Jessica93 : le son qui nous allume!

A la lecture du titre de l’article, certain(e)s d’entre vous ont dû prendre peur ! Weirdsound se serait-il converti au RnB de bas étage ? Non, rassurez-vous ! Jessica93 n’est pas une énième Beyoncé…Ce n’est pas, non plus, un pseudo internet d’une bimbo en manque d’affection ! Mais alors ??? Qui est Jessica93, me demanderez-vous. Nous allons répondre à cette question dès à présent.

Commençons d’abord par découvrir qui se cache derrière ce curieux pseudonyme. Il s’agit d’un (jeune) homme, qui se nomme Geoffroy Laporte. Depuis 2010, ce trentenaire parisien (d’où le 93 dans le pseudo), s’est taillé une solide réputation dans le petit monde du rock indépendant français.

jessica93 rise 2.jpgJessica93 himself

Ces premiers titres publiés entre 2010 et 2012, sont coproduits sur les labels Et mon cul c’est du tofu (tout un programme), Teenage Menopause et Music Fear Satan. On citera ici l’EP comportant les titres Besoin Dead et Jessica 93. A ce stade, on précisera au lecteur que Jessica93 a eu de nombreux projets parallèles : Trotski Nautique, Besoin Dead, Comité Défaite…On en déduit que notre facétieux musicien underground a un sens inné du jeu de mots ! Jessica93 a surement de l’humour, mais il est aussi talentueux : ça c’est une certitude ! Fortement inspiré par les courants musicaux grunge et shoegaze, on pourra aussi trouver chez ce musicien touche à tout, une bonne dose de cold wave et de punk.

L’année 2013 est marquée par la sortie de l’album Who Cares. Un album qui ne respire pas la joie, les amateurs de la Compagnie Créole peuvent passer leur chemin. C’est une bonne vielle dark wave des familles, que vous pourrez aligner fièrement sur vos étagères à coté de The Soft Moon et Light Asylum ou encore Cocteau Twins. Ça sonne indéniablement gris ! le gris couleur banlieues industrielles sous la pluie…C’est glauque, froid, malsain, et ça ne vous laissera surement pas indifférents. Le premier morceau Away va vous envoyer son rythme froid et ses réverbérations en pleine poire, et vous allez comprendre qu’on n’est pas là pour se marrer.

Poison et Origines, via une basse omniprésente  vous garde la tête sous l’eau, va-t-on se noyer ? Sur cet opus, Geoffroy Laporte est derrière tous les instruments : guitare, basse, boite à rythmes…Précision importante si on souhaite le comparer au dernier album, Guilty Species (2017).  C’est indéniable Pour un premier album, Jessica93 a frappé un grand coup, mon seul regret est de l’avoir découvert aussi tardivement ! Pressé à 500 exemplaires, le vinyle sera finalement écoulé à 2500 exemplaires, preuve de l’engouement rencontré pour ce premier disque.

jessica93 RIse.pngLa photo illustrant la pochette de l’album Rise – Geoffroy Laporte est à gauche

Un an après, Geoffroy remet le couvert ! Quelques mots sur Rise, cet album, paru en 2014, qui vaut largement la peine qu’on s’attarde pour l’écouter. Rise est lui aussi pleinement ancré dans la cold wave voir la musique industrielle. Le plus long morceau (huit minutes quand même !), Surmatants, étant sans doute le plus bel exemple de cette musique proche d’un Killing Joke : ce n’est pas pour me déplaire ! Plus globalement, l’écoute de Rise va sans doute vous envoyer quelques années en arrière : Joy Division, Bauhaus, Killing Joke, Cure vont sans doute se rappeler à votre bon souvenir…Mais Rise serait il alors une pâle copie de sons et d’artistes d’il y a trente ans ? Détrompez-vous mes jeunes (et vieux) ami(e)s ! Jessica 93 arrive à apporter sa touche perso sur Rise, pour en faire une œuvre contemporaine. La filiation avec Who Care est évidente, et la recette, qui avait si bien fonctionné, fonctionne encore !

