Hey oh, let’s go Aucard!

Site de la Gloriette entre deux averses. ©AntoineGB pour weirdsound Site de la Gloriette entre deux averses. ©AntoineGB pour weirdsound

Let’s go ! Aucard c’est parti ! Et comme la Touraine sait accueillir les visiteurs, forcément, il pleut. Mais bon, pas d’alerte inondation cette année. Ouf ! C’est donc assez marrant de déambuler de chapiteau en chapiteau, croisant qui avec ses bottes, qui avec ses docs ou ses crocs pataugeant dans la gadoue. Mais rien n’entame la bonne humeur des festivaliers. Et si, comme me dit Bertrand membre du bureau de Radio Béton !, il semble y avoir un petit peu moins de monde que le premier soir de l’année précédente, la foule est quand même au rendez-vous. On peut apprécier en attendant le début des hostilités à 20 :00, une petite Maiz, bière locale, aller consommer de la bière plus industrielle ou du vin, voir des softs, dans les différents bars thématiques du site. Attention toutefois au bar « La contredanse classique » tenu par des gendarmes en tutu, ils pourraient bien vous faire souffler. Dans quoi, je ne sais pas, mais faut s’méfier !

Rythmes rock 60’s, guitares hurlantes et chant possédé, Frankie & The Witch Fingers ouvrent la danse.

C’est donc à 20 :00 pétantes que retentissent les premiers accords de Frankie & The Witch Fingers. Le son est bon, puissant, et le rock garage psyché, tendance The Oh sees du combo chauffe grave la foule qui s’amasse au pied de la scène. Un grain de folie passe sous le chapiteau. Il faut dire que la présence scénique des quatre gars est quelque peu iconoclaste. Guitare tenue sous le menton et bastonnée de moulinets frénétiques pour le chanteur qui cache ses lunettes sous une tignasse digne des années 70 qui vole au rythme de ses mouvements épileptiques-un mélange de Didier Super et de Stephen King sous chimio avec cinquante balaies de moins- bassiste débonnaire, batteur impassible au jeu direct, et guitariste shoegazer, tiennent le public en haleine pendant les 45 premières minutes du festival.

Frankie & The Witch Fingers, Aucard de Tours 5 juin 2018
Garage-pyshé, fuzz et réverb, l’ouverture du festival par Frankie et ses doigts de sorcières laisse augurer d’un bon cru

Changement de style pour la suite, puisque c’est Sopico du collectif 75e session qui débite son flow sous le grand chapiteau-3000 personnes potentielles. Le public des festivals tourangeaux est réceptif à toute les musiques-les gars de Gojira en ont été tout étonnés l’année dernière à Terres du Son– et ça saute, ça danse et les bras se lèvent. Le gars Sopico sait mener sa barque, et occupe la scène de façon magistrale, appuyé par le beat minimaliste lourd et noir de son DJ.

Sopico, Aucard de Tours, 5 juin 2018
Sopico, le rap français dernière génération tape dur! ©AntoineGB pour weirdsound

Rien à dire. C’est parfait. La pluie alterne avec les éclaircies, et, sous un soleil qui filtre sous les nuages et darde ses derniers rayons sur la plaine de la Gloriette, ce sont les larsens des californiens de Moaning qui guident la marée d’un chapiteau à l’autre. Découverte de Sub Pop, coqueluche grunge, les gars sont jeunes, peut-être à peine soixante ans à eux trois… Leur premier album était une petite bombe, entre grunge, shoegaze et cold wave avec des accents indéniables de la bonne période des My Bloody Valentine. Quelques heures auparavant, j’avais retrouvé les trois amis sous leur tente, dans les loges, pour une interview à paraître cette semaine sur weirdsound.net.

Petits gémissements deviendront grands cris. Moaning, le rock juvénile.

On sent une tension chez eux alors qu’ils enchainent leurs premiers titres. Une attente. Le chanteur guitariste, Sean a cette pudeur et timidité adolescente qui le font sans doute douter de la réceptivité du public. Le groupe manque encore d’assurance sur scène et demande un bon tour de chauffe avant de se sentir à l’aise. Peu de communication, mais lorsqu’ils sont partis, ça dépote. La silhouette longiligne du bassiste rappelle parfois Paul Simonon, et Sean Solomon n’a pas encore coupé le cordon ombilical avec son idole de jeunesse, Kurt Cobain. Il termine le show guitare sur la tête, fendant la foule jusqu’à la console, sourire béa et yeux hallucinés. Il ne fait aucun doute que ces petits gémissements seront un jour un grand cri.

Moaning,Aucard de Tours 5 juin 2018 ©AntoineGB
Numéro d’équilibriste pour Moaning, un groupe à suivre. ©AntoineGB pour weirdsound

Et hop, nouvelle migration vers le grand chapiteau qui cette fois n’est pas loin d’être plein. Mais qui suscite cette marée humaine ? Un DJ chauffe l’ambiance, le public est électrique. Talib Kweli arrive et harangue la foule avec des gimmicks classiques : « Jump », « hands up »… Le son est énorme et les sub-basses font vibrer tout le site du festival. Les couches de samples sont tellement entremêlées, qu’on a parfois l’impression qu’il chante en playback… Le rappeur qui a collaboré avec Mos Def arpente les planches pendant une bonne heure et laisse un public surchauffé.

Talib Kweli, Aucard de Tours, 5 juin 2018 ©AntoineGB
Grosse artillerie lumière et son pour le rappeur US. ©AntoineGB pour weirdsound

L’accueil qui est fait à l’australienne Ecca Vandal est à la hauteur de son talent. Dès son entrée en scène, au rythme de son hip-hop/punk/fusion, les premiers rangs se bousculent. On ne peut pas parler de Pogo, mais les verres de bières se renversent, les corps viennent s’écraser contre la scène. La jeune artiste occupe l’espace et délivre sans aucun doute le meilleur set de la soirée. On sent qu’elle est heureuse d’être là, détendue. Notre rencontre avant le concert m’a fait découvrir une personne d’une grande douceur que vient contrarier son attitude de Bad Girl sur scène. Sa musique est comme une pile électrique trop chargée qui laisserait échapper des décharges et menacerait d’exploser. La foule est en délire lorsque sur un morceau “féministe” elle fait monter une dizaine de filles du public à ses côtés. Le groupe qui l’accompagne n’a beau pas être le même que celui qui la suit en Australie, hormis son bassiste et co-compositeur, Richie Kidnot, leur implication profonde dans la musique d’Ecca est complète. Le show est époustouflant et le climax est atteint sur le dernier morceau lorsqu’elle plonge dans le public qui la porte à bout de bras alors qu’elle continue à chanter.

Juste une grande claque d’une future grande dame…

Ecca Vandal_Aucard de Tours, 5 juin 2018
L’australienne Ecca Vandal a conquis le public du festival avec un set entre hip-hop et punk. © AntoineGB pour weirdsound

Les lumières et stroboscopes du grand chapiteau attirent les groupes de gens alors que résonnent les rythmes saccadés et les arrangements bruitistes et noirs du français Perturbator. Sa musique ne laisse aucun répit aux auditeurs et n’est pas loin de faire entrer en transe certains d’entre eux. Son énorme, musique torturée mais hypnotisante. Le Hellfest ne s’était pas trompé en l’invitant l’an dernier, il a la capacité de transcender les genres avec brio.

Cette première soirée laisse augurer du meilleur pour la suite. Tant qu’on ne nage pas dans des torrents de boue, tout va bien.