Il y a quarante ans, la New Wave Of British Heavy Metal

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Une époque morose

Dans les rues de Londres et les banlieues prolétaires d’Angleterre, le punk et la New Wave font encore trembler les murs. Les médias n’en n’ont que pour les Cure, Joy Division, Elvis Costello ou Gang Of Four. Dans cette fin des années 70, à l’orée de la décennie suivante, le rock et le hard rock, renommé Heavy Metal à la fin des années 60—peut-être par le producteur de Blue Öyster Cult, Sandy Pearlman—est un genre largement ignoré des journaux musicaux. Ainsi, les plus importants, comme le New Musical Express (NME), ou Melody Maker ne feront quasiment aucun article sur le phénomène avant la première moitié des années 80, à l’exception de Sounds. Au Royaume Uni, touché par les crises successives de 1973 et 1979, c’est le début l’ère Thatcher. La désindustrialisation a mis une partie de la population de travailleurs au chômage. La politique néo-libérale, inspirée des thèses économiques de Milton Friedman, de cette grande amie d’Augusto Pinochet, dont le pays a servi de laboratoire d’expérimentation à l’économiste américain, va encore accentuer la dépression et paupériser davantage les plus précaires. La majorité des groupes qui se forment alors dans les années 75-80 sont issus de ces banlieues industrielles déshéritées. C’est dans ce paysage morose qu’une nouvelle vague de musiciens va faire ses armes dans les pubs et petites salles enfumées qui voudront bien accueillir ces chevelus qui font du bruit, loin des spotlights et des paillettes du disco qui a alors la faveur du public.

C’était juste un moyen pour les gamins de la classe populaire de s’évader.

Brian Tattler, Diamond Head

Sur les plus grandes scènes, les dinosaures de l’époque précédente s’essoufflent et connaissent des crises internes. Ozzy est viré de Black Sabbath, Deep Purple est officiellement séparé depuis 1976 et en septembre 1980, Led Zeppelin voit son immense batteur, John Bonham, disparaitre dans un tragique accident de voiture. Bon Scott, chanteur d’AC/DC, est retrouvé mort dans sa voiture en février 1980. Qui plus est, la jeune génération a du mal à se reconnaitre dans les méga-groupes montants, comme Queen ou UFO. L’arrivée du punk sera également, pour certains de ces musiciens, une source d’inspiration, au moins en ce qui concerne l’énergie et la spontanéité qui émane de cette nouvelle musique. Ils ont en commun l’envie de dégager les ainés. Exception parmi ces artistes déjà en place, Judas Priest.

Les précurseurs

En 2018, le groupe originaire de Birmingham sortait un album unanimement salué par la presse et les fans, Firepower. Au tournant des 80’s, Black Sabbath qui vient de la même ville, peine à se renouveler et rate la marche du changement, contrairement à Judas Priest. Et, contrairement à Black Sab’, après plus de cinquante ans d’existence, le groupe fondé en 1969 par le guitariste K. K. Downing et le bassiste Ian Hill est toujours là. Sans K. K. Downing, toutefois. Son charismatique leader, Rob Halford, est celui qui fera mentir la sociologue Deena Weinstein qui prétendait que les headbangers—nom donné alors aux métalleux—montraient des signes d’homophobie latente. En effet, après son coming out, le succès du groupe ne faiblira pas. C’est d’ailleurs lui qui lancera la mode des bracelets à clous et du cuir, imagerie vestimentaire empruntée aux clubs gays. En 1978, The Killing Machine, aussi connu sous le nom de Hell Bent For Leather aux USA, est un énorme succès.

Si les premiers albums du Priest étaient plutôt orientés prog rock, un tournant plus metal s’était fait sentir sur Sad Wings Of Destiny en 1975. Sur ce dernier, leur son s’est radicalisé, les morceaux se raccourcissant, et l’arrivée de Dave Holland derrière les fûts va accélérer cette évolution. Lorsqu’ils rentrent en studio en 1980 pour British Steel, le marché US est à portée de main. C’est peut-être cette carrière déjà longue et la notoriété grandissante du groupe à l’étranger qui va ouvrir les portes de l’Amérique du Nord à la NWOBHM.

