Les $heriff font encore du bruit!

Les Sheriff au festival Aucard en juin 2018 Les Sheriff au festival Aucard en juin 2018

Dans les années 80, il y avait une pub pour une célèbre marque de piles (avec un lapin qui joue du tambour) dans laquelle Bernard Tapie (si, si !) avançait avec une inébranlable énergie, laissant ses suiveurs sur le carreau. « Mais qu’est-ce qui fait marcher Tapie ? ». Dans les années 80, il y avait cet album que j’écoutais qui s’appelait Les deux doigts dans la prise et qui nous filait bien la pêche. Si la batterie de Nanar s’est quelque peu déchargée depuis, les auteurs de cette galette sont toujours présents et ont encore beaucoup d’énergie à revendre. Et ils ont toujours les deux doigts dans la prise, délivrant des concerts tout à fond, sans répit, enchainant morceaux de 2/3mn max sur un tempo rarement en dessous de 200 bpm.

Les $heriff étaient donc programmés début juin au festival Aucard de Tours. J’ai eu le plaisir et la chance de m’entretenir avec Olivier (ah, l’accent chantant des montpellierains!), la silhouette filiforme et gavée d’énergie qui tient le micro sur le devant de la scène et entonne ces hymnes Rock and Roll que toute personne ayant vécu la vague alternative Made In France des années 80 n’a pu oublier.

Weirdsound : Bonjour Olivier et merci de nous accorder de ton temps. Le premier festival Aucard date de 1986. En regardant les archives du festival et le livre des 30 ans de radio Béton, j’ai vu que vous aviez été programmés avec les Sheriff au tout début…

Olivier : Ouais, on m’a dit, mais je ne me souviens pas. J’ai regardé aussi dans les archives et on m’a dit 87 je crois. C’était vraiment au tout début du groupe, on n’avait fait qu’un album.

Et vous êtes encore là aujourd’hui, c’est cool, non ?

Ouais.

Et en 20016, vous deviez revenir jouer à Aucard. Mais il y a eu les inondations. Comment vous avez vécu ça de votre côté ?

Ah, nous on était à Bordeaux, et on devait monter à Tours, et le matin on a appris que c’était annulé. On a pas joué, on n’a donc pas demandé de cachet. On a dit qu’on jouerait plus tard.

Dans une interview tu disais que dans les années 80 c’était vraiment le bordel, mais est-ce qu’entre le bordel des années 80 et aujourd’hui, il n’y a pas un grand écart et une normalisation excessive ? Dans le rock, dans la société ?

Pour le Rock and Roll, au niveau de ce que j’ai vécu avec le groupe, dans les années 80, il n’y avait rien, il a fallu tout construire. Je parlais surtout de comment les groupes de l’époque avaient du tout structurer. Après, la société, c’est autre chose. Mais ce qui est sur, c’est que le rock est rentré dans les mœurs.

Mais justement, est-ce que ce n’est pas un tout, est-ce qu’il n’y a pas un formatage, une normalisation des marges ?

Ah bah si, mais notre génération, on a les commandes maintenant, on a vieilli, et du coup notre musique est devenue une sorte de norme, oui. Mais bon, les jeunes, je ne sais pas trop s’ils écoutent la musique des parents.

Alors aujourd’hui, être punk sous Macron, c’est quoi ?

Ah, je ne sais pas moi le punk, mais c’est sur que le Rock and Roll est une musique établie. Le punk, c’est être contre. (NDA : ça me rappelle le « penser, c’est dire non » d’Alain)

Ce matin je me ré-écoutais J’aime jouer avec le feu  et depuis, impossible de me l’enlever du crâne. Est-ce que vous avez conscience d’avoir écrit des hymnes ?

Je le vois dans des concerts. Mais je ne m’en étais pas rendu compte. En tout cas, en 2012, quand on a recommencé, je ne l’aurais pas cru. Pour moi c’était fini, on avait fait notre groupe, point. Et là j’ai été très étonné des traces que ça laisse. Je vois les gens chanter au concert, ils chantent tout ! Il n’ont pas oublié les paroles (nda : lors du concert le soir même, c’est jusqu’aux photographes dans la press zone qui brandiront le point pour entonner les paroles du groupe !) Bon, elles sont assez faciles à se rappeler et elles parlent plutôt de trucs de la vie quotidienne. Alors, donc peut-être que quand tu vis une expérience qui se rapproche de ça, paf, tu dois avoir les paroles de la chanson des Sheriff qui te viennent à la tête. Je ne sais pas.

