je ne peux que vous en conseiller l’écoute pour (re)découvrir cet artiste indépendant et fier de l’être!

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