Au Royaume Uni, le chômage explose à la fin des années 70. Rob Halford met en parole la frustration et la colère d’un chômeur qui est sur le point d’enfreindre la loi afin de se nourrir.

It’s a Long Way to The Top…

La Dame de Fer

Les grandes salles du Royaume Uni sont squattées par les stars du disco et de la New Wave. C’est donc dans les clubs, les pubs et les petites salles que les groupes vont faire leurs armes à partir du milieu des années 70. C’est dans un de ces clubs, justement, le Soundhouse de Neal Kays, que le journaliste de Sounds, Geoff Barton, assiste à un concert réunissant Iron Maiden, Saxon et Angel Witch en mai 1978, respectivement formés en 1975, 1976 et 1977. C’est dans l’article que Barton écrivit à la suite de ce show que serait apparue pour la première fois le terme de New Wave Of British Heavy Metal, sur la suggestion du rédacteur en chef, Al Lewis… Le premier d’entre eux écume donc déjà les petites scènes depuis trois ans, notamment celle du Ruskin’ Arm qui entrera bientôt dans la mythologie du groupe. Quelques mois plus tard, Iron Maiden enregistre une démo, The Soundhosue Tape, qui se diffuse à plus de 5000 exemplaires, attirant l’attention du label EMI. En 1979, leur premier album se classe 4e au hit parade UK, prenant la presse spécialisée par surprise. Mené d’une main de fer par le bassiste Steve Harris (qui utilise ses quatre doigts de la main droite pour jouer! D’où peut-être la main de fer…?) qui méprise la vague punk rock, le groupe se retrouve quasiment livré à lui même en studio pour l’enregistrement d’Iron Maiden. Cet album dégage tout de même une urgence et une rage brute qui n’est pas si loin que cela de celle du punk. Les paroles du chanteur d’alors, Paul Di Anno sont des chants de rébellion (Running Free). Et puis regardez la coupe d’Eddy sur la pochette…

La mascotte Eddy the Head apparait dès la première pochette du groupe. Les influences rock progressif sont très présentes sur les morceaux longs avec de nombreux changements de rythmes, comme sur ce Phantom Of The Opera. Pour le 2nd album, et jsuqu’à ce qu’il prenne sa retraite, le groupe fera appel à Martin Birch, producteur de Wishbone Ash.

Il n’est pire sourd qu’un léopard…

À Sheffield, le groupe Atomic Mass reprend des titres de Bowie ou de Black Sabbath. Lorsqu’il intègre le groupe, le chanteur Joe Elliot propose de le renommer Deaf Leopard, puis Def Leppard. Héritier des Aerosmith, AC/DC ou Ted Nugent, les musiciens orientent leur compositions vers un rock teinté de glam. C’est d’ailleurs Phil Collen de Girl, groupe…glam, qui remplacera Pete Willis pour leur troisième album lorsque les problèmes d’alcool du premier viendront entraver sa capacité à jouer de son instrument. Le premier L. P. du groupe, On Through The Night, les amènent à tourner avec Ted Nugent, AC/DC ou Pat Travers aux USA où ils connaitront le succès avec leur troisième album, Pyromania en 1984. Ils ont très certainement eu une grande influence sur le renouveau de la scène glam des années 80, comme Motley Crüe, Poison ou encore les Gun’s n Roses. En 1979, lorsqu’ils enregistrent leurs premières démos, le batteur, Rick Allen n’a que quinze ans. Il perdra son bras gauche cinq ans plus tard dans un accident de voiture. Le groupe fera tout pour qu’il reste, et, à l’aide d’un kit batterie spécialement conçu, il pourra enregistrer l’album suivant, Hysteria, et continuer de jouer dans le groupe jusqu’à aujourd’hui.

