Lumberjacks: du bois de pin

Lumberjacks - Album "Alone?" Lumberjacks - Alone?

« Tu fais dans le bois maint’nant Berna’ ? » Pas tout à fait mon ami, mais le pin est un matériel noble et intemporel. Je voulais éviter un énième jeu de mot banal entre le bucheron, le cuir et les motos pour décrire un peu, à leur juste valeur, les bonhommes avec qui nous avons échangés pendant 2-3h le 1er jour du festival Motocultor !

Petite histoire : fondé en 2013, le groupe a connu pas mal de MK avant de se stabiliser en 2018 entre Laurent bassiste, Arnaud chanteur, Hervé batterie, Arnaud guitare et Rémi lead guitare. Et Lumberjacks c’est du putain de Heavy Rock, brrriiinnnwwwwg (tentative d’imitation du son de guitare heavy…)

Arrivés devant le trio (au début de l’interview, il y avait Laurent, Arnaud (chanteur) et Hervé ensuite rejoints par Arnaud et Rémi), nous ne faisions pas fière allure, on venait de se taper 2h de route, un Intermarché, un bloblotage des testicules par les agents de sécu’ (une petite pensée à Moskowmonkey) et une course à pied pour rejoindre la tente des interviews : nous étions deux épaves en sueur.

Malgré ces conditions, les gars étaient sympas (bon un peu rude au début, ça reste des bucherons) et l’interview a évolué pour ensuite nous retrouver adosser au bar en train de refaire le monde ; putaaaainn Bernaard !

W : Pourquoi LumberjackS ?

Laurent : Pourquoi LumberjackS ? Allez c’est moi qui m’y colle. Bah c’est mon projet à la base et je cherchais un nom qui faisait heavy, puissant mais tout en restant simple et efficace. Au début, il n’y avait pas de « s » mais trop de groupe s’appellent Lumberjack. Du coup, j’ai mis un « s » pour nous différencier des autres.

« Tiens, pourquoi pas faire un groupe de rock avec un joueur de country… »

W : comment vous vous êtes connus ? Vous vous connaissiez à la base ?

L : Le groupe a 5 ans, le line up a quand même pas mal évolué…on est deux à être là depuis le début, Arnaud (chanteur) et moi… c’était quoi la question déjà ? (Rire)

Hervé (Batterie) : Comment on s’est connu ?

L : La plupart ne se connaissait pas avant. Si, avec Hervé, on avait déjà joué ensemble dans un autre groupe. Et si, Nono, le deuxième guitariste qui vient d’arriver (dans le groupe), on se connait depuis le lycée…c’est donc une vieille histoire entre nous. Arnaud, on avait des potes en commun…

Arnaud (chanteur) : je ne sais plus comment on s’est connu, par la photo je crois ?

L : Ah, si, tu es venu faire des photos, parce qu’Arnaud fait des photos de live.

Arnaud (chanteur) : en live ?

H : si, si, on faisait un live dans un pub (je n’ai pas réussi à retrouver le nom du pub…)

L : et en plus on a des potes en commun, du coup on a gardé contact comme ça. Et c’est quand j’ai vu des vidéos sur Arnaud, il était sur un projet avant, plus guitare sèche d’ailleurs, on s’est dit : « pourquoi pas… »

A (chanteur) : il est fou, il s’est dit : « tiens, pourquoi pas faire un groupe de rock avec un joueur de country… » (Rire)

W : ça colle bien avec Lumberjack…

L : Ssss

W : je vais y arriver

A (chanteur) : en même temps il n’y en a plusieurs, ce n’est pas grave.

W : ouais, mais ça ne m’excuse pas.

L : et enfin Rémi (lead guitare), il faisait ses répèt’ avec son père et des potes à lui à l’endroit où on répète, au Barde Atomique, et je suis tombé sur une vidéo sur Youtube de Rémi qui faisait de la gratte. On lui a proposé de passer une audition et c’est lui qui a assuré.

A (chanteur) : la place était pour lui.

L : c’était le plus jeune et c’est lui qui assuré le plus.

A (chanteur) : il venait d’avoir 18 ans…On vient d’horizons différents, c’est ça aussi le truc qui est intéressant, même musicalement parlant. Par exemple, je suis plutôt guitariste à la base, plus du style funk…

L : Moi je fais du zouk (rires)

A (chanteur) : Et du coup ça fait un beau mélange ! et c’est vrai qu’avec l’album sorti, on se dit qu’on a trouvé notre équilibre, c’est ce qui fait Lumberjacks !

W : Puisque tu abordes le sujet, quelles sont vos influences musicales ?

A (chanteur) : Ce qui est marrant, on a quand même des goûts en commun, Black Stone Cherry, Alter Bridge, qui tournent autour du rock même si ma guitare est plus funk. Je suis un jeune chanteur, enfin jeune… (rires) je ne suis pas vieux dans le chant, j’ai pris mes premiers cours de chant avant de rentrer chez Lumberjacks y’a 4 ou 5 ans, depuis j’essaie de trouver un équilibre avec la musique. Au départ, le line up existant est plus stoner, plus calme

W : et aujourd’hui ça se passe comment avec la compo ?

