Ecca Vandal pulvérise les frontières!

La claque de cette édition d'Aucard, Ecca Vandal ©AntoineGB pour weirdsound

C’est sans aucun doute la claque la plus forte du festival Aucard et mon coup de cœur musical de cette année. Sans hésitation. L’australienne a mis le feu dès le premier soir et conquis plus d’un cœur. Il faut reconnaître que sa musique, en plus d’être puissante, est un savant mélange des genres auquel nous sommes peu habitués. Il n’y a en effet chez elle aucune pudeur à franchir la barrière des styles, refusant les catégories, elle mixe allègrement rock, punk, RnB, rythmes tribaux et, ce qui ne gâche rien, est servie par une voix riche—avec des intonations qui m’évoquent parfois la regrettée Poly Styrene d’X Ray Spex— et une présence scénique charismatique. La diversité des morceaux de son premier album n’empêche pas une cohésion d’écriture qui révèle une artiste à la forte personnalité. Musique survitaminée, jouant sur les codes de la rue, survêtements, attitude de bad girl, la métisse joue avec malice de cette image. C’est donc avec un zest d’appréhension que je me dirigeais vers la tente pour l’interview. J’ai trouvé une personne détendue, à l’écoute et d’une rare gentillesse.

Un des premiers singles de la chanteuse/compositrice

J’ai décidé d’incorporer toutes mes influences dans ma musique

Weirdsound : Est-ce que tu peux nous parler un peu plus d’où tu viens, pourquoi tu as commencé à écrire de la musique ?

Ecca Vandal : Mes parents viennent du Sri Lanka et d’Afrique du sud, deux pays qui ont une culture musicale forte, basée sur les rythmes, les tambours et percussions. J’ai donc baigné dans la musique toute ma vie, à la maison. Et au Lycée, j’ai découvert le jazz et suis donc ensuite entrée dans une école pour étudier cette musique que j’aime toujours aujourd’hui : j’y ai découvert le chant, l’improvisation et beaucoup de culture jazz. Mais d’une manière ou d’une autre, j’ai découvert le punk et le hip-hop, j’ai donc décidé que j’incorporerais toutes ces influences dans ma musique : jazz, soul, punk, hip-hop…

WS : C’est un peu un challenge!

EV : Oui

WS : Est-ce difficile de vivre de sa musique en Australie ?

EV : Oui, encore aujourd’hui, on essaye toujours. Par exemple, c’est très cher de sortir d’Australie, de venir ici, Car c’est si loin ! J’espère un jour vraiment gagner suffisamment ma vie avec ma musique.

Le morceau sur lequel sa voix m’évoque Poly Styrene

WS : Oui, j’ai aussi lu qu’on vous avait volé des instruments de musique…

EV : Oui, nous avons eu du matériel volé, nous en avons récupéré et du en acheter une autre partie.

WS : Avez-vous eu recours à du crowdfunding pour ça ?

EV : Non, nous avons juste racheté le strict nécessaire en espérant récupérer notre argent un jour…

WS : Est-ce que vous jouez toujours avec les mêmes musiciens ?

EV : Presque toujours, particulièrement Kidnot qui joue de la basse sur scène avec nous et avec qui j’ai co-composé, joué les instruments et produit l’album. Mais lorsque nous nous déplaçons, il nous arrive d’embaucher des musiciens pour nous accompagner. Le guitariste est anglais, le batteur lui est australien.

Je pense que nous devrions accueillir et aider toutes ces personnes puisque nous le pouvons.

WS : J’ai également vu que vous aviez un morceau qui traitait de la question des migrants. En Australie, en Europe, aux USA, les gouvernements font preuve d’une certaine inhumanité, alors c’est une question malheureusement récurrente… ?

EV : Quand j’ai un message qui me semble très important, qui m’interpelle profondément, comme la crise des réfugié, j’écris dessus. Ils sont aussi très stricts en Australie sur la question alors que nous avons beaucoup de place ! Je pense que nous devrions accueillir et aider toutes ces personnes puisque nous le pouvons. C’est vraiment un sujet qui me touche et j’avais besoin de l’exprimer. J’ai également écrit un morceau sur le harcèlement, et le besoin pour les femmes d’être fortes face à ce phénomène. Oui, il y a quelques sujets qui me passionnent et sur lesquelles c’est une nécessité pour moi d’écrire.

WS : Vous vous définiriez comme féministe ?

EV : Oui, absolument !

On décèle les influences culturelles sud-africaine et sri lankaise dans l’utilisation des percussions sur ce titre qui mixe les genres.

WS : Est-ce que faire de la musique vous aide à mieux vous connaître ?

EV : Oui, tout à fait, écouter ma musique me permet de mieux cerner qui je suis, mais aussi le fait d’écouter des styles toujours différents, qui correspondent à d’autres humeurs, agressives, intimes ou délicates, c’est effectivement une façon de mieux me connaître, de me comprendre aussi comme musicienne.

WS : Quels sont vos centres d’intérêts en dehors de la musique ?

EV : Je suis très intéressée par la mode. J’aime le recyclage dans la mode, le vintage. J’aime assembler des vêtements pour créer quelque chose d’unique. J’aime la nourriture, c’est une grande passion.

WS : Alors être en France, c’est cool pour ça ?

EV : Oui, mais bon. Hier on est allé dans un restaurant libanais (le lundi soir à Tours, il faut dire aussi qu’il n’y a pas grand chose d’ouvert, mais les libanais y sont très bons!). Et j’aime danser.

WS : La dernière, y a t’il une question que personne ne vous ait posé et à laquelle vous aimeriez répondre ?

EV : Mmmh… Non, généralement, les questions qu’on me pose sont de bonnes questions, comme les vôtres ! (rires)

WS : Et bien merci beaucoup, c’était vraiment sympa de parler avec vous.

EV : Merci à vous

Après quelques mots encore échangés, je la laisse se préparer pour le concert. En fin de soirée, elle sera en train de discuter et de rire sous la tente de merchandising avec des membres de l’organisation, des festivaliers, et elle me fera le plaisir d’une dédicace sur son album. Je suis fan !

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