Aucard, day II : où il pleut de l’amour !

L'affiche officielle de Aucard de Tours L'affiche officielle de Aucard de Tours

Alors, heureux ? Ben oui, après une bonne nuit à cuver les concerts de la veille, c’est le retour dans le lit majeur du Cher, sur la plaine de la Gloriette où les eaux du ciel se mélangent si bien avec celles de la rivière. Où les déluges brefs et fréquents n’entravent pas le plaisir des festivaliers à communier en pataugeant dans la gadoue, la gadoue. Où nous vivons sous le ciel gris-bleu d’amour et d’eau de pluie (merci à Serge G. pour ce texte sympatoche et d’actualité).

Bienvenu à garageland, on est des garagebands!

De l’amour. Oui, il y en a eu ce mercredi soir sur les scènes d’Aucard. Tout d’abord l’amour du rock garage dans tous ses états avec la carte blanche à l’association Reviens Gamin qui organise des concerts sur Tours. Ce sont trois groupes à la fois fort dissemblables et pourtant partageant un amour commun du rock festif et énergique qui se sont partagés la petite scène tout au long de la soirée.

Après avoir avalé un sandwich chèvre/miel/ciboulette avec des gorgées de bière thé vert bergamote, je me dirige sous le petit chapiteau. Ce sont les Scaners de l’écurie Casbah Records qui montent sur scène en premier. Ambiance Ramonesque sur univers sci-fi séries b, guitariste rescapé de la chaise électrique, chanteur johnbeluscien martyrisant un pauvre clavier qui ne lui a rien fait, batteur à la dégaine mi-rockab, mi-Paul Simonon (encore lui !) et bassiste qui traine une patte cassée avec un courage et un stoïcisme qu’on ne peut que saluer. Encore une fois, le choix est bon car dès l’ouverture des concerts, le public, clairsemé sur les premiers morceaux, se rassemble rapidement. Le set est intense, rock and roll, jouissif et enragé. Ça bouge bien dans le public qui est chaud pour aborder la suite. Que du bon ces Scaners. On y reviendra dans quelques semaines avec un article sur le groupe.

Sur la grande scène, c’est 10lec6 (pronounce dislexique et non pas tenlecsix…), groupe électro/tech/pop/tribal/afro (ouf!) qui compte depuis l’arrivée de Nicole au chant un atout en plus. La camerounaise pousse de la voix sur une musique faite de sub basses, de brusques breaks ponctuées de sons criards sur des beats danse/RnB/techno.

Retour sur la scène Reviens Gamin avec un trio sauvage convoquant la transe électrique sous la toile tendue du chapiteau. Weird Omen, c’est une scène tenue par un saxo alto furieux et un guitariste aux allures de dandy rock avec un pilier rythmique usant du tom basse pour soutenir l’édifice. Ça sonne Cramps, Link Wray, ça saute, ça sue et c’est communicatif. Je me demande encore comment aucune des personnes des premiers rangs du public n’a été atteinte par une savate pointue dans le nez!

Et puis c’est le moment de la tête d’affiche rock de la soirée. Les photographes se bousculent entre la scène et les barrières, le public arrive petit à petit sous le grand chapiteau, curieux de voir ces légendes du rock lourd (peut-on parler de stoner, de blues rock comme le laisse entendre la fiche oui, qui pet dia ?) des belges de Triggerfinger qui écument les salles et les stades depuis vingt ans. Et effectivement, le show est d’un grand professionnalisme. Les rôles sont bien tenus, en costume chamarré, comme il se doit, chacun à sa place fait son boulot avec entrain. Ruben Block (chant guitare/basse) à la présence puissante occupe un bon tiers de la scène à lui tout seul, assurant une grande partie du show. Au milieu et en avant, trônant sur l’estrade, la batterie de Mario Goossens, encadre la silhouette du batteur furieux et sert de point d’appuie aux trois autres membres. Le son de basse est énorme, comme la carrure massive et impressionnante de Paul Van Bruystegem. Le quatrième membre, un guitariste qui les accompagne pour la tournée, vient renforcer les rythmiques de Ruben lors des soli ou lorsque ce dernier empoigne la deuxième basse, doublant la ligne mélodique comme sur Colossus, le dernier single de l’album éponyme. Le public est présent, mais malgré un savoir faire indéniable, la première demi-heure du set est laborieuse. Arrive alors le moment du solo de batterie. Et la magie opère, les trois musiciens qui s’étaient retirés arrivent pour entourer Mario et entament un jam sur les toms, cymbales et autres accessoires du kit. Après ça, l’ambiance est remontée d’un cran, assurant une fin de set des plus chaleureuse.

Et l’amour ? Oui, oui, il est dans l’air. Il est aussi présent sur la scène du petit chapiteau avec King Salami & the Cumberland Three qui se prépare à déverser un déluge d’amour et de rock and roll sur le public qui trépigne. Les quatre membres du combo sont londoniens, mais en leur sein, il y a deux français, un japonais et un seul véritable anglais ! Mais pas d’impatience, vous en saurez plus la semaine prochaine avec leur interview. Comme le dis l’adage rendu célèbre par le King Salami lui même :

« It’s a long way to the shop if you want a sausage roll ! »

Alors comment décrire King Salami… Disons que c’est une rencontre heureuse entre Dr Feelgood, Bo Diddley, le punk et toute l’imagerie exotico-comics qui accompagne toute bonne production garage. En tout cas, hors de question de se prendre au sérieux ici, mais surtout c’est le moment de prendre du bon temps et de se marrer. À ma gauche, Marco « T. Bone Sanchez », guitariste à la main droite magique, au jeu très influencé par Wilko Johnson, au centre, le créateur et chef d’orchestre du groupe, le batteur Eric (avec qui j’ai usé le fond de mes jeans sur les chaises inconfortables de la faculté d’anglais de Tours !) Baconstrip, à ma droite, Kamikaze U. T. Vincent, bassiste aux envolées-physiques-aussi réussies que ses lignes de basse ultra-efficaces, et au centre, assurant le show dans l’excès et la parodie, l’amour et le rock and roll, Jimmy Pantzavolta, King Salami personnifié. Autant dire que le public suit avec enthousiasme, pogotant avec entrain, s’agenouillant quand on lui demande, tentant de toucher l’étrange fakir de bande dessinée qui exécute des pas de danse improbables sur la scène. Et c’est qu’ils en redemandent du rab de wurst après le dessert ! Et à un groupe qui se fait un grand plaisir de remettre le couvert pour un rappel copieux et généreusement servi. « De l’amour, de l’amour, de l’amour » est le leitmotiv de la soirée qu’on vous dit !

Passé ce grand moment de déconnade et de bonheur, nous avons droit aux stars du hip-hop made in US, Onyx, soit Freddo Starr et Sticky Fingaz. Rappelez vous, ce sont eux qui en 1993, alors qu’ils commencent leur carrière sur les chapeaux de roue, font ce duo avec Biohazard sur la bande originale de Judgement Night, film oubliable à la bande son mémorable. L’ambiance change et les « fuck » et « motherfucker » rugissent dans les enceintes du grand chapiteau. Ah on est moins dans la rigolade, là ! C’est du sérieux, du revendicatif. Le public apprécie ce changement et suit le mouvement sans aucun problème, jumpant, levant les bras et se laissant porter par les rythmes hip-hop surboostés aux kicks et sub basses ultra puissants. Bon, pour le coup, l’amour est un peu parti se coucher, mais ce n’est pas grave, il a passé une excellente soirée !

 

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