Dirty Dozen Brass Band : Made in New Orleans

Dirty Dozen Brass Band au Festival du Bout du Monde - Crédit photo ehyobro

Quand on pense Louisiane, deux noms viennent immédiatement en tête : Bâton Rouge la capitale, et La Nouvelle Orléans, la plus grande des villes de l’Etat, mais aussi la plus peuplée. Musicalement, c’est New Orleans qui mène la danse, tout auréolée de son titre de berceau du Jazz. Louis Armstrong et Sidney Bechet y sont nés… Pas rien tout de même !

Symbole culturel de la Nouvelle Orléans, les brass band sont les dignes descendants des orchestres militaires créés au 19ème siècle. Jouant lors d’occasion diverses comme les rencontres sportives, fêtes populaires, cérémonies funéraires, bals, le brass band a un répertoire musical relativement vaste ; classique, jazz, ragtime, airs populaires et folkloriques.

Il y a 40 ans, naissait le Dirty Dozen Brass Band, depuis chef de file du courant, précurseur, novateur, et révolutionnaire dans ses inspirations musicales. Présent au Festival du Bout du Monde édition 2018, l’occasion de voir sur scène une fanfare tout droit venue de la Nouvelle Orléans, voire de les rencontrer, était trop belle et à ne pas manquer ! C’est donc après un magnifique concert endiablé que j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer quelques instants Mr Gregory Davis (trompettiste) et Mr Roger Lewis (saxophone baryton), tous deux membres fondateurs du DDBB (Dirty Dozen Brass Band). Tout en nonchalance (finalement très relative), c’est bien en patrons assumés du mouvement Brass Band que les deux musiciens ont répondu à mes questions.

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Gregory Davis – Dirty Dozen Brass Band – Festival du Bout du Monde – photo ehyobro
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Roger Lewis – Dirty Dozen Brass Band – Festival du Bout du Monde – photo ehyobro

Weirdsound : J’ai essayé de trouver une définition du Brass Band : il est donc question de cuivres, de percussions, d’un secteur géographique, d’un répertoire musical, et d’un effectif. Est-ce correct ?

Gregory Davis : Tout à fait ! Aujourd’hui, un Brass Band peut quasiment être ce que tu veux en faire. Bien sûr, les cuivres sont la base. Pour le DDBB (Dirty Dozen Brass Band), nous avons commencé avec deux trompettes, un trombone, un saxophone baryton, un saxophone ténor, un sousaphone, une caisse claire, et une grosse caisse. Mais au fil du temps, nous avons évolué en ajoutant une guitare, un clavier… Actuellement, tous les autres Brass Band s’inspirent de ce que nous faisons. La définition du Brass Band aujourd’hui est le Dirty Dozen !

W : L’un d’entre vous peut-il m’expliquer pourquoi ce nom Dirty Dozen ?

G.D : Le Dirty Dozen, il y a bien longtemps au début des années 1900, était un club social et un club de plaisir. L’idée était de prêter mains forte aux Noirs afin qu’ils puissent s’aider entre eux parce qu’ils n’avaient pas accès aux assurances réservées aux Blancs. Donc si ta maison brûlait, le club venait t’aider. Si tu perdais ton job, le club venait t’aider. Si tu avais un problème, si tu avais besoin d’argent, le club venait t’aider… Le Dirty Dozen était l’une de ces organisations.

W : Quand on est membre d’un brass band, c’est “pour la vie” ? Ou bien y a-t-il parfois des échanges, à l’instar des équipes sportives ?

Roger Lewis : Je joue avec de nombreux Brass Band, dont le Treme Brass Band. Rien n’est figé !

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Dirty Dozen Brass Band – Festival du Bout du Monde – photo ehyobro

W : Vu depuis l’Europe, le brass band est un peu une carte postale collée à la Nouvelle Orléans. Comme si dès que l’on sortait dehors, des groupes jouaient à chaque coin de rue. Je suppose que ce n’est pas si simple ?

G.D : En fait, ça l’est aujourd’hui ! Quand on a commencé en 1977, il y avait peut-être deux Brass Band. Puis nous avons commencé à jouer, à sortir et jouer dehors. Maintenant, il y a vingt ou trente Brass Band ! Et ce n’est pas seulement à la Nouvelle Orleans, il y en a partout dans le monde. Au Japon, il y a de nombreux Brass Band, en Allemagne, en Angleterre, en France, en Chine…

W : Vous avez révolutionné le courant musical en incluant de la funk et du bebop dans votre musique. Le brass band n’est donc pas un style figé ?

GD : Absolument ! Nous jouons tous les styles musicaux ; gospel, pop, R&B, rock, jazz, country… Nous jouons simplement de la musique.

W : Vous avez commencé à répondre à ma question suivante… Bien que le brass band et le jazz band soient différents, parfois, j’entends du jazz en vous écoutant. C’est normal ?

R.L : Oui ! Nous jouons différents styles. C’est comme un “Gumbo musical ”. A la Nouvelle Orleans, nous avons un plat appelé Gumbo, dans lequel il y a énormément d’ingrédients très variés. C’est la même chose en musique : une énorme marmite de Gumbo, avec un maximum d’ingrédients : Bebop, Blues, Rock’n’roll, Classique, Country Classique. Il y a tout ce que tu veux y mettre !

G.D : Le gumbo est une soupe très populaire, certains l’aiment aux fruits de mer, d’autres à la saucisse, au poulet, à tout ce qui finalement a l’air de pouvoir s’accommoder avec la base de cette soupe. Le fonctionnement est similaire avec le Brass Band.

W : En avril dernier, je suis allé au concert d’Arcade Fire, et ils ont joué avec le Preservation Hall Jazz Band en première partie. Ils ont fait un carton ! Vous les connaissez ?

G.D : On les connait bien sûr ! Il y a longtemps, Le Preservation Hall tendait à rester un Band de style traditionnel. Mais ils ont changé pour tenter de faire comme le Dirty Dozen. Je ne sais pas ce qu’ils ont joué au concert auquel tu es allé, mais en jouant, ils ont imité le Dirty Dozen. Ce qu’ils jouent, c’est notre musique…

W : Depuis que le DDBB est né il y a plus de 40 ans, 4 membres de la formation originelle sont encore présents. Où sont passés les autres ?

G.D : Ils sont passés à autre chose. Le job demande beaucoup de travail, de déplacements/voyages, de temps de répétitions… Pendant ce temps, la vie et les ses tracas continuent comme pour tout un chacun : les enfants, les petits-enfants, les questions et soucis financiers, la maladie, etc. Ceux qui sont partis sont toujours impliqués dans la musique, ils font juste autre chose…

W : Ma mère et ma sœur sont très branchées sur votre style musical. Auriez-vous un argument choc pour leur expliquer à quel point elles devraient venir à la Nouvelle Orleans ?

R.L : Pour vivre l’expérience du Jazz de la Nouvelle Orleans et sa relation privilégiée avec ses habitants, pas d’autre choix que de venir à la Nouvelle Orleans. Il n’y a d’autre endroit pareil sur cette Terre !

G.D : La Nouvelle Orleans est l’âme du Monde. Dans chaque endroit du Monde, il y a un petit morceau de la Nouvelle Orleans, mais y être pour le vivre réellement c’est quelque chose ! La Nouvelle Orleans n’est pas seulement l’âme de la Louisiane ou des USA, mais bien celle du Monde. Il faut venir la visiter !

W : Merci à vous…

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