Jeffrey Lewis & the Voltage à Nantes : That’s all folk!

Temps de lecture : 9 minutes

Jeffrey Lewis and the Voltage officiait dans l’arrière bar du Cour 87 à Nantes en ce lundi 24 février. Lieu cosy, assez ric-rac en termes de places (50-60 m² environ), le groupe de la soirée était à hauteur de public… même pas de vigile, des stars nantaises présentes… (On a reconnu les French Cowboy) et une ambiance de connaisseurs avides de voir la soirée musicale démarrer.

Affiche Jeffrey Lewis & Teenage Bed au Cour 87 @JeffreyLewis
Affiche Jeffrey Lewis & Teenage Bed au Cour 87 @JeffreyLewis

Un Américain à Nantes

Revenons-en à nos moutons. Pour les non-connaisseurs, Jeffrey Lewis, vous savez, c’est le folk ou anti-folk man qui change de groupe partenaire à chaque album. Il s’est donc fait accompagner depuis les années 2000 par The Bundles (groupe notamment de Kimya Dawson des Moldys Peaches), The Rain, Jack Lewis (son frère) & Anders Griffen, The Junkyards, The Jitters, The Jrams, Los Bolts, et maintenant the Voltage. N’imaginez pas un frère Gallagher incontrôlable, l’alternance de groupes est plutôt liée à un souhait de toujours se renouveler pour l’originaire de New York… dans l’état de New York !

Ses premiers albums produits par le label londonien Rough Trade lui ont forgé une petite réputation dans l’Indie Anti-Folk au cours des années 2000… Votre serviteur Weirdsound se présente donc à un concert qui affiche une billetterie complète !

Teenage Bed : Ouverture du bal par un local de l’étape.

C’est dans l’ambiance très feutrée et très VIP du bar Le Cour 87 à Nantes que Teenage Bed a la lourde tâche d’initier musicalement une soirée à dominante folk.

En solo, le nantais Nathan Leproust, non accompagné par Laurent Day pour le concert, nous propose donc une musique à faire pleurer les nanas, (je tiens à préciser à notre lectorat féminin qu’il n’y a aucune consonance misogyne dans mon propos). Plus sérieusement, le songwriter est dans le thème avec un répertoire aux sonorités folk-pop.

Musique douce, les accords et les arpèges s’enchainent sous la voix envoûtante de Nathan. Vous l’avez compris, on est dans le minimalisme qui a son charme et fait son effet :

Teenage Bed

+ ses cordes vocales

+ les cordes de sa guitare folk

+ son micro …

+ …son petit « radio cassette », tel qu’il le nomme, looper lui permettant de dupliquer et donner encore plus de profondeur à ses morceaux.

Teenage Bed - Cour 87 @JohnOCube
Teenage Bed – Cour 87 @JohnOCube

Je vais reprendre le comparatif de mon pote accompagnateur de la soirée Geoffroy : « Il y a un peu de Bon Iver dans l’approche » et c’est pas faux !

Les titres s’enchaînent, un spectateur assidu remarque que le folk-man se prend une gorgée de bière entre chaque titre… Nathan répond :« Le problème… j’ai 30 morceaux à jouer », rire dans le public.

L’ambiance cosy crée un charme particulier dans la setlist de Teenage Bed avec quelques morceaux issus de son dernier EP Expectations (sortie début 2020). Bien sûr, le public de trentenaires, quarantenaires voire cinquantenaires assistant à son concert attend avec impatience Monsieur Jeffrey Lewis, mais la mayonnaise prend.

Teenage Bed – I Know You Think You’re Always Right

Le songwriter enchaîne d’ailleurs les premières parties des stars de l’indé-pop-folk sur cette dernière semaine de février 2020 (Teenage Bed était également en première partie de Alex G le 1er mars à Rezé dans le cadre de l’après-midi d’Echauffement du festival l’Ere de rien). Un peu de promo pour Teenage Bed, il sera en concert à Angers le 31 mars, puis à Lorient, Tours et Nantes respectivement les 16, 18 et 19 avril prochain.

35 à 40 minutes de live pour cette première partie bien plaisante, le concert se clôture.

Jeffrey Lewis tient la boutique…

Il est temps pour nous de filer recharger les batteries au bar avec une petite IPA bien méritée…

… puis de jeter un œil au stand merchandising tenu par Jeffrey Lewis en personne. Quelques dédicaces, un brin de causette et Jeffrey s’autorise sous nos yeux une petite pause flipper. A son regard lors de la perte de la 3ème balle, la session n’a pas semblé très concluante (mais bon, tout utilisateur de flipper connait la déception et peut péter un câble à la fin d’une partie… sinon c’est pas marrant !).

