The Pineapple Thief : Rencontre avec Bruce Soord, aussi souriant dans la vie que mélancolique dans ses chansons

Bruce Soord, The Pineapple Thief, concert à la Maroquinerie Paris 2018 - Photo ehyobro

Difficile de quantifier la somme de nos méconnaissances tant cela semble être un puits sans fond… C’est notre lot à tous, et cette vérité est valable dans tous les domaines, musical y compris ! Parfois en revanche, l’on peut se réjouir de connaitre ou d’avoir connu un artiste ou un groupe. Un sourire est même éventuellement possible en évoquant le souvenir de la manière dont on a connu ledit artiste ou groupe. Septembre dernier. J’allais poser 2 jours, non 3 jours, non, 5 jours, euh en fait une semaine, pour assister au concert aux concerts de U2 à Paris. Afin de compléter le programme culturel de cette semaine déjà bien chargée, je consultai 3 mois en avance la liste des concerts prévus dans les salles de la capitale pour combler les trous pas si nombreux. A la date du samedi 15 septembre, mon choix se porta sur deux options : Le Requiem de Faure donné en l’Eglise notre Dame du Liban, ou le concert de The Pineapple Thief à la Maroquinerie. Quoi de commun ? Rien si ce n’est la dénomination de musique… Tout choix étant un renoncement à un autre choix, après écoute prolongée, étude du pour et du contre, et malgré le culte que je voue au Requiem de Faure, c’est sur le concert de The Pineapple Thief que mon choix s’est porté. Le titre In Exile fut le premier à atteindre mes oreilles, et me séduisit immédiatement.

Au fur et à mesure de mes écoutes, j’en suis venu à me demander comment ce groupe pouvait ne pas être plus connu, et comment il avait fait pour passer même sous les radars de Ziggy et de Fatherubu…

Bruce Soord, The Pineapple Thief, concert à la Maroquinerie Paris 2018 - Photo ehyobro
Bruce Soord, The Pineapple Thief, concert à la Maroquinerie Paris 2018 – Photo ehyobro

Créé en 1999 par le frontman Bruce Soord, The Pineapple Thief est un groupe britannique de Rock progressif mélodieux, empreint de nostalgie et de mélancolie. L’inspiration créatrice du groupe semble ne jamais faire défaut puisqu’en 19 années d’existence, 13 albums ont vu le jour, dont le très salué “Your wildness” (2016), et le dernier né “Dissolution” (2018). Parmi les quelques changements de membres du groupe depuis sa formation, l’un semble être un apport plus que majeur puisque nous parlons ici de l’arrivée de Gavin Harrison en 2016. Gavin Harrison qui n’est autre que l’ancien batteur de Porcupine Tree et l’actuel batteur de King Crimson.

Couverture de l'album Dissolution (2018) - The Pineapple Thief
Couverture de l’album Dissolution (2018) – The Pineapple Thief

Ainsi donc en ce beau et chaud mois de septembre, The Pineapple Thief venait défendre son nouvel album sur la scène de la Maroquinerie, dans le cadre d’une tournée d’une quinzaine de dates. C’est à peine deux heures avant le début de ce premier concert que je rencontrai Bruce Soord. Pas même un brin tendu, souriant, zen comme s’il venait de tailler les rosiers de son jardin, il m’accueillait avec bonne humeur et ce petit flegme so british.

Clip video du premier titre issu de Dissolution : Try as I Might

Weirdsound : J’ai lu que tu n’étais pas très connecté… Pourtant, je vais dire merci Facebook ! Sans qui je ne serais pas là en train de te parler ! En plus tu as répondu hyper vite ! (Pour obtenir l’interview, j’ai contacté le groupe via Facebook, et c’est Bruce qui m’a répondu)

Bruce Soord : C’est l’ironie du sort n’est-ce pas ? L’album (Dissolution) est un peu une critique de notre relation à la connexion, et de notre obsession à être connecté. Mais parallèlement en tant qu’artistes, nous sommes connectés à nos fans, à ceux qui nous écoutent ou nous découvrent. Oui, nous sommes sur facebook et nous racontons ce que nous faisons. Je ne dirai donc jamais que c’est une chose terrible, et qu’il faut supprimer Facebook et détruire nos smartphones. Simplement, la vie est faussée ; les gens passent trop de temps à être connectés finalement à rien. Par ailleurs, je ne pense pas que notre cerveau soit conçu pour recevoir toutes ces informations ! Tout cela finit par avoir une mauvaise influence sur nous… C’est toute cette thématique qui a influencé notre dernier album.