Suite à la sortie de Rise, Jessica93 se produit au festival Rock en Seine. Il commence alors à toucher un public plus large, et tourne un peu partout en Europe. Il finit par attirer l’attention d’un label américain, Not Just Religious Music, basé à la Mecque du Grunge, Seattle. Ce deal permet à Jessica93 d’être diffusé aux USA, et ça c’est la classe.

De l’ombre à la lumière, il n’y a qu’un pas, mais Jessica93 souhaitait-il réellement le franchir ? On lui posera la question quand on le croisera (message subliminal). Sans doute un peu malgré lui, il est devenu une figure du rock hexagonal. Un artiste dont chaque sortie est maintenant attendue et commentée…En novembre 2017, Jessica93 a d’ailleurs publié un nouvel album, nommé Guilty Species, en co-édition chez les labels Teenage Menopause et Music Fear Satan. On y trouve le titre R.I.P In Peace, mis en avant à travers le clip ci-dessous.

Ce montage vidéo a été confectionné par Geoffroy Laporte lui-même : Peut-être que notre artiste est lassé des comparaisons avec le grand et christique Kurt Cobain ? Le clip, à travers une théorie du complot complètement conne, le laisse présager.

Cette fine analyse psychologique, digne d’un comptoir de PMU, étant faite, il faut vraiment que je vous parle de l’album Guilty Species. C’est une œuvre nerveuse et sans fioriture inutile, désabusée voir cynique : on va à l’essentiel, à la racine même du mouvement grunge. Ceci étant, Guilty Species se démarque des deux précédents albums dont nous avons parlé ci-dessus. Cette fois ci accompagné par des musiciens, un groupe en somme, Geoffroy Laporte nous offre un album usant de moins de boucles et autres pédales de loop et il se focalise sur une construction musicale simple et efficace, frontale, on se prend le mur sans la moindre possibilité de l’esquiver.

Évolution notable : De l’humour apparaît dans les compositions du chanteur, dans French Bashing (comme son nom l’indique ça parle du complexe d’infériorité des français notamment vis à vis des USA), ainsi que dans Bed Bugs, belle parabole sur les punaises de lit ou sur les nanas, chacun se fera son avis. L’aspect cold wave s’estompe sur Guilty Species, pour laisser place à un rock bien énervé, et jouissif pour l’auditoire ! Jessica93 prouve (on ne lui en demandait pas tant !) qu’il n’est pas le genre de mec qu’il faudrait mettre trop rapidement dans une case ou un genre. La musique de Guilty Species est vitale, au sens propre du terme. C’est la bande son parfaite pour se balader dans nos grandes métropoles par une belle journée de pluie ! Le mec derrière l’album, Geoffroy donc, a parfaitement retranscrit dans sa musique la confusion des émotions qui peuvent nous assaillir : la brutalité, la violence, mais pas que ! La solitude, l’anxiété, la répétition…Stop ! En une phrase, Guilty Specie est un beau verbatim sonore pour 2017 (et sans doute 2018…).

Jessica93 - guiltyJessica93 : la moustache lui va si bien! – Photo : Philippe Levy

A une époque où les scènes sont envahies par des groupes « electro-pop » somme toute assez insipides, et par des clones de groupes se recyclant entre eux (pour user d’un terme correct), ça fait sacrément du bien de tomber sur un Guilty Species qui passe par là…Reste à savoir comment Geoffroy vit le fait d’apparaître dans les pages culture de Telerama et consort ! La rançon de la gloire (bien méritée) peut être ? On lui demandera. En attendant, écoutez d’urgence cet artiste complet et sincère, capable d’user et d’utiliser les meilleurs codes du rock des années 80/90 tout en étant résolument à la page, grâce à ce petit trait de…génie ? Allez osons le mot ! Si on veut être moins grandiloquent, disons que Jessica93 fait partis du cercle très fermé des mecs à suivre sur la scène française en ce moment, et demain aussi surement !

Jessica93 sera de passage à Nantes au Stereolux le 24 février prochain, accompagné par de dignes représentants des labels Teenage Menopause et Music Fear Satan, ainsi qu’au Hellfest à Clisson, pour la treizième édition du festival ! J’espère que nous aurons l’occasion de le rencontrer afin de lui poser quelques questions pour compléter cet article. En tout cas, rendez-vous sur ces deux dates pour les fans, les autres rassurez-vous, vous êtes invités aussi !