Cohen: chronique d’une mort annoncée comme Bowie!

Vendredi 11 novembre 2016..8 h 09..un S.M.S de mon ami W . m’annonçant une mauvaise nouvelle (comme le 11 janvier à 8H…encore lui!!)…cette fois , c’est la mort de Cohen… Léonard..Il nous reste un autre Cohen,Thomas , au talent déjà confirmé.

Comme Bowie, son nouvel album « you want it darker » venait de paraître et, on le pressentait,(cf aussi l’oiseau de mauvais augure Father Ubu dans sa brève du 25 octobre) il semblait bien déjà que c’était l’album des adieux...

Cet été 2016, sa principale muse, Marianne Ihlen, la norvégienne rencontrée dans une épicerie(pharmacie??) de l’île grecque d’Hydra en 1960 et qui l’inspira pour deux de ses plus belles chansons (« so long Marianne «  et « bird on the wire »mourait. Deux jours avant sa mort, Cohen lui adressait notamment ces quelques mots « Marianne, le temps où nous sommes si vieux et où nos corps s’affrontent est venu et je pense que je vais te suivre très bientôt..…sache que je suis si près derrière toi que si tu tends la main, je pense que tu pourras atteindre la mienne »

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Cohen et Marianne Ihlen /Athènes 1965

La pochette de l’album jette encore plus le trouble, entre ombre et lumière, un bras passé vers cet obscur inconnu ….de la mort ? dont il parlait récemment, dans une interview aux « Inrocks » :

« je n’ai pas peur de la mort, ce sont les préliminaires qui m’inquiètent ».

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Il a rejoint sa muse mais aussi Lazarus (tiens , le titre aussi du dernier clip troublant de Bowie !), son arrière grand père dont le portrait orne la synagogue de Montréal dont il fut le bâtisseur. La victoire de Trump a peut-être aussi contribué au lâcher prise de Cohen.

Depuis près de 50 ans , Cohen , d’abord poète avant de devenir musicien, m’avait accompagné par ses chansons : « Suzanne » faisait partie de mes premiers vinyles 45 tours ..encore un prénom de l’une de ses conquêtes féminines, Suzanne Veldar, rencontrée à Montréal au début des années 60, et qui lui servait du « thé »(au jasmin rajouta notre franco-néozélandais Graeme Allwright, grand admirateur et traducteur de Cohen qu’il continue à chanter à 90 ans..), chez elle, en 65/66, en regardant les bateaux passer sur le fleuve…C’est cependant Judy Collins, à qui Cohen avait chanté « Suzanne » au téléphone, qui l’enregistra en premier dès 1966 avant que Cohen la mît sur son premier album « Songs » en 1967. Aujourd’hui, Suzanne Veldar vit , marginalisée et sans abri, à los Angeles, là où est mort Cohen..

L’héritage de Cohen est immense : de nombreux artistes ont revendiqué son influence , de Nick Cave à Rufus Wainwright et Bonnie Prince Billy en passant par Jarvis Cocker, Regina Spektor, John Cale, Bono ou Peter Gabriel ou, en France, J.L Murat, Bashung ou Noir Désir. N’oublions pas aussi que The Sisters of Mercy ont pris ce patronyme , titre d’une chanson de Cohen et que Nirvana et DeUS le citent dans leurs chansons !

« Hallelujah », écrit en 1984 pour l’album « various positions » a connu aussi un succès mondial en étant reprise par de nombreux artistes , pour le meilleur (John Cale en 1991, compilation réalisée par « les Inrocks » et intitulée « I’m your fan », ou la magnifique version de Jeff Buckley en 1994) mais aussi pour le pire(avec Justin Timberlake, Bon Jovi ou Alexandra Burke qui remporta la finale de The X Factor, la « nouvelle star » made in G.B en 2008) . « Hallelujah » entremêlait, dans un récit psalmodique, références bibliques, interrogations personnelles sur l’écriture et la sexualité.

Cohen en 2009.

La chorale de la synagogue Shaar Hashomayim de Montréal accompagne Cohen dans son dernier album dont le titre « you want it darker » cite le premier vers du Kaddish, une des prières centrales de la liturgie juive, glorifiant et sanctifiant le nom du divin…De plus , le « Hineni », en hébreu, « me voici/je suis là » précédait les paroles prémonitoires  : « I’m ready my Lord » (je suis prêt mon Dieu….)

Il nous reste 14 albums, les 3 premiers ( le 3ème, « Songs of love and hate »,en 1971, le meilleur?) et le dernier , sans doute les plus indispensables…chacun jugera !

Restent aussi des chefs d’œuvre ponctuant les albums..De « Suzanne » en 1967 , « Bird on the wire » et « The partisan » en 1969 (the partisan appris en 1949 par un ami), « Avalanche » et « joan of Arc » en 1971, « Chelsea hotel #2 »en 1974(chanson dédiée à Janis Joplin et écrite dès 1971, en souvenir d’une relation dans ce fameux hôtel new-yorkais), « Hallelujah » en 1984 jusqu’à « darkness » ou «  nevermind » plus récemment (2012/2014)et bien sûr le titre « you want it darker »en 2016.

Une bonne et nouvelle compilation « tribute to »de différents artistes accompagna un excellent hors série du magazine « les Inrocks » en 2014…nul doute qu’ils seront réédités un prochain jour.

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Quelques reflets de l’héritage musical de Cohen.

Ci dessous, un rassemblement devant la maison louée par Cohen à Montréal/ 11/11/2016 La foule chante  » Hallelujah »…..