Ministry : Comme une sérieuse envie de (encore) tout péter!

Le 09 mars 2018 a été une date importante dans l’histoire de la musique, et quelque chose me dit que vous n’avez aucune idée de ce à quoi je fais référence ! Bon, quelques indices : musique industrielle, USA, 14ème album, mi-Cubain mi-norvégien ? Un mec passablement énervé ? Ah ça y est ! Vous y êtes !

Al Jourgensen et Ministry reviennent dans la course !!! Et ça fait sacrément du bien d’avoir des nouvelles de ce bon vieux Al. Nous avions eu l’occasion de les voir sur la scène du Hellfest l’année dernière, à l’occasion Ministry nous avait joué Antifa, premier extrait de ce nouvel album, intitulé Amerikkkant. II y a bien trois K dans le titre, les plus érudits d’entre vous auront compris la référence, les autres va falloir vous documenter sur : les droits civiques aux USA, Martin Luther King, la Louisiane, les Black Panthers, les cagoules blanches pas très sexy, bref le Ku Klux Klan (en français : Cul Cul Plan, ah non zut, ça, c’est autre chose). Comme à mon habitude, j’ai laissé passer quelques jours depuis la sortie de l’album, histoire de me donner un peu de temps pour digérer.

Le concert complet de Ministry au Hellfest en 2017 – Merci Arte !

Entre le titre de ce nouvel album et la pochette (ci-dessous), on a vite pigé le programme : Al Jourgensen et ses sbires repartent en guerre contre les USA, ou du moins une partie des USA…dire que c’est un pamphlet contre Trump et son administration relève du pléonasme. Al nous a concocté une œuvre de destruction massive dont il a le secret. On voit tout de suite la similitude avec les deux albums sortis sous l’ère Bush. Mais, et on va en discuter un peu après, cette fois-ci il n’y a pas que le haut de l’état qui en prend pour son grade. Dans sa grande générosité, Ministry décide de faire feu de tout bois, les fascistes et autres bas du front en prennent plein les moustaches : c’est délicieux !

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Autant vous dire que j’avais précommandé Amerikkkant, en bon fan boy que je suis, moi et Ministry c’est une longue histoire d’amour…pour rappel, et de la manière 100% objective qui me caractérise si souvent, Ministry, après des débuts très marqués par la new wave, est devenu l’un des trois piliers de la musique industrielle avec Killing Joke et Nine Inch Nails. Bientôt 40 ans de carrière, 14 albums, de multiples scandales, des décès, de la drogue à foison, un chanteur charismatique, des hauts et des bas…mais en 2018 ils sont toujours là ! Et je peux vous dire que l’on a sacrément besoin de mecs comme eux à l’époque merdique dans laquelle on vit ! Je barre le vilain mot ci-dessus, parce qu’Al ne serait pas d’accord avec ça : après tout, les choses vont de travers parce que je n’ai pas le courage de me bouger pour que ça change : Ministry a ce rôle de salut public : nous réveiller, et vu le volume sonore et l’énergie qu’ils y mettent, ça fonctionne plutôt bien.

La musique de Ministry ? Salvatrice ! De l’aspirine que l’on vous rentre dans le crâne à coups de marteau ! Un mur de samples et de gros riffs qui vont griller vos cellules grises ! Et, bien entendu, la voix, reconnaissable entre toutes, de Al Jourgensen ! Bon, attaquons l’écoute de cet Amerikkkant ! Les pieds tendres et autres âmes sensibles passez votre chemin !

L’album commence avec le morceau I Know Words. À proprement parler, ce n’est pas un morceau mais plutôt une courte introduction à ce qui va suivre…I Know Words reprend le célèbre « Make America Great Again » cher à Donald (le président, pas le canard), le tout samplé avec quelques notes de violons qui pourrait presque nous faire penser à des compositions de Hans Zimmer. Une montée progressive assez planante : on sent qu’il va se passer quelque chose.

Second morceau, Twilight Zone. D’emblée on retrouve la base d’un bon titre de Ministry : gros riffs, rythme lent, sample de discours politiques et talk-shows américains…les paroles évoquent l’élection du dernier président américain, Twilight signifiant crépuscule en anglais, on en déduira qu’Al a plutôt mal digéré la chose. Il nous fait part de son dégoût et de sa honte, le tout accompagné de son célèbre harmonica ! Du pur Ministry, j’aime. La chanson se termine sur un « Where do we go from here ? » qui vient directement interpeller l’auditeur…

On continue avec Victims Of A Clown, des musiques de fêtes foraines nous font gentiment attendre le moment où ça va péter ! et ça nous tombe dessus au bout d’une minute trente ! Une basse bien groovy, un super refrain « Wake Up. Take It In. Exhale. Repeat! »: ça va headbanguer là-dessus! Les huit minutes de la chanson constituent un rejet radical de la politique et de l’entertainment américain.

