Kinetic nous met des images plein les oreilles

Des espaces sonores électriques qui plongent leurs inspirations dans le post-rock, le métal ou la pop. De la musique de Kinetic s’échappent des images libres et éthérées. Tout jeune groupe qui sort son premier E.P. disponible sur Bandcamp, on sent pourtant chez ce trio une idée directrice forte et une personnalité musicale affirmée. Les morceaux prennent leur temps et évoluent vers leur climax, tel Skyline qui se termine sur un déferlement d’énergie à la suite d’un solo plein de furie. Bad Seeds et ses grandes envolés lyriques à la guitare nous emmène quelque part entre Muse et Mogwai, ou encore Jeff Buckley cité comme influence par le groupe. Autant dire, de bonnes références.

Après l’écoute de cet E. P. plus que prometteur, il fallait en savoir un peu plus sur ce trio lyonnais formé de Clément Barou, Mathieu Mascré et Lucas Biguet-Mermet.

Pouvez-vous présenter vos parcours respectifs en tant que musicien ?

Mathieu: j’ai débuté la basse à 16 ans en autodidacte. J’ai joué dans plusieurs groupes de lycée, et un peu plus tourné avec un groupe brestois de rock progressif appelé Thalamos. Pendant cette période, je me suis ouvert aux autres instruments, dont le chant.

Clément: J’ai commencé la musique à 15 ans, avec la guitare, j’ai suivi quatre cours, et quand j’ai vu que ça n’avançait pas assez vite, j’ai arrêté et j’ai continué en autodidacte. Ensuite je me suis mis au piano et j’ai appris seul aussi. La seule vraie formation que j’ai reçue a été à l’ENM de Villeurbanne pour le chant. J’ai aussi œuvré au sein de quelques formations: du punk-rock au lycée, du rock alternatif ensuite, quelques essais à droite et à gauche.

Un peu d’histoire de Kinetic… ? Comment est né le projet, quand ?

C : Avec Mathieu on faisait de la musique ensemble, on s’était rencontrés pour un projet de cover band, mais au final, on s’est dit—et on nous a dit—que ce serait cool qu’on fasse nos propres chansons. Du coup, début 2016 on a commencé tout doucement en cherchant un batteur et un guitariste soliste. On a testé pas mal de batteurs avant de rencontrer Lucas, et ça a été assez rapide. On a tout de suite accroché, avec des influences variées mais communes. On a vite ressenti une facilité et une efficacité de travail entre nous, donc on a continué comme ça, à trois.

Premier clip de Kinetic, Hit qui ne figure pas sur l’E.P.

On sent plein d’influences diverses, aussi bien pop, que post rock voir même metal dans votre musique, aviez-vous une idée de la couleur sonore que vous vouliez donner à vos compos lorsque vous vous êtes formés ?

M : Le fait d’avoir énormément d’influences est une vraie force de création. Cette couleur sonore était un objectif dès le début : créer une identité unique. Mais la manière d’y arriver a pris près d’un an, et on est encore dedans ! On voulait surtout faire une musique qui parle à chacun, et que chacun puisse y trouver son compte.

C : Pas vraiment, enfin je parle pour moi. J’avais déjà un bon dossier de compos sur mon ordinateur, et je leur ai envoyé. C’est en les bossant, en les ré-écrivant qu’on a fini par avoir un début de direction. Et quand on a trouvé une définition à notre musique, à savoir le rock cinématique, il y a eu un réel déclic, on l’a tous senti, c’était comme si on avait la porte depuis le début, et que là, il y avait la clé. Quant à savoir ce qu’il y avait derrière la porte c’est encore autre chose! En plus de ça, quand on travaille sur un morceau, on pense vraiment à une couleur qui pourrait le définir, ça nous permet d’aller dans la même direction, et d’y mettre la même énergie.

Mais on a la chance d’avoir des influences variées, communes, et surtout diverses: Agent Fresco, Tool ou Gojira pour Lucas; Sigur Ros, Corbeaux, ou Archive pour Mathieu; et Muse, Radiohead ou Jeff Buckley pour moi. Cela nous donne un mélange métal-ambiant-alternatif, <et c’est assez intéressant. A côté de ça j’ai pris l’habitude d’utiliser d’autres accordages, histoire de varier un peu, sachant qu’on a qu’une guitare, ça permet plus d’ouverture. Maintenant, on aimerait bien rajouter des éléments plus électro, des samples… On travaille dessus.

Quel rapport entretenez-vous avec l’image ? Avez-vous des influences autres que musicales pour composer ?