Jeffrey Lewis au merchandising - Cour 87 @JohnOCube
Jeffrey Lewis au merchandising – Cour 87 @JohnOCube

Après son flipper (sinon je me serais fait taper dessus si j’étais responsable d’une fin de partie précipitée), j’échange 2/3 minutes avec lui sur ses précédents shows sur Nantes (à la salle associative du Pol’N en 2007 notamment) et sur une anecdote d’une grosse dizaine d’années :

Toujours en 2007, Jeffrey avait fait un envoi à sa mailing-list et donc sur mon Caramail ou mon adresse Wanadoo de l’époque (oui ça date), pour demander diverses photos/vidéos qu’il comptait projeter pendant sa tournée ultérieure. Je lui avais alors envoyé 5-6 photos… et l’histoire aurait dû s’arrêter là. Impossible pour moi d’assister à l’un de ses concerts suivants avec projection, mais 2 mois plus tard, je reçois un courrier en provenance des States (je sais pas pour vous mais ça ne m’est pas souvent arrivé dans la vie) … à l’intérieur 3 comics dédicacés par Jeffrey.

J’en profite pour le remercier de cette attention… une décennie après, ce qui le fait marrer après avoir re-contextualisé la période !

Comics & Musiques, même combat !

Et oui, vous allez voir lecteur, l’enchaînement narratif est juste parfait avec cette histoire de comics : en plus d’être un pionnier / taulier de l’indé folk / anti-folk, Jeffrey Lewis est un génie de la bande dessinée (on dit comics en American Speaking). En mode auto-édité, il a déjà sorti 13 comics sur sa vie, sa famille, ses études, la musique, ses points de vue économico-politico-sociétaux, l’actu, et plein d’histoires super cool à lire. Autant vous dire que vous ne les trouverez à pas au Super U du coin, mais pour les aficionados de la BD, je ne peux que vivement vous les conseiller. C’est frais, très tourné artiste indé auto-produit… et chacun de ses #FUFF sont de véritables pépites !

Jeffrey Lewis - Fuff Collection @JohnOCube
Jeffrey Lewis – Fuff Collection @JohnOCube

Pour la rubrique « CV – Nos artistes ont du talents », Jeffrey a même fait des études d’arts graphiques / Bande dessinée, et a écrit un mémoire sur l’excellente et indémodable bande dessinée d’Alan Moore et Dave Gibbons, Watchmen, (un monument du 9ème art).

Bon laissons la BD de côté… on est là (aussi) pour la musique.

Et la musique fut…

Jeffrey, accompagné de The Voltage, (c’est-à-dire du batteur Brent Cole (ancien des Moldys Peaches) et de la bassiste/claviériste Mem Pahl) entre en scène, enfin traverse le bar du Cour 87 pour aller sur la scène. On s’aperçoit rapidement que l’auditoire déjà important pour la 1ère partie Teenage Bed devait compter quelques retardataires. La petite salle est complètement blindée… et comme on s’y attendait, le public vient dans une démarche assez similaire à la mienne, on est fan du petit génie malheureusement assez méconnu Jeffrey Lewis.

Et c’est donc avec un énorme plaisir, que le live démarre sur une introduction Indie-Psyché-Folk détonante, Jeffrey chausse sa guitare folk électro-atypique (totalement couverte de sticker… depuis 20 ans), et enfile son porte-harmonica portant son harmonica (explication juste avoir un porte-harmonica, ça ne sert à rien pour faire de la musique, c’est comme si David Guetta avait sa clé USB pour un concert mais pas de MAC).

Jeffrey Lewis @Soho Radio London
Jeffrey Lewis @Soho Radio London

Adepte de morceaux au format assez punk qui dépassent rarement les 3 minutes, le répertoire de Jeffrey Lewis s’enchaîne à toute vitesse avec une dominante, bien entendue, du dernier album Bad Wiring sorti sur fin 2019 (objectif ou pas, je l’avais intégré dans mon top 10 2019 des Weirdos).

Une approche visuelle toujours au rendez-vous

Take it For Granted est entonné rapidement… ce titre représente bien la création folk de Jeffrey Lewis. Un débit de parole incomparable qui nous berce, des textes toujours assez engagés sous un ton souvent acerbe et ironique. Le clip en question semble tout droit sorti d’une production de Michel Gondry.

Take It For Granted du dernier album, une production Michel Gondry ???

J’en profite ; petite anecdote concernant Michel Gondry et Jeffrey Lewis : Le réalisateur d’Eternal Sunchine of the Spotless Mind (notamment) avait sélectionné le clip Anxiety Attack dans la catégorie meilleur clip de l’année en 2008 pour le Sundance Film Festival, vu le CV clip du Français (White Stripes, Chemical Brothers, Beck,…), c’est une belle marque de reconnaissance.

Un autre clip fait maison – Anxiety Attack

La particularité des entractes musicaux

Déjà 4 / 5 morceaux joués, Jeffrey comme à son habitude lors de ses concerts, nous propose un petit entracte sous fond de projection de strip dessinée… étonnant non ?

Accompagné d’un fond sonore basse / batterie respectivement par Mem Pahl et Brent Cole, Jeffrey Lewis projette ses propres dessins et nous compte de manière assez corrosive la légende of Pocahontas (avant il présentait directement la Bande dessinée au public)

The legend of Pocahontas by Jeffrey Lewis
The legend of Pocahontas by Jeffrey Lewis

Le visuel est toujours au top, le public adhère et se fait happer par cette pause atypique. L’entracte fini, les très bons titres s’ajoutent à la setlist comme My Girlfriend doesn’t worry, et Where is the Machine.