L : Ça se passe bien (rires)

H : On travaille vraiment tous ensemble pour le coup. Le guitariste arrive avec un rythme, on aime ou on n’aime pas, si on aime on avance. Laurent va faire sa partie de basse, et moi de batterie, Arnaud va faire un peu de yaourt pour rentrer dedans… Je suis arrivé il y a 2 ans et on a déjà composé 3 morceaux tous ensemble, avant que j’arrive, Ben composait 90% des compo (Ancien membre du groupe)

S’en suit une longue discussion sur le pourcentage réel de compo créées par Ben.

Lumberjacks
De droite à gauche: Arnaud (guitare), Laurent (basse), Hervé (batterie), Remi (lead guitare) et Arnaud (chanteur – @Weirdsound

H : Donc aujourd’hui la façon de travailler est totalement différente. On ne va pas suivre une personne, c’est tous ensemble.

L : Avec le line up final, on n’a pas encore composé de nouveau, donc c’est un peu compliqué de voir. Je pense qu’on va devoir réadapter notre façon de travailler, avec l’arrivée d’Hervé et d’Arnaud. On verra !

(Arnaud, le guitariste, nous rejoint)

A (chanteur) : Bonjour Arnaud !

A (guitare) : Bonjour, j’arrive après la guerre ?

A (chanteur) : Non ce n’est pas encore fini !

C’est obligé ! En France tu n’as pas le choix, tu dois avoir un métier à côté.

W : est-ce que ce groupe était à la base pour le fun ou quelque chose de sérieux ?

L : Nous avons une réponse pour toi ! (Rires) On n’est pas là pour enfiler des perles ! (Rires)

A (chanteur) : C’est vrai que nous sommes les 2 seuls à être resté de l’ancienne formation. Quand Lolo l’a monté…

A (guitare) : Ooohh, doucement… (Rires)

A (chanteur) :  on peut rien dire de sérieux, c’est pas possible (rires). Je pense qu’il avait dans l’idée de faire quelque chose de sérieux, qui envoie, moi aussi d’ailleurs, parce qu’on avance dans l’âge, j’ai 45 ans, et avoir un groupe qui « performe », qui va un peu plus loin, ce n’est pas à 50 balais que tu te mets à vraiment faire un truc sérieux. Donc on a tous eu des expériences de groupes, qui ont plus ou moins bien tourné, et là, pour ma part, c’était un peu la dernière occasion de monter quelque chose et d’aller, dans les années, avec des albums, avec de la scène, avec quelque chose qui soit reconnu par le public

W : rien ne vous empêche de faire comme Iron Maiden, de faire de la musique et d’avoir un travail à côté.

L : C’est obligé ! En France tu n’as pas le choix, tu dois avoir un métier à côté.

W : vous n’avez pas le statut intermittent ?

A (chanteur) : Non, aucun. On travaille tous. C’est vrai que l’objectif ultime d’un groupe, c’est d’en vivre, mais c’est très très compliqué en France

W : justement, est ce qu’en France c’est compliqué pour la musique en général ou pour le style rock métal particulièrement, d’après vous?

L : Déjà en général c’est compliqué. On est tous liés. Quand tu vois les festivals qui se pètent la gueule, les salles qui ferment les unes après les autres, les groupes qui jouent pour 3 fois rien…

W : D’ailleurs, on en parlait tout à l’heure, ce qui est paradoxale dans la musique c’est que tout le monde veut aller voir un concert…

L : Bien sûr ! On ne vend plus de CD aujourd’hui.

W : Le live, c’est le dernier endroit où tu peux encore découvrir de nouvelles choses.

L : La scène tu peux pas tricher. C’est vrai qu’avec l’album, tu ne sais finalement pas qui travaille derrière, c’est vraiment sur scène qu’un groupe prend toute sa dimension.

 

W : et du coup, est ce que la scène peut vous suffire ? est-ce que vous vous dites « le live c’est ce qu’on veut faire, même si on ne vend pas des CD derrière » ?

L : c’est la finalité.

A (chanteur) : Tu sais, vendre des CD, ça veut dire quoi aujourd’hui ? Bon maintenant c’est du digital, peu importe le support. Nous on est jeune, on est petit, par rapport à tous ceux qui font des millions d’écoutes sur les plates formes, pour vivre de la vente de nos CD…

L : Déjà vendre un CD c’est compliqué, et vu que maintenant c’est du streaming, bah tu ne touches quasiment rien, c’est ridicule. Même la plupart des gros groupes font de plus en plus de live, les places de concert augmentent car les groupes ne vendent presque plus de CD. Quand tu vois que des grands groupes comme Alter Bridge ont fait un crowfunding pour financer l’enregistrement de leur album, tu vois bien qu’il y a un problème.