Deff Leppard première mouture avec Pete Willis (2e en partant de la gauche) et Rick Allen, le plus jeune (4e).

Anglo…Saxon

C’est encore non loin de Sheffield que commence l’histoire de Saxon sous le joli nom de Son of The Bitch. Charming! Très vite, le groupe mené par Peter “Biff” Byford et Paul Quinn, seuls membres d’origine toujours actifs de la formation, prend le nom de Saxon et adopte une imagerie qui fait référence à l’histoire médiévale de l’Angleterre et l’aigle devient leur emblème. Leur son, immédiatement reconnaissable, ne leur amènera pas immédiatement le succès, et leur premier L P., Saxon, ne sera guère remarqué. Ils tournent avec Motörhead qui promeut alors son album Bomber, et sortent simultanément Wheels Of Steel et Strong Arm of The Law en 1980. En 2018, ils rendront hommage à Motörhead et se remémoreront cette tournée avec leur titre They played Rock And Roll (à écouter absolument!) et son clip. Saxon connaitra un relatif essoufflement au milieu des années 80, mais saura revenir sur le devant de la scène pour truster les têtes d’affiche des grands festivals dans la dernière décennie.

Contrairement à ce que pourrait faire croire l’image d’illustration du clip, le titre Heavy Metal Thunder est sur le 3e album du groupe, Strong Arm Of The Law

Des filles à bonne école

Elles seront révélées par Lemmy qui les prendra sous son aile et les signera sur son label indépendant. Il les embarque dans la tournée du groupe de 1979. Pas étonnant. Les quatre musiciennes, trois anglaises, une américaine, défouraillent sec et pratiquent un rock and roll brut et direct dans le style du trio du sir Kilmister. Demolition le premier album de Girlschool sort en 1980 (la pochette est tellement laide, que je l’ai cachée sur la photo en tête de l’article). Le groupe est remarqué rapidement car il fait exception dans un paysage très masculin. D’ailleurs, il est notable que lorsque les filles tenteront de changer quelque peu de look, adoptant des vêtements plus féminins et une musique plus commerciale vers 1983, le public ne suivra pas. Toujours actives malgré de nombreux changements de line-up, et sans la chanteuse Kelly Johnson qui enregistra les quatre premiers albums avec le groupe, décédée d’un cancer en 2007, elles continuent à se produire régulièrement dans les festivals.

Noir c’est noir

Le Black Metal a des racines multiples, mais l’histoire du genre a retenu comme acte de naissance la publication du titre Black Metal du groupe Venom sur leur album du même nom. Les membres du combo de Newcastle, d’abord appelé Guillotine (bonjour l’ambiance…), sont parmi les premiers à adopter des surnoms. Rebaptisé Venom en 1979, le groupe est alors un trio formé de Conrad Lant alias Cronos, Jeffrey Dunn alias Mantas, et Anthony Bray alias Abaddon. Les thèmes sataniques dominent, et leur premier single, In League with Satan/Live Like An Angel parait sur le label Neat Records en 1981. Jouant plus vite, pratiquant une musique plus agressive, il posent les bases du t(h)rash* à la Slayer ainsi que celle d’un nouveau genre, le Black Metal. Les critiques les moquent, arguant qu’ils ne savent ni jouer, ni chanter—ce qui n’est pas faux au début de leur carrière…—et que leur musique s’apparente à du bruit. Aujourd’hui, le groupe est pourtant salué comme ayant donné naissance à des genres et sous-genres catalogués sous le label “metal extrême”. Pour l’anecdote, pour des musiciens ne sachant pas jouer, il est étonnant de voir que lorsque Metallica enregistrera son premier album, une rumeur naitra selon laquelle Lars Ulrich n’aurait pas été à la hauteur et que les parties de batterie auraient finalement été enregistrées par Abaddon… En fait, Lars Ulrich est un excellent batteur.