Weirdsound : Ce soir, c’est donc le premier concert de votre tournée, et c’est à Paris que vous ouvrez le bal…

B.S : Oui ! D’ailleurs pour notre tout premier concert à Paris il y a six ans, nous avions déjà joué ici à la Maroquinerie ! Ce n’était pas plein comme aujourd’hui, loin de là. Pour autant que je me souvienne, il n’y avait peut-être qu’une centaine de personnes dans le public, mais quelle passion ! On s’était réellement senti bien accueillis… Donc à chaque occasion, nous venons jouer à Paris ! Ce soir on aurait voulu une plus grande salle, toutefois aucune n’était disponible. Quoiqu’il en soit on est ravi d’être à la Maroquinerie, pour une soirée sold out !

Bruce Soord, The Pineapple Thief, concert à la Maroquinerie Paris 2018 - Photo ehyobro
Bruce Soord, The Pineapple Thief, concert à la Maroquinerie Paris 2018 – Photo ehyobro

W : L’endroit où vous jouez fait-il une différence pour vous ? Y a-t-il une raison particulière pour que vous commenciez cette tournée à Paris ou bien est-ce une coïncidence ?

Bruce Soord : Si l’on devait dresser une liste des endroits où l’on préfère jouer, bien sûr Paris serait largement en haut. On savait qu’en commençant notre tournée ici, ce serait un début plutôt sympa ! Je ne veux pas nous porter la poisse, mais on pense que tout à l’heure, le public va nous réserver un bon accueil. En revanche, dans d’autres pays, le public peut être super critique. Tu les sens bras croisés en attendant d’être impressionnés et se disant : « allez, montre-moi de quoi tu es fait et ce dont tu es capable ! ». A paris c’est plutôt tendance : « Cool, de la musique, buvons un coup et partageons ce moment ! » La différence est énorme !

W : Comment avez-vous préparé cette tournée ?

B.S : Gavin Harrison, notre batteur, a une grande et belle maison à Londres. Il nous a gentiment invités à répéter chez lui, pendant quelques semaines. Mais rien, absolument rien ne te prépare au premier concert ! Soudainement tu es sur scène, le son est très différent, il y a un public, tu te retrouves avec un spot aveuglant sur la tronche. Peu importe l’intensité des répétitions, ce ne sera jamais pareil que le premier concert !

W : Avant de parler de votre dernier disque, j’ai été frappé à l’écoute de votre premier album, par votre façon de chanter à la Billy Corgan des Smashing Pumpkins, dans Private Paradise par exemple. On a déjà du vous le dire 100 fois ?

B.S : Si je récoute cet album, c’est un peu « Oh mon Dieu… ». Bon à l’époque, j’étais vraiment dingue de l’album Adore des Smashing Pumpkins. J’étais dans un autre groupe avant, et c’est cet album qui m’a motivé à écrire ma propre musique et mes propres chansons. Je n’étais pas un chanteur ; j’étais un guitariste qui allait devoir chanter, et je ne sais pas pourquoi j’ai fait cette voix à la Billy Corgan (Il imite alors la voix de Billy Corgan), mais je l’ai fait… Donc oui, tu as tout à fait raison !

Private Paradise, issu du premier album From abducted at birth.

W : J’ai écouté votre dernier album, j’aime beaucoup. A propos du processus de création, on sent qu’il y a un gros travail de composition. A quel moment savez-vous que c’est bon et qu’il ne faut plus toucher à rien ? Toujours dans la création, seriez-vous d’accord avec l’idée selon laquelle le mieux est l’ennemi du bien ?

B.S : A vouloir toujours faire mieux, on peut tout détruire… Pour l’artiste, il est très facile de tomber dans ce piège. Surtout aujourd’hui, où chacun peut s’enregistrer seul, en prenant son temps et en allant loin, trop loin. Nous en avons tous été coupable à un moment ou à un autre. Mais en réalité, c’est l’imperfection qui a mon sens fait ressortir quelque chose de bon. Je pense que c’est un art (je ne sais pas si nous l’avons ni qui l’a), de savoir quand s’arrêter, de décider à quel moment il faut laisser les choses comme elles sont pour ne plus y toucher. C’est probablement à ce moment que le producteur justifie sa paye ! Nous travaillons sans producteur, et c’est en équipe que nous décidons du moment où il faut s’arrêter.

