Charbon

Charbon, le filon Post-Rock nordiste a bonne mine

Matière noire

Au nord, il y avait les corons chantait le clone (raté) français de Jacques Brel. Au nord, c’est vrai, il y a une fierté, une identité forte autour du travail de la mine. Une certaine forme de mythologie a vu le jour depuis la fermeture du dernier puits, la fosse n°9 à Oignies le 21 décembre 1990. Ceci, entre autre, du fait d’une patrimonialisation des sites et des outils. En effet, déjà, le cinéma s’était emparé de cette identité avec le formidable Qu’elle était verte ma vallée de John Ford en 1941. Si l’auteur du roman comme le cinéaste ont de lointaines relations avec les régions minières anglaises ou irlandaise, chez Charbon (2012) on use de cet univers plutôt comme d’un background que comme un flambeau identitaire. Et c’est tant mieux, pas besoin d’en rajouter dans la fosse à purin actuelle du chauvinisme xénophobe.

Selon Wikipédia, le charbon est une roche sédimentaire combustible, riche en carbone, de couleur noire ou marron foncé, formée à partir de la dégradation partielle de la matière organique des végétaux. Il est composé principalement de carbone, d’oxygène et d’hydrogène, un trio gagnant dans le grand cirque de la vie. Cette matière sombre, sale, hautement combustible est entrée dans nos imaginaires comme l’énergie fossile par excellence, celle qui alimente les machines à vapeur. C’est cette image de noirceur et de puissance qui a inspiré Antoine (basse), Cyril (batterie), Pierre (claviers/kaosspad) et Florent (guitare) lorsqu’ils ont choisi le nom de leur formation en 2012. Mais comme le dit Antoine, peut-être avec une pointe de fierté légitime : on vient du Bassin Minier[…] (Houdain , Sains En Gohelle, Oignies et Noeux les Mines) bien sûr, c’est aussi nos racines nous avons tous dans le groupe des grands parents mineurs de fond.

On nous a souvent proposé de jouer pour des commémorations ou des événements mettant en valeur le patrimoine de la région, mais cela n’avait aucun sens pour nous. Je pense que les personnes qui veulent nous faire jouer entre un groupe traditionnel polonais et un accordéoniste n’ont pas écouté notre musique et se sont juste dit « tiens CHARBON un groupe de musique actuelle de la région ça va faire bien dans notre dossier de subventions ». Non merci.

Quand on lui demande alors pourquoi le choix de ce nom s’il ne se réfère pas au passé minier directement, il répond que c’est en rapport avec leur musique, à sa sonorité distordue, pour le côté brut et sombre de la matière[…] c’est une histoire de SON. Car pour Charbon, beaucoup de choses se jouent là. Groupe instrumental, chaque titre doit être constamment en tension, attirer l’attention, évoluer, surprendre. Et c’est le cas. Rien n’est jamais tranquille et balisé dans une composition de Charbon. On ne s’étonnera pas trop de trouver parmi les influences, actuelles ou plus anciennes, des groupes comme Lysistrata ou Fall of Messiah avec qui la parenté parait évidente. Pêle-mêle, ils citent aussi Totorro, KEN Mode, The Hives, Viagra Boys, ou les très expérimentaux et bruitistes Papier Tigre.

Charbon, neuf ans déjà

En 2012, au début de l’aventure ils sont déjà 3 : Antoine, Cyril et Pierre. Ils enregistrent directement un quatre titres éponyme et enchainent quelques concerts. En 2013, c’est l’arrivée de Florent à la guitare et l’entrée au Black Dog Studio d’Arras (studio de Xavier Buda : Les Craneurs , White Trash Bang Gang, Sébastien Lhopital) pour un sept titres qui sortira en septembre 2014. Suite à cet enregistrement, ils font pas mal de concerts bien cool comme Le Poche à Béthune avec le groupe Suisse Cortez, La Cave à Zik à Sains en Gohelle avec General Lee et Fall Of Messiah, le Shaka Laka à Hazebrouck (dixit Antoine). Il cite également la rencontre avec Jeremy Robin et Gaël Dewarning de Acouphènes Radio, Greg Smet de UFV records, Tino de X-Scandalous (BE) qui [les] ont beaucoup aidés. Qu’ils en soient remerciés.