M : Personnellement, j’aime m’inspirer du cinéma, des clips, rechercher d’autres artistes. J’adore le travail de l’image de certains groupes comme Sigùr Ros, qui font des choses aussi splendides visuellement que musicalement.

C : On fait ce qu’on appelle du rock cinématique, donc forcément, on pense aussi à une façon de voir notre musique. Les textes sont assez flous, et en même temps, ils peuvent parler à tout le monde, pour des raisons différentes, de manière à ce que chacun puisse se faire sa propre idée. Bien sûr, quand j’écris les paroles, je sais de quoi je veux parler, même si je les retravaille après pour les « flouter ».

C’est comme quand on écoute une musique et qu’on s’imagine être dans le clip, on veut que chacun se fasse son propre film. D’où le terme cinématique. Ensuite pour composer, ça dépend. À titre personnel, ce n’est pas vraiment une musique ou un thème qui va m’inspirer, ça peut aussi être un bruit, un truc totalement inopiné, qui arrive à l’instant T, et qui ne se représentera plus, c’est comme ça qu’est née une musique récemment.

Au niveau de l’image même du groupe, on veut y travailler spécialement pour le live. Il faut que ce soit un show pour le public, et pas seulement une diffusion de nos musiques. On a déjà des idées de lumières, de décors et de mises en scène.

Comment se passe la réception en live ? Improvisez-vous, faites-vous évoluer vos compositions au fur et à mesure que vous les confrontez à la scène ?

M : Pour le moment, on a été agréablement surpris, on ne pensait pas que ça prendrait aussi bien, et aussi vite. Les réactions sont positives, et le public est là, ce qui est une chance. Nous avons fait deux concerts récemment, un au Bourget-du-Lac pour le Festival Campus Wave, et un au Hard Rock Café à Lyon. L’ambiance était vraiment excellente. Plein de gens viennent nous parler ensuite, ce qui permet d’avoir des avis, d’échanger, et de nous remettre en question. On a beaucoup évolué en assez peu de scènes, maintenant on se fait vraiment plaisir. Et je sais que la scène est vraiment quelque chose que j’adore, même si j’ai eu du mal au début à regarder les gens, à parler, du fait de ma timidité, mais depuis ces deux concerts, il y a eu un truc, et c’est que du kiff!

Sur scène, ce n’est pas vraiment de l’improvisation pour le moment, c’est peut-être plus, de l’expérimentation, nos compositions sont encore jeunes, elles ont le temps de mûrir, d’évoluer, et on sait quels morceaux marchent et quels morceaux ne marchent pas. En général, on répète nos sets de façon à pouvoir être assez souples, mais au Campus Wave par exemple, nous avons eu un rappel, on ne s’y attendait pas, et c’était d’ailleurs génial, du coup nous sommes remontés et nous avons joué une autre chanson sans l’avoir vraiment travaillée. Ce qui est drôle, c’est que cette chanson, nous l’aimions de moins en moins, mais pour finir un set, en rappel, c’est de la bombe!

Des labels en vu ou une envie de totale indépendance ?

C : Le projet est avant tout de se faire plaisir, de composer, d’évoluer en permanence. Si un label prêt à porter le projet à nos côtés venait à croiser notre chemin, why not !

M : Pourquoi pas? Y a toujours un côté rebelle qui dit non, qui veut rester libre, mais si on trouve quelqu’un qui aime vraiment notre musique, et avec qui le courant passe bien, ça peut être une bonne opportunité! Pour le moment, on est un groupe vraiment jeune, avec juste deux ans dans les pattes, donc on a le temps de voir venir les choses! Mais si un label venait nous voir, ce serait déjà assez flatteur!

À quand un album pour en découvrir plus de votre univers ?

C : Ce n’est pas l’envie qui manque ! On a passé presque six mois à la réalisation de l’EP et c’était cool ! Avec l’évolution du son du groupe, des compos ou du rôle de chacun, on a vraiment hâte de pouvoir déjà enregistrer un nouvel EP, un peu plus long cette fois.


M : C’est une question que je me pose assez souvent en ce moment. Mais là, ces derniers temps, on parle plus d’un deuxième EP, plus complet, avec plus de chansons que le dernier qui n’en avait que trois, on en viserait cinq. Notre façon de composer a évolué, avec notre façon de penser notre musique, pour nous ça serait intéressant pour voir de façon concrète cette évolution. Ensuite on pourrait passer à l’album, mais on veut d’abord faire nos preuves.

Encore merci à Mathieu et Clément pour cette interview.  Bonne route à Kinetic. Promis, dès qu’il y a un clip ou un album, on vous tient au courant.

 

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