Arcade Fire, un champion poids lourd sur le ring !

(PRNewsfoto/Live Nation Entertainment)

Il est des groupes dont on ne peut parfois que se mordre les doigts de ne pas les avoir connus plus tôt. Même juste d’un poil. C’est le 9 juillet 2005 au Stade de France que j’entendis pour la toute première fois une chanson d’Arcade Fire. Non, Arcade Fire n’était pas sur la scène du Stade de France ce soir-là ! U2 venait défendre son album « How to dismantle an atomic bomb », et avait choisi pour accompagner sa montée sur scène une chanson qui aurait pu s’apparenter à un hymne d’avant match. Beaucoup parmi les spectateurs ne connaissaient ni la chanson, ni le groupe. Pourtant, son efficacité est telle, que je me souviens encore de la furie qu’elle fît naitre, et dans quelle transe nous étions déjà tous lorsque U2 arriva sur la scène. Choix magistral d’introduction ! Ce fût une première claque pour moi, et je pense également pour nombre des 80 000 personnes présentes. Ce moment m’a tellement marqué que jusqu’à présent, dès que j’entendais « Wake up », j’imaginais U2 monter sur scène dans une arène en folie.

La technologie de l’époque étant loin d’être celle d’aujourd’hui, il me fallut attendre d’être de retour à Nantes, pour « enquêter » sur la question suivante : qui chantait la chanson d’introduction du concert de U2 ?

J’obtins la réponse en quelques clics sur le net : les responsables de ce moment où nos pieds ne touchèrent plus terre répondaient au nom d’ARCADE FIRE, groupe montréalais formé autour de Régine Chassagne et Win Butler.

Je me procurai alors Funeral, premier album du groupe sorti en septembre 2004, et tombai littéralement en amour de cette musique et de sa puissance envoûtante. Si j’avais poussé un poil plus loin mes « recherches », j’aurais su qu’Arcade Fire viendrait un mois et demi plus tard en concert à Nantes, à l’Olympic, à 1,5km de chez moi à l’époque ! Voici un acte manqué ma foi fort regrettable, je mange mon chapeau aujourd’hui encore…

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Depuis, 4 opus ont vu le jour : Neon Bible (2007), The Suburbs (2010) tous deux dans une continuité de Funeral.

Puis viennent Reflektor (2013) lequel commence à amorcer un virage musical en incluant des notes disco et enfin Everything Now (2017), qui prend définitivement une nouvelle direction.

 

J’avoue avoir une nette préférence pour les trois premiers albums, trois pépites enchainées avec maestria.

Depuis le concert (manqué) à l’Olympic, Arcade Fire est revenu en France à de multiples reprises, surtout à Paris, et a participé à nombre de festivals. Le sort a voulu que jamais je ne puisse aller les voir sur scène. Aussi, en apprenant que leur future tournée Infinite Content Tour passerait par le zénith de Nantes, il m’apparut qu’enfin, j’avais une fenêtre de tir ! Le 20 octobre à 10h00 pétantes, j’avais mon précieux sésame…

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C’est donc avec une certaine excitation et une excitation certaine, que je me rendais au zénith de Nantes en ce 26 avril 2018. Il y avait peu de risque d’être déçu, mais j’avais quelques inquiétudes quant à la setlist ; compte tenu du nombre de perles (5 albums ce n’est pas rien), j’espérais qu’un maximum y soient intégrées.

A 17h30 devant les portes du zénith il n’y avait pas encore grand monde. Tant mieux, car l’objectif était clair : pour ce premier concert, je voulais être au pied de la scène, pas ailleurs ! 18h00, les portes s’ouvrent, la fouille, le contrôle de billets, et sans courir, M.B. et moi rentrons dans la salle pour « découvrir » que la scène habituelle a été démontée, pour laisser place à une scène en forme de ring, au milieu de la fosse. Le service de sécurité nous a contraint dans un premier temps à rester à l’arrière du ring, afin d’éviter que tout le public fosse ne s’amasse devant et qu’il n’y ait personne sur les côtés et derrière. Un rapide coup d’œil sur les repères visuels au sol et sur la scène nous indiquèrent où nous placer idéalement. Patiemment, aux aguets, l’air de rien mais concentrés sur l’objectif, nous attendions comme le lion qui a repéré sa proie… Lorsqu’enfin nous pûmes accéder au devant de la scène, nous nous pressâmes juste à l’endroit où le groupe rentrerait sur le ring après avoir traversé la foule.

19h30 : c’est l’ensemble Preservation Hall Jazz Band qui ouvre le bal. Collectif de Jazz de la Nouvelle Orléans, sa musique relativement festive est très bien accueillie par le public.

(Photos : Ehyobro, sauf photo du bas à dr : Michel B.)