En 2017, ils remettent le couvert avec Xavier Buda pour un deux titres, Grisou Gang Bang/Sa mère. Le premier titre démarre sur les chapeaux de roue et sur un rythme qui nous envoie directement dans les îles. Le groupe maitrise le changement d’ambiance à la perfection et alterne passages noisy, mélodies douces en arpège, montées en puissance et énergie communicative. Nos compos sont bien moins « post rock » et plus « math rock » selon la presse (nous on s’en bat les couilles on fait juste la musique qui nous plait avec « pas de chanteur relou »). On pense aussi que la musique sans texte est plus libre d’interprétation, cela permet à l’auditeur de s’évader, de poser des images sans être guidé par des mots, d’ailleurs on nous dit souvent que l’on fait de la musique de film .

Charbon V 2.0

Ce nouveau Line up à 3 est super efficace, on fait beaucoup plus de dates, on bouge en Belgique (Le Barlok à Bruxelles, le Pits à Tournais…) sur Paris avec les copains de Saar et Parlor avec qui on a partagé plusieurs scènes (l’International, le Bus Palladium pour le festival Post In Paris, le Batofar, la Comédie de Montreuil) ou du côté de Lyon (Belgium Time).

En effet, le son du combo s’affirme, les compos deviennent plus matures et concises. Le son se fait plus équilibré, entre une guitare chorussée aigrelette officiant dans un registre assez clair plutôt médium aigu, et une basse parfois utilisée comme une guitare à cinq cordes, au son tantôt saturé, tantôt médium basse claquant. Les passages atmosphériques sont mieux maitrisés et emmènent l’auditeur dans un univers effectivement assez onirique.

Les titres des morceaux, comme chez Mogwaï par exemple, ne se réfèrent qu’à ce qu’inspire l’ambiance musicale aux compositeurs et ne cachent pas d’intention particulière. Certains ont été même suggérés par l’entourage : […] il faut bien nommer les morceaux pour s’y retrouver. Parfois ce sont des amis qui nous donnent des idées, par exemple le frère de Florent a trouvé Shiste Fucking et Grisou Gang Bang. S’agissant de Woefful Errand II, c’est un titre trouvé par Pierre (claviers). Sur notre 1ère démo il y avait Woefful Errand, donc sur la 2 eme démo Woefful Errand 2 . Il s’agit d’une errance mélancolique, sombre que nous avons tous traversée.

Pour autant, les titres ne sont pas toujours anodins, comme cette référence à Alexandre Dhesse [qui] était un chef de résistance durant la seconde guerre mondiale, sur la ville de Noeux-les-Mines. Il a été fusillé à l’âge de 20 ans à Arras pour le morceau Dhesse. Ou André en référence au pape et fondateur du mouvement suréaliste.

Entre une version live de 2019 et cette version de 2020 d’un même titre, un pas de géant a été franchi, tant au niveau de l’interprétation que de la qualité musicale. Le groupe a gagné en confiance.

On comprend que les membres de Charbon prennent leur temps pour maturer leur son et leur forme musicale. Comme la matière dont ils s’inspirent, celle -ci se consolide en agrégeant des éléments divers qui se dégradent et s’agglomèrent pour s’enflammer. L’essence de Charbon est dans leur liberté d’interprétation de leurs influences et dans la manière dont ils ne se brident aucunement lorsqu’ils composent. Les titres semblent trouver tout naturellement leur équilibre au sortir d’un laboratoire créatif riche de longue haleine. Comme nous le dit Antoine, notre processus de création est assez long, on commence par des sessions d’improvisation que l’on enregistre, puis on écoute pour sélectionner ce qui nous plait. Ensuite, on essaye de développer d’autres impros autour du passage sélectionné, chacun ramène des idées, des structures, on joue ça dans tous les sens pour trouver le morceau qui nous plait. Et si on n’y arrive pas, on recommence avec autre chose. On veut vraiment composer à 3, en groupe. Ce n’est pas un musicien qui compose pour le reste du groupe. Nous prenons les décisions que si l’on est d’accord […] même s’il n’y en a qu’un qui n’est pas d’accord, on considère que ce n’est pas la bonne décision. Heureusement que l’on est pas 5!