*comme je l’expliquais dans un article sur la programmation du Hellfest de l’an dernier qui a disparu dans les limbes de weirdsound, le terme est apparu sous les deux orthographes avant que thrash ne prenne le dessus.

L’oiseau noir

En 1974, les frères Gallagher (rien à voir ni avec Rory, ni avec Oasis…) forment Raven. Devenu un trio en 1979, les musiciens ont radicalisé leur son et se sont un peu éloignés de leur premières influences plus prog rock. Leur premier album, Rock Until You Drop, donne encore dans le hard rock et le blues rock anglais. À la peine pour trouver des concerts, ils alternent, à l’époque, les premières parties des groupes à la mode comme The Stranglers, et, comme les autres, les petits gigs dans les clubs. Ils signent alors un contrat avec le label indépendant phare du genre du moment, Neat Records. Leur style évoluera rapidement, les tempo s’accélèreront et ils deviendront une des références de la jeune scène californienne du début des 80’s qui inventera le t(h)rash .

Diamond Head, Mama’s Boys, Tokyo Blade, Samson… une scène foisonnante de talents

L’Irlande du Nord donnera trois de ses fils à la NWOBHM, les frères Mc Manus. Mama’s Boys s’inscrit dans l’héritage des Slade et autres groupes glam un peu prolo. Le batteur, Tommy, n’a que treize ans en 1979 lorsque le groupe connait ses premiers succès. On retrouve dans leur musique la marque du rock irlandais (Thin Lizzy, entre autre) et parfois apparait un violon qui rappelle les origines celtiques des musiciens. Leur carrière sera brève et malchanceuse. Mais entre 1984 et 1987, ils tourneront avec les plus grands et connaitront leur moment de gloire.

Dave Mustaine et James Hettfield leur doivent beaucoup. Cité comme une influence majeure par les deux guitaristes chanteurs, Diamond Head va marquer le genre avec leur album de 1980, Lightning To The Nations. Metallica leur rendra d’ailleurs hommage en reprenant sur leur Garage Days Revisited les titres Am I Evil, Helpless ou encore The prince. C’est entre autre au méga groupe californien ainsi qu’à Dave Mustaine qu’ils devront de revenir un peu sur le devant de la scène après un passage à vide au milieu des années 80.

Samson, nommé d’après le patronyme du guitariste, Paul Samson, va se révéler être un creuset de talents dans lequel les membres de Maiden vont piocher allègrement. C’est tout d’abord le batteur Clive Burr (qui sera interchangé avec le batteur de Trust, Nico Mc Brain pendant la tournée Marche ou Crève des français) qui rejoint la Dame de Fer en 1978, puis le chanteur Bruce Dickinson qui est débauché pour remplacer l’instable Paul Di Anno. Samson commettra erreurs sur erreurs, mauvais choix de label, de management… mais parviendra tout de même à hisser plusieurs titres dans les charts. Dickinson fera une dernière apparition avec le groupe au festival de Reading en 1981 avant de rejoindre Maiden pour la carrière qu’on leur connait ensuite. Restent quelques bons titres où la voix et la présence du chanteur sont des atouts indéniables pour mettre en valeur les riffs du guitariste. Paul Samson est décédé en 2002 et Clive Burr en 2013…

Très sous-estimé, souvent rangés comme des sous-maiden, Tokyo Blade est pourtant un groupe phare de la vague qui arrive en 1979-80. Est-ce à cause d’un line-up qui peine à se stabiliser? Ils enregistrent deux albums avec Alan Marsh au chant avant de recruter Vic Wright. Le groupe s’éparpille rapidement et pendant la dernière moitié des années 80, Andy Boulton, le guitariste continuera de tourner avec Andy Boulton’s Tokyo blade pour bien montrer que, Tokyo Blade, c’est lui. Inaugurant un style qui influencera le speed metal allemand (Helloween), le groupe se caractérise par des tempos souvent rapides, des guitares jouant des mélodies harmonisées. Le line-up des deux premiers albums s’est récemment reformé.