TV5/4 Chan nous offre un court interlude, qui commence par un coup de fusil ! Sinon c’est que du sample, c’est conceptuel, mais un peu chiant. Heureusement ça ne dure que 40 secondes.

Arrive We’re Tired Of It, un de mes morceaux préférés. C’est rapide, agressif, moins de samples que dans les autres morceaux de l’album, on retrouve un Ministry plus épuré qui tabasse méchamment. Dans une fosse, cette chanson, ça va juste être la mort annoncée des gringalets ! Sinon, Trump en prend plein la poire : « How can you make it great ? Fuck your intolerance and hate! “ : ça a le mérite d’être clair non ?

Wargasm : élégant montage entre la guerre et le sexe ! Ministry nous dépeint une belle image de l’Amérique contemporaine : “ Death Power and sex, these are the things that we do best “. Bon, on ne peut lui donner entièrement tort à ce bon vieux Al…les Américains deviennent des Wargasm Addict, une sous espèce de l’humanité élevée à la bombe larguée par drone et aux films pornos…outre le côté provoc, c’est vraiment une très bonne chanson qui fait mouche ! Les sirènes d’alerte aérienne, les riffs puissants et le martèlement oppressant de la batterie : on est bien dans un pays en guerre. C’est corrosif à souhait, je suis bien certain que Ministry recevra un « bon » accueil au fin fond du Texas avec ce type de message : Remarquez, les mecs prendront peut-être la chanson au premier degré.

Le clip de Antifa – il est super kitsch !

La chanson la plus controversée de l’album AmeriKKKant suit, j’ai nommé Antifa. Bon vous comprendrez rapidement qu’il est question de la résistance et de la lutte contre le fascisme (chacun mettra le curseur où il le souhaite), il n’empêche que Ministry nous offre une Masterclass de ce que doit être un bon morceau de métal ! c’est rapide, ça envoie, il y a de la place pour un ou deux solos de gratte, le refrain vous reste en tête et ça donne envie de tout péter ! Ci-dessous un pur moment de poésie extrait de antifa, je vous laisse savourer, c’est quasiment du Ronsard :

I’ve got something to say to you

I’ll back up with my fist

Sick and tired of dealing with assholes

That’s why I resist

Le problème dans cette affaire ? En prenant position pour la mouvance « antifa », Ministry s’est attiré les foudres de pas mal de monde : récupération du mouvement, message manichéen…tout y passe ! Un bon morceau donc, mais qui pourra donner la gerbe à certain, et ce n’est pas le clip qui va les réconforter.

La croisade anti-Trump de Ministry se poursuit avec Game Over, morceau assez classique, peut-être trop, ça s’écoute bien, sans pour autant provoquer un grand enthousiasme chez moi ! Le dernier morceau de cet opus rachète ce petit moment de faiblesse ! AmeriKKKa, titre éponyme de l’album ferme la marche, et il le fait avec maestria ! Al Jourgensen nous y livre une longue diatribe concernant sa vision de l’Amérique sous Trump. C’est frontal forcément, on parle de Ministry, ça pourrait difficilement être autrement. Le morceau a une durée d’un peu plus de huit minutes, et il se décompose en plusieurs parties alternant entre montées qui saturent les enceintes et moments plus soft ou Al reprend sa petite ritournelle. La musique s’arrête, on en ressort un peu abasourdi, c’est toujours la même chose avec Ministry, et ça fait sacrément du bien !

On pourrait reprocher à AmeriKKKant de ne pas apporter de grand changement par rapport à The Last Sucker ou bien Rio Grande Blood, et c’est totalement vrai, les trois albums sont des brûlots comme on en fait plus en direction du président des USA. Ce qui est un peu flippant c’est de se dire qu’en quasiment quinze ans entre ces 3 albums, la situation en Amérique et dans le monde est toujours aussi préoccupante. Je vais vous donner un petit secret concernant AmeriKKKant, si vous prenez le titre de toutes les chansons, ça donne une phrase que l’on trouve au dos de l’album :

back amerikkant

C’est puissant ! Bref…AmeriKKKant est un bon album, mais un peu à part, à ranger près de The Last Sucker et de Rio Grande Blood. Dans la grande discographie de Ministry, mes petits chouchous resteront The Mind Is A Terrible Thing To Taste et Psalm 69!

Témoin contemporain, et sans langue de bois, Al Jourgensen est bien décidé à toujours l’ouvrir pour défendre les libertés et l’esprit critique. Alors qu’il avait mis un terme à l’existence de Ministry après The Last Sucker, et après une tentative mitigée de retour avec Relapse, le revoilà revenu à son meilleur niveau ! Personnellement, quand j’entends Ministry, je garde encore un peu foi en l’espèce humaine, merci à Al de veillez à ce que nous restions (encore) un peu réveillés. Je vais d’ailleurs lui laisser le mot de la fin, je suis certain que ça lui ferait plaisir :

It’s like the nazi’s back in’39

Like the romans on the verge of decline

Like the Russians back in’68

How is this supposed to make America great?

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