Bowie/Berlin : les 40 ans de « Heroes »

Il y a tout juste 40 ans, en ce début d’Automne, paraissait l’un de mes albums préférés et l’un des plus célèbres de David Bowie « Heroes« . L’album est le second de ce que l’on a souvent appelé, à tort, le trilogie berlinoise, coincé entre « Low » et « Lodger« .  « Heroes » est , en fait,  le seul album enregistré à Berlin ( et mixé à Montreux), sous la houlette de son producteur Tony Visconti et du sorcier de l’électronique, le génial Brian Eno, sous influence musicale germanique de l’époque ( Faust/ Can/ Neu..), aux studios « Hansa » , dans Kreuzberg, près du mur.

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« Heroes« , mon précieux vinyle de 1977, bien entouré de quelques « singles ».

Berlin attire déjà de nombreux artistes (Lou Reed lui a consacré un album dès 1973…) comme Bowie et Iggy Pop venus se sortir de leur addiction aux drogues dures. La vie culturelle et musicale est déjà riche: Bowie, comme Eno, aime les groupes allemands comme Kraftwerk et Neu: Bowie va d’ailleurs emprunter le titre « Hero » du groupe Neu ( 1975) qui devient « Heroes » sous la plume de Bowie.

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Fripp/ Eno/ Bowie/ Studio Hansa/ Berlin/ 1977/

Le titre « Heroes » fait partie des plus célèbres chansons de Bowie pour plusieurs raisons : au départ, c’est un instrumental sur lequel Eno a posé les nappes électroniques de son fameux synthé EMS. Ami de Robert Fripp ( guitariste de King Crimson) avec qui il a aussi déjà enregistré deux albums, Brian Eno fait donc appel à ce sorcier de la guitare triturée et au son unique; j’adorais King Crimson et Robert Fripp, d’autant que ce fut mon 1er « grand » concert quand j’avais 18 ans, à Hyde Park/Londres. (une pensée émue pour A.M , envolée depuis…).

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Iggy Pop et …….Antonia Maass/ Berlin/

L’interprétation de la chanson est aussi unique,  » à la fois tendre, rageuse et désespérée » l’avait fort bien résumé Philippe Barbot, journaliste musical. Cela était du aussi à l’inventivité de Tony  Visconti qui avait placé 3 micros à des endroits différents, plus ou moins éloignés, qui devaient traduire l’intensité différente de la voix en fonction de l’émotion dégagée.

Visconti, producteur, mais aussi, involontairement, à l’origine des paroles écrites par Bowie presque au dernier moment avant l’enregistrement: le thème ( deux amoureux épris de liberté devant le mur de Berlin) avait été inspiré à Bowie par le baiser furtif adultérin échangé par Visconti avec la choriste de Bowie, Antonia Maass, debouts au pied du mur ( » standing by the wall »)….avec une dose d’humour? (et » la honte était de l’autre côté » ..du mur…)

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Sukita devant sa célèbre photo pour l’album « Heroes ».

La photo de la pochette de l’album, comme sa reprise pour les deux singles, « Heroes » et « Beauty and the beast » est due au photographe Sukita ( qui a photographié Bowie pendant plus de 40 ans). Le débat reste ouvert sur la source d’inspiration: un auto portrait du peintre-graveur expressionniste berlinois Walter Grammaté ou un portrait d’Egon Schiele pour lequel j’opterai davantage!?.

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Egon Schiele par  Anton Josef Trcka (1914)

Dans la chanson « Heroes », Bowie chante « I will be king, and you will be queen« , clin d’oeil à une comptine anglaise ( « Lavender’s blue« ) que Bowie a d’ailleurs plusieurs fois reprise sur scène. Dernière anecdote concernant la chanson….l’allusion aux « dauphins » (  » je souhaiterais que tu nages comme les dauphins savent nager ») serait une référence à une nouvelle de l’écrivain/médecin italien Alberto Denti di Pirajno ( « une tombe pour un dauphin ») évoquant la relation entre une somalienne et un soldat italien pendant la 2de guerre mondiale.

Bowie a enregistré une version allemande de « Heroes » (« Helden« ) et une version où le français et sa prononciation restent approximatifs mais, oh combien, délicieux. La conclusion peut d’ailleurs faire l’unanimité: « On peut être des héros juste pour une journée ».

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De nombreux artistes ont aussi repris ce titre, de Peter Gabriel  à Depeche Mode récemment (voir article de Father Ubu Bowie repris par Depeche Mode) en passant par Nico, Oasis, Apocalyptica, Motörhead et ( hélas!..) David Guetta.

Motörhead: « Heroes » en forme d’hommage à Lemmy K

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