Il y a, bien sûr, de nombreux groupes qui ont connu leur heure de gloire durant cette période et furent, d’une manière ou d’une autre, des figures importantes du genre. On pourrait citer Tygers Of Pan Tang (Avec John Sykes, guitariste virtuose qui jouera avec Thin Lizzy et Whitesnake par la suite), les trop méconnus Angel Witch, un autre groupe féminin marquant, Rock Goddess, Tank, Savage, Demon… Il existe de nombreux sites qui vous en apprendront plus sur ces derniers.

Motörhead ou pas Motörhead? telle est la question.

Les “spécialistes” se déchirent sur la question de savoir si Motörhead doit être considéré comme un groupe faisant partie de la vague metal de cette période. Pour ma part, je considère que le combo de Lemmy était, est et sera toujours un groupe à part, inclassable. La carrière du bassiste chanteur et sa place à part dans la mythologie du rock and roll va bien au-delà d’un genre et d’une période. Influence du hardcore, du rockab, du punk, du speed metal, du t(h)rash… D’autant plus que Lemmy le disait lui-même : We are Motörhead and we play rock and roll. Et non pas We play heavy Metal… Motörhead ne peut pas entrer dans une catégorisation aussi étroite que NWOBHM. Point.

Cependant, il fut un support indéfectible pour les groupes de l’époque : Saxon, Girlschool, jusqu’à Judas Priest (Halford raconte qu’à chaque fin de concert avec Lemmy, il terminait sur ses genoux en backstage! J’aurais rêvé voir ça!) ou encore de Wendy O’ Williams lorsque celle-ci s’affranchit des Plasmatics (conseil confinement : ré-écoutez les albums solo de la dame ainsi que ceux du groupe). C’est également dans un de ces groupes, Persian Risk, que Lemmy recrutera celui qui tiendra la six cordes dans le groupe jusqu’à la mort de son fondateur, Phil Campbell.

Un courant peu engagé politiquement?

Les thématiques abordées sont diverses. Le courant punk s’engage à cettte période vers des chemins plus revendicatifs et engagés politiquement (Clash, Exploited, Crass…), ancrés dans la réalité sociale de l’époque. Les groupe de la NWOBHM préfèrent pour certains évoquer des univers plus fantastiques, souvent dans la lignée de leurs modèles progressifs des années 70, tels Yes ou Wishbone Ash, qui permettent aux kids de s’évader un peu. À la croisée des chemins, on trouve à partir de 1982, Tank, emmené par l’ex bassiste des Saints et des Damned, Algy Ward. Le chanteur/bassiste oscille entre les deux univers et présente un accoutrement ainsi qu’une attitude scénique que l’on retrouvera aussi chez Paul Di Anno qui se rapproche de celle des punks. Avec ses titres courts, des paroles narrant un quotidien de bières, de bagarres et de violence, musicalement très influencés par Motörhead, ils sauront, comme le groupe de Lemmy, réconcilier les deux publics lors de leurs concerts. On retrouve la même capacité de rassembler les punks et headbangers chez Venom dont les textes uniquement sataniques dénotent à l’époque.

Chez Saxon, si l’imagerie médiévale et les emblèmes du Royaume Uni, comme l’Union Jack, sont souvent utilisés, il n’y a aucune volonté de diffuser une idéologie nationaliste. On trouve pèle mêle un hommage à Kennedy (Dallas 1 P. M.), des odes à la voiture, un peu comme Highway Star de Deep Purple, avec Wheels Of Steel. Denim and Leather raconte justement l’émergence du mouvement NWOBHM.

