Bury the Moon – le troisième album tout en volupté de Asgeir

Temps de lecture : 4 minutes

Nous avons rencontré Asgeir, le prodige islandais, à l’occasion de la sortie de son troisième album, Bury the Moon, en hommage à ses racines. Un doux remède aux froides soirées d’hiver.

Un troisième album mûri pendant des mois

Quel bonheur de tomber sous le charme d’un album à sa première écoute. Cela a été mon cas pour “Bury the Moon” de Asgeir. Nous voici transportés par des mélodies voluptueuses, soutenues par des textes mélancoliques et engagés. Il faut dire que le chanteur islandais n’en est pas à son premier coup d’essai. Le succès l’a frappé à 20ans, lors de la sortie de son premier album. Cet album est sorti d’abord en islandais dans son île natale, puis en anglais. Ce qui lui a valu sa résonance internationale. Son deuxième album confirme sa légitimité dans le paysage folk-rock, notre chroniqueur Ziggy en avait d’ailleurs fait les louanges il y a 3 ans.

Ce tourbillon a poussé l’artiste à s’isoler entre deux maisons en Islande, pour retrouver sa connexion avec la musique et la nature, et ainsi se lancer dans l’écriture de ce troisième album. C’est à cette occasion que je l’ai rencontré, afin de vous offrir une chronique commentée par son auteur même.

Après la tournée du deuxième album, j’avais l’impression que j’avais bien plus encore à raconter, j’avais besoin de temps seul pour me reconnecter avec moi-même, être isolé quelque part. Je pouvais ainsi penser seulement à la musique, sans pression ou sollicitation externe, seulement la musique et moi.

Asgeir (Trausti Einarsson)
Asgeir Bury the Moon Album 2020
Pochette du troisième album de Asgeir, Bury the Moon

L’album le plus personnel

Et ce n’est pas un hasard si l’album s’ouvre sur le morceau ‘Pictures’, troisième single paru avant la sortie de l’album, où les cuivres viennent soutenir ce constat du chanteur “When darkness falls we venture out into the night and realize our dreams and shed our human plight”. Dont le magnifique clip était déjà dans notre sélection début Février. Cette vision du monde, Asgeir la partage avec son père, qui a écrit la plupart des textes en islandais. Tout comme son premier album, cet album est sorti dans les deux langues, l’islandais comme l’anglais.

Live de Asgeir en islandais, à l’occasion de la sortie de Bury the Moon

Asgeir rappelle à quel point il est essentiel pour lui de partager avec son père dans son processus de création, notamment pour confronter leur point de vue, souvent différent, dû à leur appartenance à deux générations distinctes. L’aspect religieux que revêtent les poèmes de son père permet aussi à Asgeir de s’en inspirer, pour les rendre plus universels. Il précise ainsi que les textes ont une puissance évocatrice, alliés à la musique, qui parlent à tout le monde, croyants ou non.

Certains morceaux de cet album ont été conçus quand j’avais 16 ans, d’autres il y a deux, trois ans. J’ai récupéré chez moi toutes les idées de chansons, tous les extraits ou morceaux que j’avais commencé à composer quand j’étais jeune, afin de les redécouvrir et leur donner une nouvelle consistance pour cet album.

Asgeir (Trausti Einarsson)

Cette nostalgie de l’enfance se ressent dans le morceau “Youth”, le plus personnel de l’album selon Asgeir (et mon préféré avec “Bury the Moon”).

De manière générale, cet album est le plus personnel des trois. Le morceau “Youth” est sur mon enfance, il évoque à la fois ma propre nostalgie mais aussi des souvenirs de mon père quand j’avais dix ans.

Asgeir (Trausti Einarsson)

La puissance évocatrice de la simplicité

Il évoque ce retour aux sources, chez lui dans le morceau ‘Breathe’ qui s’intensifie et fait vibrer les synthés jusqu’à la fin. C’est aussi la volonté pour Asgeir d’avoir des morceaux “simples”, qui parlent d’eux-mêmes. Lors de son isolement, les seuls instruments qu’il avait étaient une guitare et un clavier. Cela se ressent particulièrement dans “Eventide” ou l’intro de ‘Overlay’ (et une fin sublime avec les choeurs), mais aussi qu’on devine dans les notes de piano de ‘Rattled Snow’ où les cordes dominent cependant. C’est dire combien la mélodie compte pour Asgeir, quand je lui demande d’ailleurs si ce sont les textes ou les mélodies qui viennent en premier, il rit doucement et répond sans hésitation:

Les mélodies viennent toujours en premier. Je commence comme ça. Après je vois si elle évoque plutôt de la joie, de la tristesse. Puis vient le travail sur les textes, avec mon père. Seul “Living Water” m’a été directement inspiré par un texte de mon père.

Asgeir (Trausti Einarsson)

Entre engagement et travail acharné

“Living water” un des morceaux engagés de l’album, est une ôde à l’Islande et ses ressources, dans un contexte de dérèglement climatique qui angoisse les nouvelles générations, dont fait partie Asgeir. L’actualité a aussi inspiré “Lazy Giants”: “kings and rulers over you and me but if everything is as it was saying just because is not enough” les paroles font référence aux conséquences économiques des décisions politiques. Asgeir ne se considère pas comme engagé mais témoigne plutôt des sentiments profonds que peuvent provoquer ces déséquilibres (économiques ou climatiques), d’autant plus quand ils sont mis en perspective avec la vision de son père.

Il est facile de comprendre que Asgeir est un travailleur acharné, il souhaite de la simplicité dans ses morceaux, s’inspire des textes avec son père, mais c’est le résultat de mois de travail pour cet album, et d’années de pratique de la guitare. Cette exigence se ressent dans cet album, qui ne peut s’apparenter à un seul et même genre folk, grâce à des incursions dans l’électro “Turn gold to sand”, “Until Daybreak” ou même le merveilleux “Bury the Moon” qui clôture l’album en beauté.

Il faut passer du temps à faire ce qu’on aime, pour moi ça a été un long processus: j’ai commencé à jouer quand j’avais 7 ans, j’ai ensuite écrit mes premières chansons vers 9-10 ans et je ne faisais que ça. Pour être bon à n’importe quoi, cela demande de la pratique. Encore et encore.

Asgeir (Trausti Einarsson)

La tournée de Asgeir est lancée

En conclusion, un album qui marquera l’année 2020 et que je vous recommande chaudement. La tournée commence maintenant pour Asgeir, un des moments qu’il attendait tant, afin de pouvoir jouer ces nouveaux titres. Autant vous dire que nous sommes aussi excités que lui, avec sa première date à Paris ce Lundi, le 17 Février, au Trianon. Asgeir fera aussi des festivals cet été pour les retardataires. La liste des concerts est à retrouver sur son site.

Margaux

Biberonnée à l'indie rock depuis sa plus tendre enfance. Ses préférences se sont néanmoins diversifiées: de l'électro, de la pop mélancolique et du punk pour n'en citer que trois. Mais les riffs de guitare demeurent le plus doux des sons pour ses oreilles.

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Margaux

Un commentaire sur “Bury the Moon – le troisième album tout en volupté de Asgeir

  • Avatar
    17 février 2020 à 1:13

    Hâte de découvrir cet artiste, tu le vends drôlement bien 😉

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