Charbon 2021, un album et (on espère) des concerts

En décembre 2020 et janvier 2021 nous avons été en résidence au Pharos à Arras grâce à l’association La Baraque à Son et à son président Damien Blin que l’on remercie énormément car nous avons pu travailler en amont pour notre session au stéréo box studio (Romain Humeau, Eiffel, Vaddim Vernnay) à Paris les 25 et 26 Janvier 2021. Actuellement nous travaillons sur l’enregistrement d’un 7 titres à Paris. Pourquoi Paris? Tous simplement parce que c’est le studio de Hugo Ceschoz un ami avec qui on veut travailler depuis longtemps. Nous l’avons connu il y a plus de 10 ans lorsqu’il était chanteur / guitariste des Twin Twister (un duo rock / blues / garage). A cette époque Flo et moi faisions partie du groupe punk Les Craneurs et de l’asso Charlotte Records qui avait fait jouer plusieurs fois les Twin et Les Craneurs. Nous avons enregistré un 2 titres avec Hugo, ce qui à été pour nous une énorme expérience à l’époque, nous avions envie de recommencer.

Si on se réfère au titre live Cheval des Fosses, on peut réellement s’attendre à un bon cru pour l’album à venir. Le groupe est en train de trouver un équilibre dans ses compositions, aidé en cela par une oreille experte à l’écoute. Hugo est un excellent musicien (bassiste pour Tété, Miossec, Vianney). Nous qui sommes autodidactes, il nous apprend des choses sur notre musique comme les polyrythmes, les triolets, les mesures en 6/8 qu’apparemment nous utilisons fréquemment. On apprend à jouer nos morceaux, à travailler au clic, on se fait mal, mais l’idée est de ressortir grandi de cette expérience avec un album d’une précision chirurgicale et un son massif qui nous servira aussi pour le live. Et on est vraiment impatient d’écouter ce qui sortira de ces sessions tant on sent qu’elles ont favorisé une nouvelle évolution chez Charbon qui promet de renforcer encore la puissance et la qualité de leur musique. Cela se traduit également par des changements d’instrument, comme nous le précise Antoine : par exemple j’ai changé de basse, avant je jouais sur une Fender bass VI (une sorte guitare Baryton) maintenant je joue sur ma vielle Cort artisan A6 (basse 6 cordes dont j’ai changé les micros d’origine par des Seymour Duncan), j’ai un son plus incisif et précis et je déborde moins sur les fréquences de la guitare. Cyril a beaucoup travaillé le son de sa batterie pour trouver les bonnes peaux, il a aussi travaillé les nuances et la précision de son jeu. Car il faudra également que le trio puisse éprouver ses titres sur scène car c’est de plus en plus une évidence que les concerts afficheront complets lorsque la crise sanitaire sera (peut-être) maitrisée et que c’est là que se jouera, encore peut-être plus qu’avant, la formation d’une identité musicale forte pour un groupe. Et là aussi il semblerait, au regard des videos live qui s’étalent sur plusieurs années, que les musiciens aient gagné en assurance et en présence.

En attendant, ils travaillent à distance sur l’album car pour l’instant [ils ont] fait 2 jours de studio pour enregistrer les batteries. Hugo les édite et nous les envois au fur et à mesure afin que l’on puisse travailler la guitare et la basse. Lorsque tout sera édité, nous irons enregistrer la guitare et la basse.

N’étant pas particulièrement pressés, ils vont prendre le temps de bien travailler pour sortir un album qui [leur] plait.

Nous n’avons pas de date à donner pour la sortie, pas de label. Si des labels sont intéressés pour travailler avec nous, qu’ils n’hésitent pas à nous contacter, pareil pour les bookeurs

Je vous conseille vivement pour découvrir leur musique de vous abonner au Bandcamp de Charbon. Vous ne pourrez plus que, comme moi, guetter avec impatience la sortie de leur album courant 2021.

Liens :

https://charbon.bandcamp.com/

https://charbon-postrock.com/

https://www.facebook.com/charbonmusic

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