Where were you in ’79 when the dam began to burst

Did you check us out down at the local show

Saxon, Denim and Leather

Les auto-références à l’univers du rock sont en effet nombreuses, créant une émulation interne et élevant le genre au statut de mythe (Rock until you drop de Raven, Rock Brigade de Def Leppard, Rock and Roll Man de Tygers Of Pan Tang, Heay Metal Thunder de Saxon…). Certains titres évoquent bien des préoccupations sociales (Breaking The Law, Running Free, Wrathchild). Ils sont bien souvent des témoignages, réels ou fantasmés, d’une réalité sociale sordide où l’individu développe des pathologies psychotiques qui pourraient en faire un véritable danger pour la société. L’ombre du serial killer n’est pas loin (Killers) et l’attrait pour la morbidité est forte dans les univers des groupes. Venom en étant certainement une sorte de summum. Dans une moindre mesure, on retrouve cette fascination pour l’horreur chez Angel Witch, Demon, ou même chez Iron Maiden.

Ce qui caractérise majoritairement les textes, c’est qu’ils abordent la question du point de vue de l’individu et non du point de vue collectif. En cela, on peut dire que le heavy metal de cette période est franchement libertarien et individualiste. Cette analyse, pour ce qu’elle vaut, pourrait être une explication du succès de ces groupes outre Atlantique. D’autant plus que, comme le fit AC/DC dans les années 70, souvent sur le ton de la dérision, beaucoup de groupes composent des paroles fortement sexuelles, voir sexistes, ce qui n’est pas sans déplaire à la génération mâle et blanche d’américains de cette époque très machiste. Iron Maiden, sur ses deux premiers albums, parlent de prostituées, de maisons closes (Charlote The Harlot), de rôdeurs pervers et exhibitionnistes (Prowler). Ce qui ne sera plus le cas après l’arrivée de Bruce Dickinson, à l’exception de 22 acacia avenue, où les morceaux seront dorénavant inspirés de romans, films ou encore de poèmes (The Rhym Of The Ancient Mariner d’après Coleridge).

Les premiers mega festivals et la presse

Kerrang! fait la guitare lorsqu’on donne un coup de médiator sur les cordes avec l’ampli à fond. Du moins c’est ce qu’entendait Geoff Barton lorsqu’il donne ce nom au numéro spécial de Sounds dédié à cette vague de rock anglais et qui sort le 6 juin 1981. Bien sur, le magazine deviendra une référence et parait encore aujourd’hui. Tout d’abord mensuel, il devient vite hebdomadaire et fait référence dans la presse spécialisée.

Encore aujourd’hui, le journaliste loue le travaille du DJ Neal Kays, alors résident au Soundhouse, qui, pendant toute la fin des années 70 et le début des années 80, programma inlassablement les groupes de la nouvelle vague dans ses soirées. Le lieu était pourtant assez peu central, mais il attirait toute une jeune génération, sa réputation drainant même des stars accomplies, comme Ted Nugent ou le groupe canadien April Wine. Des instruments étaient à la dispositions des clients et de nombreux concerts improvisés y furent donnés. C’est entre autre dans ce lieu que Iron maiden enregistra sa première démo, The Soundhouse Tape.

En 1981, Girlschool est le premier groupe de la NWOBHM à faire la couverture du NME qui commence enfin à s’intéresser au phénomène. Viendra Eddie The Head, la mascotte de Maiden l’année suivante, alors que le groupe a déjà vendu des milliers d’albums…

Le 15 décembre 1979, un peu avant Noël donc, Sanctuary Records et EMI éditent une compilation regroupant quelques titres de jeunes groupes de heavy metal anglais. Rod Smallwood, alors et toujours manager de Maiden, a fondé le label Sanctuary quelques mois plus tôt en s’inspirant du titre éponyme du groupe. Le morceau figure d’ailleurs en première place sur le disque, une exigence du manager et du groupe. La compilation Metal For Muthas (contraction de Motherfuckers) entrera dans les charts et contribuera largement à la notoriété de la NWOBHM.