À la fois, quand je vois dans certaines interviews des gars qui te disent « les paroles sont simplistes », je me dis mais est-ce que ce n’est pas aussi le but du Rock and Roll d’être direct et de parler à tout le monde ?

Pour moi le Rock and Roll, c’est Chuck Berry, AC/DC, Ramones. Du Rock and Roll de base. Donc, leurs paroles… tu vois, ça parle de femmes, de filles, de beuveries, moi je suis dans cette lignée là, je n’ai pas de prétention autre. Mais les gens s’en souviennent.

Est-ce que tu croises encore des gars de la génération alternative des années 80 françaises ?

Euh ouais, ceux qui ont recommencé à jouer : Les Rats, les Wampas, Ludwig, chez nous, les mecs d’OTH. Parabellum, on a toujours des connexions avec eux. Bon Schultz n’est plus là, mais eux et OTH, on s’est toujours vu de loin en loin. Mais surtout depuis qu’on re-joue. Moi après 99, j’avais tout arrêté, je ne voyais même pas les Sheriff.

Et c’est toujours un plaisir ?

Ah bah ouais, c’est pour ça qu’on le fait. Sinon, on ne le ferait pas. Quand on voit l’amour que le public nous envoie. On dit « Encore, encore! », pour nous c’est des vacances.

Des regrets ?

Oui, il y en a toujours. Mais surtout, c’est le premier album qui pour moi est pourri, inécoutable.

Vous avez toujours les bandes ?

On les cherche.

Il y aurait bien un label qui pourrait remasteriser et ressortir ça ?

Oui, les autres sont ressortis en vinyle, mais pour les plus vieux, on recherche les bandes. Les studios Lakanal à Montpellier, ils ont fermés pendant un temps. Bon, et puis Manu, il en a, je ne sais pas encore lesquelles. Et il faut trouver le studio qui peut encore lire les bandes et c’est pas évident.

Qu’est-ce qui te fait triper musicalement, la relève aujourd’hui ?

Je n’écoute pas de musique actuelle, je reste sur ce que j’écoutais dans ma jeunesse. Mais en festival, je vois des trucs comme Tagada Jones. Bon, comme relève on fait plus jeune, hein. (rires) Il vont fêter leurs 20 ans, sinon, il y a Lysistrata que j’ai vachement aimé… ils m’ont bien scotché. Mais je n’ai pas acheté un disque depuis 15 ans.

C’est en jouant dans les festochs que tu découvres des trucs…

Ouais, puis les plus jeunes du groupe qui me font écouter des trucs. Mais vu que la musique ce n’est plus ma grande passion…

Et c’est quoi ta grand passion ?

Pour moi, c’est l’archéologie, c’est donc complètement autre chose.

En amateur ?

Ouais, ouais. J’étais tailleur de pierre et j’ai beaucoup travaillé dans la restauration de monuments historiques, et je fais ça à côté en amateur.

T’es Compagnon ?

Non, j’étais trop vieux quand j’ai arrêté le groupe. Pas possible, ils ne prennent que des jeunes. Non, je suis allé dans une école à Bordeaux.

La conversation se poursuit encore quelques minutes avec des banalités, puis je demande à Olivier s’il souhaite ajouter quelque chose.

Olivier : Oui, on avait fait un festival, Les Feux de l’été, il y a deux ans. On y avait déjà joué plusieurs fois. Il y avait une table avec les affiches des vieilles éditions du festival, des objets, des photos. Là, pour Aucard, j’aimerais bien les voir. 1987, ça me troue le cul !

Oui, moi aussi ! Parce que j’y étais et que ça fait tout drôle, comme si le temps n’était finalement qu’une succession d’instants qui se répètent indéfiniment. Quelques heures plus tard, le grand chapiteau d’Aucard est plein. Il faut être honnête, une grande partie du public a plus de quarante ans. Mais pas tous. Et parmi les plus jeunes, ceux qui sont là ne sont pas les derniers à hurler « À coup de batte de base-ball! » ou « Les deux doigts dans la prise ».

Aucard de Tours 1987 Les Sheriff©Romain_Thebault
Olivier avec Les Sheriff à Aucard de Tours en 1987! ©Romain Thébault

Encore un grand merci à toute l’orga d’Aucard et à Olivier pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Lien :

http://lessheriff.fr/

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