Après ce set chaleureux, il nous faudra patienter une petite demi-heure et l’installation des cordes autour du ring pour que le combat commence, car c’est bien d’un combat qu’il va s’agir! 20h40, extinction des lumières. Le speaker annonce alors l’arrivée du combattant représentant le Quebec, le Canada, Haïti et les Etats Unis ; le collectif Arcade Fire, énumérant ses récompenses comme seraient présentées les ceintures gagnées par un boxeur. Pendant cette présentation, le groupe traverse la fosse et s’en vient gagner la scène, je fais partie des chanceux qui ont vu tous les membres à 50cm à peine ! Mon placement était judicieux !

(Photos : Ehyobro)

Alors que les membres montent un par un sur le ring comme des combattants, l’introduction d’Everything now se fait entendre. Régine Chassagne sonnera le gong du début du combat, et c’est donc très logiquement qu’Everything Now sera joué pour ce premier round. Si ce titre ne m’avait pas convaincu jusqu’à présent, la version live me plait beaucoup.

(Video : Ehyobro)

C’est au tour de Régine d’entonner Haïti, tiré de Funeral. Premier titre de Reflektor joué ce soir ; Here comes the night time, très dansant à mon goût, et dont j’apprécie particulièrement le refrain et la coupure fanfare.

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(Photos : Ehyobro)

En voyant Régine enfiler son accordéon, j’ai compris que les cinq prochaines minutes seraient sympa… No cars go, de Neon Bible, l’un de mes titres préférés du groupe. Sa rythmique entêtante et ses montées en puissance ont de quoi rendre fou…

(Video : Ehyobro)

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(Photo : Ehyobro)

Le concept scénographique est superbement réalisé. Tour à tour nous verrons chacun des membres du groupe dont beaucoup maîtrisent plusieurs instruments, qui tournent autour du ring. La batterie de Jeremy Gara est surélevée sur une mini scène qui tourne sur elle-même. A chaque fin de chanson, les techniciens dans un ballet millimétré, viennent installer et désinstaller les instruments. Ce qui pourrait sembler être un « joyeux bordel » sur scène est en fait une chorégraphie hyper bien rodée. C’est tout de même une belle prouesse que de débarquer avec l’artillerie lourde, et de parvenir à donner l’impression d’un show « artisanal ».

(Photos : Ehyobro)

Retour au dernier album avec l’ultra funky  Electric  Blue (Régine est magnétique et envoûtante) et Put your money on me.

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(Photo : Ziggy)

The Suburbs fait son apparition avec Sprawl I et Rococo.

(Video : Ehyobro)

Trois titres de Funeral seront alors enchainés : les surpuissant Power out, Rebellion, et Tunnels. Le concert tourne au Best of, je n’aurais pu imaginer mieux !!!

(Video : Ehyobro)

La setlist que j’ai l’impression d’avoir écrit moi-même continue de me faire planer à dix mille… Retour à The Suburbs avec le titre éponyme, Ready to start, et Sprawl II. Décidément, j’aime vraiment le côté « Barré » de Régine.

Photos ( Ehyobro)

Reflektor qui n’avait vu qu’un titre joué revient pour le titre éponyme, et After Life, deux des pépites de l’album.

Le groupe nous quitte pour une courte pause, et s’en revient pour un petit rappel. D’abord We don’t deserve love que le live m’aura appris à apprécier. Le Preservation Hall Jazz Band rejoint alors Arcade Fire sur la scène, avec leurs instruments. Les deux formations entonnent le thème d’Everything Now dans un premier temps. Puis les premières notes de Wake Up retentissent ! Magique ! Enorme ! Le public heureux, en délire, chante, c’est une grande messe du Rock qui est en train de se dérouler ! Cette chanson qui clôt le concert vient aussi pour ma part boucler une boucle commencée ce fameux 9 juillet 2005. Si jusqu’à présent en entendant cette chanson j’imaginais la montée de U2 sur scène, maintenant, c’est bien Arcade Fire que je vois très très bien sur scène ! Ils se sont réapproprié leur bien…

(Video : Ehyobro)

Arcade Fire était monté sur scène comme un champion, le groupe a démontré qu’il est un champion, un sacré champion. Il repart de la scène comme il est arrivé, en traversant à nouveau la foule, en musique, en fanfare, en chantant avec le public définitivement conquis.

Quelle soirée, quel souvenir, quel plaisir ! J’ai attendu 13 ans pour arriver à ce moment. C’est long, et ç’aurait pu être source de trop d’espoirs et donc de déception, mais il n’en a rien été! Ce soir aura été un Grand Concert parmi les plus émotionnants auxquels il m’aura été permis d’assister.

Comme on ne peut tout avoir, en ayant choisi d’être au plus près de la scène, je n’ai pu voir tout le show lumière qui a manifestement été de grande qualité, ainsi que les animations écran. Dans un monde idéal, Il y aurait eu un second concert le lendemain, auquel j’aurai assisté depuis les tribunes… Next time?

Le groupe est toujours en tournée, les dates pour les intéressé(e)s : https://www.everythingnow.com/

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