Au début des années 80, l’audience des groupes s’élargit et certains sont accueillis sur les grandes scènes des festivals déjà en place, comme celui de Reading qui intègre de plus en plus d’artistes metal dans sa programmation. Mais, le fait le plus notable est la création des Monsters Of Rock à Castle Donington qui est monté en 1980 dans le but unique d’accueillir des groupes du genre. Dès cette première année, on y trouve Saxon ou Judas Priest, et c’est sur cette scène que Rick Allen fera son retour avec Def Leppard après son accident en 1986.

La descendance

Later on in my life when I met Metallica, Pantera and Sepultura and they told me that those albums [Iron maiden & Killers, ndlr] were what got them into music, it made me incredibly proud.

Paul Di Anno

Lorsqu’il déménage du Danemark aux USA, Lars Ulrich (batteur de Metallica, pour ceux qui l’ignorent, mais y en a t’il?) fait passer une annonce dans un journal local pour chercher des musiciens. Il cite Diamond Head, Tygers of Pan Tang et Iron Maiden comme références. La vague de metal qui va déferler des USA dans les années 80 est largement redevable à ce qui s’est passé en Europe, en Grande Bretagne, au tournant de la décennie. Slayer, Anthrax, Metallica ou Megadeth sont, à de nombreux égards, les héritiers directs des groupes anglais de ce début des eighties.

En Europe du nord, au cours de la décennie, une nouvelle scène se développe également sous cette influence. c’est le cas, par exemple, du speed metal d’Helloween en Allemagne. Mené par Kai Hansen, le groupe reprend les figures inventées par les Maiden, Tokyo Blade ou Raven. Ils accélèrent les tempos, construisent des titres où les guitares s’entrecroisent en tierces et quintes et pouvant s’étirer sur plus de huit minutes. Le chanteur guitariste formera ensuite Gamma Ray. En suisse, c’est Hellhammer, qui prendra le nom de Celtic Frost. Ou, toujours en Suisse, Coroner formé par des roadies de Celtic Frost. Le guitariste Tommy T. Baron rejoindra ensuite les allemands de Kreator et jouera comme musicien de session pour… Stephan Eicher. Avec Sodom et Destruction, Kreator fait partie des trois géant du t(h)rash allemand crédités pour avoir inventé le Black Metal (auquel il faudrait ajouter certainement Mercyful Fate, au moins pour le maquillage de King Diamond…). Mais cela aurait été sans compter sur l’héritage de Venom. Au Danemark, la musique de Pretty Maids sera fortement marquée par celle des Def leppard et Iron Maiden.

Aux USA, des groupes de heavy metal “purs” comme Armored Saint ou Metal Church perpétuent le son et le style initiés en Angleterre quelques années auparavant.

Enfin, ces jeunes loups anglais qui vont briguer la place des anciens, vont aussi les obliger à se remettre en question et à se renouveler.

On peut noter aussi le documentaire parodique de Rob Reiner, Spinal Tap, sorti en 1984 comme un film moquant les attitudes et textes des groupes de cette période. La caricature des musiciens en tournée et leurs péripéties ne sont pas si loin que ça de la vérité…

La vague de groupes qui émergea à cette époque qui ne dura que de 1979 à 1982 environ, dans cette zone géographique somme toute assez étroite, a essaimé pour donner naissance à des courants aussi divers que le Black Metal, le Stoner, le métal symphonique, le speed metal, le t(h)rash metal… prouvant la diversité du genre ainsi que la richesse et le talent de ses musiciens dont beaucoup sont encore présents sur le devant de la scène aujourd’hui.

Pour aller plus loin

https://www.youtube.com/watch?v=e0TaouVCLJY

https://ultimateclassicrock.com/new-wave-of-british-heavy-metal/

https://www.youtube.com/watch?v=4LwQnbKdoGE

Mr Moonlight

Entremetteur! Non, pas celui qui concocte des entremets, mais bien un passeur. C'est cela Mr Moonlight, un amoureux de la musique sous toutes ses formes : du métal le plus extrême à l'électronica la plus douce. Pour vous servir

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