A (chanteur) : Et ce n’est pas en France…

L : Oui et ce n’est pas en France, c’est bien qu’il y a un problème général. Le téléchargement: c’est bien d’avoir accès à des millions de titres, de découvrir de nouveaux groupes, moi le premier je suis abonné à deezer, c’est l’évolution, faut l’accepter, mais c’est vrai qu’avec ça, le live devient le seul endroit où tu peux te faire connaitre en te faisant des cachets, avec le merchandising, vente de T-shirt et trucs comme ça. Maintenant tu vends plus de T-shirts que de CD sur un live

W : ce qui est assez contradictoire aussi, c’est que les gens aiment les festoches, en veulent, mais à côté de ça…

L : Après c’est aussi un problème politique, un manque de subventions, les festoches qui s’en sortent, c’est ceux qui arrivent à s’autofinancer quand les subventions dégagent. C’est comme les salles.

A (chanteur) : Pareil, parlons des radios, concernant le rock-métal, ça passe plus à la radio, tout se ferme, Bring The Noise a arrêté parce que c’est Arthur qui a repris le truc : « c’est quoi cette musique, ce n’est pas bankable »

Avec Arnaud, on pense que c’est faux, y’a quand même un public, Motocultor c’est 27 000 personnes sur 3 jours, voire plus, c’est qu’il y a quand même quelque chose ! Quand tu vois qu’ACDC remplit un stade de France, c’est qu’il y a quelque chose !

L : Ou un Maiden qui remplit deux fois un stade de France. Oui y’a un public, le Hellfest c’est énorme, sauf qu’en France on veut pas l’entendre

A (guitare) : C’est boudé en France.

A (chanteur) : Il doit y avoir quelque chose à faire pour ça.

W : Peut-être que c’est lié à l’image du métal en France ? Surtout, que la chanson de « metal » la plus connue en France c’est Anti-Social…

A (chanteur) : Oui c’est vrai. Quand les gens nous demandent quel genre de musique nous faisons, on leur dit que nous faisons du rock/heavy – on a du mal à nous catégoriser – bah du coup, ils sont un peu réticents. Mais après écoute, finalement ils apprécient et sont parfois étonnés du « son », ils ne pensaient pas écouter ça en écoutant du métal. Bon, on est pas non plus dans du métal pur, bon oui je gueule un peu de temps en temps mais je ne fais pas que ça ! Mais oui c’est compliqué en France d’orienter le public qui n’est pas rock à écouter un peu de tout. Comparée aux autres pays, l’Angleterre, la Belgique – je ne vais pas me lancer sur les USA – les gens s’intéressent à tout ; plus ou moins selon leurs affinités.

W : Au vu de ce bilan, qu’est-ce qui vous motive encore ? (À ce moment, se lance un concert de tambours et de cris stridents)

L : Baah on passe des heures à bosser, penser à plein de choses. Surtout si tu as envie de faire les choses bien et que c’est de l’auto production et que…Putain, c’est pénible derrière. Putain les métalleux !

W : on va leur demander de s’arrêter 5 minutes.

L : Ferme la porte s’il’t’plaît ? (S’adressant à Rémi, dernier membre du groupe qui venait d’arriver à l’instant mais aussi lead guitariste – Rires).

L : Je disais quoi ? Ah oui, on passe beaucoup de temps en plus de notre taf’ et même parfois c’est pendant ma journée de boulot. Les autres aussi.

A (guitare) : c’est aussi une passion ! On y passe beaucoup de temps mais…

A (chanteur) : bah oui ça part d’une passion.

A (guitare) : d’une ambition.

L : Après c’est des choses sur le long terme mais pour revenir à la question, c’est vrai que parfois c’est long et les moments qui redonnent le moral et nous rebooste sont la sortie d’un album (en vente ici) ou bien jouer au Motocultor. Et je dirai que c’est important ces « petits » moments parce qu’il n’y aurait rien, aucun résultat, je pense que ça s’essoufflerait…Un peu comme dans un couple, t’as beau avoir de la passion au début au bout d’un moment s’il ne se passe rien…

A (guitare) : c’est beau !

L : bah oui, un petit coup par ci par là et c’est reparti. Et on verra au long terme ce que ça va donner. L’essentiel c’est qu’on se donne les moyens.

A (guitare) : pas le moindre regret !

A (chanteur) : et là on n’a plus le choix. On veut faire quelque chose de bien, on veut « performer » et sans motivation c’est compliqué. Du coup, faut bosser, faut « performer », sortir un album mais aussi assurer sur scène. Bon, la bonne nouvelle, ils sont tous restés jusqu’à la fin, c’est déjà ça ! (Rires)

Ainsi s’achève notre interview… Faux, NUL ! je ne peux plus dire qu’il s’agissait d’une interview car notre échange a quand même duré plus d’une heure sous la « tente » des interviews et une autre bonne heure autour d’une bonne bière pour se désaltérer. Je vous dis, les hard-rockeurs et les métalleux ce sont de gros bonhommes au cœur d’orge.

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