W : La chanson de votre dernier album Dissolution, « Threatening war » commence doucement, puis elle monte en puissance et en rapidité. J’ai l’impression que c’est un schéma de construction de chanson que vous appréciez particulièrement ? Un peu votre marque de fabrique…

B.S : On peut parfois aller trop loin dans cette perspective. J’ai souvenir d’avoir écouté beaucoup de chansons sur ce modèle loud/quiet – loud/quiet, ce schéma que l’on retrouve beaucoup dans les années 90, avec Nirvana et son extrême loud/quiet. J’aime la dynamique dans les chansons effectivement. Effectivement, Threatening War commence très doucement et se construit petit à petit. Pour autant, j’essaie d’emmener l’auditeur dans un périple un peu plus riche et complexe en termes de dynamique qu’un simple loud/quiet/loud. Mais vraisemblablement, la question de dynamique est très importante pour moi oui!

W : Si l’on écoute vos albums sans être anglophone, on est pris dans un tourbillon de mélancolie, de dramaturgie, et de tragédie. On sent que quelque chose se passe. C’est encore vrai sur un titre comme « All that you’ve got » Est-ce mon interprétation, ou bien le sentiment que vous voulez laisser ?

B.S : Tout à fait ! Je crois avoir toujours été inspiré par la mélancolie, ou par ce qui m’est arrivé ou ce dont j’ai pu être témoin comme tout un chacun. Mais en revanche, je suis quelqu’un de très positif ! J’aime la vie et j’aime vivre. Je ne suis certainement pas un type obscure, même si c’est le genre de musique que j’écris et chante. Je tends à penser que jouer et chanter de la musique mélancolique sur les côtés sombres de la vie agit comme une catharsis et me permet d’apprécier toutes les bonnes choses de la vie.

W : Shed a light, la dernière chanson de l’album, sonne comme un espoir…

B.S : Ça l’est ! Il s’agit d’une simple décision, celle d’avoir une approche positive de la vie. Pas seulement par rapport à soi, mais aussi de soi par rapport à autrui ; la famille, les amis, l’environnement, etc… Nous avons tous Le Choix. Nous ne sommes ici-bas qu’un bref instant, alors autant essayer d’en tirer le meilleur !

W : Le titre de l’album « Dissolution », n’est-il pas un message caché concernant l’avenir du groupe ?

B.S : (Il rit) Hahaha, non non non, absolument pas du tout ! C’est du béton de ce côté, et on a encore plein de projets !

W : Tant mieux ! Vous faites tous partie de projets différents. Est-ce compliqué de trouver un temps pour travailler ensemble, être focus sur le même projet, ou partir en tournée ?

B.S : Non en fait c’est même plutôt très simple ! Le truc, c’est Gavin Harrison qui est aussi le batteur de King Crimson. Robert Fripp a quant à lui son calendrier prévu sur des années ! Moi je fais aussi mes albums solo, je mixe les albums d’autres artistes. Steve Kitch, notre clavier, dirige une entreprise de mastering. Donc il est assez aisé de prévoir des plages de travail, et c’est toujours un très bon moment quand on se retrouve avec de nouvelles idées ou pour en trouver.

W : Vous êtes comparés à Archive et Porcupine Tree. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

B.S : J’ai entendu la comparaison avec Archive depuis longtemps en effet… Porcupine Tree, c’est depuis les années 90. Je pense que c’est lié au fait que peu d’artistes ont été influencés par le rock progressif des années 70, et essaient d’écrire des chansons mélodiques sur une base rock progressif. Et puis Gavin Harrison a travaillé avec Porcupine Tree ! La comparaison ne m’ennuie pas du tout…

W : Dans un peu plus d’une heure, vous serez sur scène pour cette première date, comment vous sentez vous maintenant ?

B.S : Je me sens très bien ! Bon d’accord, juste un peu d’appréhension car c’est le premier concert, avec des nouvelles chansons qui seront jouées pour la première fois. Cela va être intéressant de percevoir leur accueil… Parce qu’on peut toujours, en observant le public, voir s’il apprécie ou non une chanson, si l’on a son attention ou si au contraire on le perd. Il y a encore 5 ans, j’avais cette terrible peur de la scène, mon cœur battait la chamade. Aujourd’hui, je suis ok avec ça.

The Pineapple Thief, concert à la Maroquinerie Paris 2018 - Photo ehyobro
The Pineapple Thief, concert à la Maroquinerie Paris 2018 – Photo ehyobro

W : Ai-je oublié de vous poser une question qui permettrait de mieux vous connaître ?

B.S : Bonne question… Certaines personnes me considèrent énigmatique ou trop sérieux. Mais ceux qui me connaissent savent que je suis loin de ça ! J’aime la compagnie, profiter de l’instant et de la vie !

W : Merci et bonne chance pour tout à l’heure !

La tournée est achevée, mais The Pineapple Thief reprendra la route du 21 février au 24 mars 2019. Une date est prévue en France à Strasbourg le 28 février 2019.

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Billetterie concert Strasbourg 28 février 2019