Nick Cave: 16ème album magnifique mais sombre.

Le nouvel album de Nick Cave « Skeleton tree », 3 ans après « Push the sky away » est paru le 9 septembre et fut précédé, la veille, par la projection unique d’un documentaire-making off « one more time with feeling », réalisé pendant les sessions d’enregistrement de « skeleton tree ».

Ce documentaire, que j’ai donc vu au cinéma avec mon ami W., est en effet indissociable de l’album et donc de la mort tragique de l’un des deux fils jumeaux de Nick Cave, Arthur, à qui est, bien sûr, dédié le documentaire.

Celui-ci dure près de 2 heures et montre Nick cave en studio/sessions d’enregistrement mais aussi chez lui à Brighton où il s’interroge aussi sur la vie qui continue mais qui est bouleversée à jamais par ce « traumatisme » (le mot est répété des dizaines de fois!!) que fut la chute mortelle d’une falaise de Brighton d’Arthur, 15 ans, en juillet 2015, alors qu’il avait pris pour la première fois du L.S.D en compagnie d’un ami.

 

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Nick Cave, chez lui à Brighton.

Pour Nick Cave, la vie doit continuer mais le temps est « élastique » ; « nous pouvons aller loin de l’évènement mais l’élastique nous y ramène toujours »confesse Nick Cave dans le documentaire signé de son ami australien Andrew Dominik. On croise aussi,  bien sûr, les musiciens des Bad Seeds et surtout l’ami fidèle et barbu, violoniste et multi-instrumentiste Warren Ellis sans qui, reconnait  Cave, « rien n’aurait été possible ». On y croise aussi Susie Bick/Cave, la femme de Nick Cave, qui montre notamment une peinture réalisée par Arthur, alors très jeune, représentant l’endroit où il est tombé, quasiment dix ans plus tard…….On croise aussi Earl, le frère jumeau, qui joue le photographe au studio. Le documentaire s’achève, après le dernier titre, Skeleton tree, sur une chanson « deep water », composée pour Marianne Faithfull, où l’on entend les jumeaux et leurs voix d’enfants accompagnés au piano par leur père.

Lorsque l’on sort du cinéma, on sait que l’on ne va pas écouter, le lendemain, l’album de la même façon!!

L’album de 8 titres s’ouvre sur «  Jesus alone» et donne le ton sombre de l’album(comme la pochette noire très sobre)même s’il semble avoir été composé avant le drame.

L’émotion est très vite présente et la question de la mort directement abordée dans le 3ème titre « girl in amber » et accentuée encore par les palpitations/bourdonnements statiques de « magneto » le 4ème titre.

Nick Cave y évoque sa douleur dans les files d’attente du supermarché (comme lorsqu’il raconte l’anecdote de la boulangerie où il se sent si seul malgré le réconfort bienveillant des autres clients).

Nick Cave semble répondre aussi à la chanson d’adieu à « madame George »(drag queen ??) du magnifique album de Van Morisson « astral weeks » sorti en 1968 ! « In love, I love, you love ». …” I laugh, you love ».chante Nick Cave….quand Morisson  chantait “the love is to love, say goodbye…etc..

La deuxième partie de l’album (2ème face du vinyle) s’ouvre avec  « Anthrocene » : la voix de Nick Cave semble s’éclaircir un peu et des chœurs accompagnent des réflexions plutôt sombres sur le sort de l’humanité. Vient ensuite le morceau le plus triste de l’album « I need you » : la voix de Nick Cave y est déchirante. Les deux derniers titres peuvent sembler un peu plus lumineux, sans être gais pour autant !

 

Dans « Distant sky », Nick Cave chante en duo avec une soprano danoise, Else Torp : dans le documentaire/making-off, on voit la caméra s’élevant vers le ciel alors qu’Else Torp chante comme dans une berceuse « soon the children will be rising »( bientôt les enfants se lèveront) tandis que la caméra continue de monter, Londres puis tout le sud de l’Angleterre apparaissent de nuit vus de L’espace, puis la planète et le soleil dans la stratosphère : le réalisateur Dominik semble avoir voulu faire un cadeau à Nick Cave, en traduisant la transmigration de l’âme vers l’éternité…….

Le dernier morceau, qui a donné son titre à l’album, « Skeleton tree » est aussi très beau mais différent : il nous fait penser à Bruce Springsteen (réflexion immédiate et très juste de ma chère et tendre M.)dès la 1ère écoute, tant au niveau de la mélodie que de la voix ! Orgue et piano sont, là encore, très présents. Dans le documentaire, le dernier appel de « Skeleton tree » sort de l’océan :

« I called out, I called out,right across the ocean, but the echo comes back empty” (je criais, je criais, mais l’écho revenait vide “.

L’album est magnifique. La vie doit continuer après le travail de deuil et il faut faire un peu semblant ( ?)d’être encore heureux nous disait Nick Cave apparu plusieurs fois anxieux (« j’ai peur de perdre ma voix ») après avoir repris le chemin du studio, 6 mois après le drame et confessant encore qu’il avait perdu confiance en lui (« I lost belief in myself »).

Un album sombre en forme d’hymne à l’Amour de son fils Arthur.

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