Également dans le dernier album Bad Wiring, le morceau rythmé et psyché LPs fait apparaître des sourires non contenus dans le public compact… qui chantonne même le refrain « so awesome, so awesome, just awesome,… ». Dans la même vogue, Depression ! Despair et In Certain Orders partent dans des tonalités plus rock mais clairement addictives !

WTF.. cette collection de LPs ?

C’est le moment choisi par les New-Yorkais pour entamer le 2ème entracte – Story/BD, avec la présentation peu dithyrambique de l’histoire du Vietnam et du communisme… la ligne de basse et la rythmique batterie sont toujours au rendez-vous… et cocorico… la France en prend un peu pour son grade, mais les States aussi !

The story of Vietnam…

L’extraordinaire dérive Noise-Indie du morceau Arrow !

Le concert reprend, un de mes coups de cœurs (des premiers albums) est initié par la tête d’affiche de la soirée à savoir le morceau Arrow.  Tiré de l’album It’s the Ones Who’ve Cracked That the Light Shines Through, Arrow est déjà somptueux en écoute d’album avec cet arpège addictif… en live, Jeffrey et sa bande le dynamise encore plus avec une véritable poussée noise-psyché de 5 minutes (rappelez-vous, je vous ai dit que le groupe était plutôt adepte des morceaux assez courts). La claque est juste monumentale, le moment unique, être présent avec ce public nantais réduit dans un lieu underground… c’est vraiment énorme !!!

Non laissé en reste, l’ensemble de ses nombreux albums agrémente la soirée avec le titre Sad Screaming Old Man notamment. Un peu avant la fin présumée, 3ème pause à dessins projetés, le thème cette fois-ci, la genèse, l’Humanité… and The Creeping Brain. Le rythme est beaucoup plus soutenu, et le public repousse la chansonnette sur un refrain assez simple à retenir…

Creeping Brain, Creeping Brain, Creeping Brain…

Un final en ascenseur émotionnel!

On croit que c’est le dernier morceau, Jeffrey entonne Roll Bus Roll (sauf erreur de ma part, c’est une reconnaissance à l’oreille et aux souvenirs, je n’ai pas mis la main sur la setlist). Le titre pourrait faire une vive concurrence aux Moldy Peaches… en même temps, on est dans un courant musical similaire à Kimya Dawson (avec the Bundles), Herman Dune, Adam Green, et consorts… et puis Jeffrey Lewis a déjà collaboré par le passé avec les Moldy.

Jeffrey Lewis et ses zikos doivent aimer le lieu, et nous proposent finalement 3, 4 derniers morceaux. 2 avec The Voltage qui partent finalement pour se servir des bières et laissent Jeffrey Lewis pour les 2 derniers titres en solos avec harmonica à l’appui (à la Bob Dylan, si vous n’arrivez pas à visualiser) Sauf erreur de ma part, le titre Life clôture les débats.

Conclusion à cette soirée magique :

Difficile en ces quelques lignes de synthétiser ce concert de Jeffrey Lewis & The Voltage mais retenez ceci :

– De l’Indie anti-folk

– Un garçon resté toutes ces années assez méconnu mais d’une créativité et d’une empathie au top.

– Près de 20 ans de carrière condensés en 1h20, c’est pas mal d’émotions et de sensations fortes !

– Des entractes surréalistes, une proximité forte avec le public.

– Un concert complètement unique, c’est clairement sur ce type de live que l’on se rend compte que tous les feux d’artifices du monde et 50 danseurs sur scène peuvent ne pas arriver à la cheville d’un gars qui n’a pas changé de guitare depuis x- années et produit un concert qui te fait littéralement chavirer, et où tu ne prends pas une minute pour regarder si t’as reçu un texto !

– Il nous a même tous remerciés d’être venus pour un concert un lundi… « car c’est vraiment le jour le plus difficile de la semaine pour se bouger à un live » !

– Un dernier album vraiment au top que je ne peux que vous (re)conseiller d’écouter!

Jeffrey-Lewis-The-Voltage-Bad-Wiring-Album-1
Jeffrey Lewis & The Voltage – Bad Wiring

Jeffrey, un grand grand merci, merci également à Teenage Bed tout comme au Cour 87 pour l’accueil de cette soirée (pour ma part) anthologique !

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John O'Cube

Sous ses airs de trader aux combines maladroites, John est fasciné depuis son plus jeune âge par la musique. Brillant titulaire d'un fichier excel récapitulant l'ensemble des concerts vus depuis le début de sa vie étudiante, il cherche désormais la renommée en additionnant son record de présence en live devant Mogwai ou Deerhunter, ou divers groupe folk, rock, pop, indé,... Malheureusement, malgré une énergie débordante, on le perd souvent à l'heure de l'électro... ne vous méprenez pas, il ne commence pas à rédiger des articles pour la firme Weirdsound, il est plutôt perdu au 5 ou 6ème rang d'une scène électro douteuse, lunettes de soleil sur le nez car "l'électro s'écoute mieux avec des lunettes de soleil".

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